Nous ne voyons aucun effet du Protocole de Kyoto sur les émissions globales.

Dans une récente conférence sur les sciences de la Terre à Bejing, Michael Raupach, un spécialiste du cycle du carbone et également participant au Projet Global Carbon, présente des conclusions dérangeantes au sujet des émissions globales de carbone. Il répond aux questions de Scitizen.

Pouvez-vous présenter brièvement le Projet Global Carbon?
Le PGC émane du Earth Systems Science Partnership (ESSP) qui se compose de 4 programmes de recherche internationale qui sont réunis pour faire des recherches sur des questions majeures concernant le système terrestre. Ces 4 programmes sont le International Geosphere-Biosphere Programme (IGBP), le World Climate Research Programme (WCRP), le International Human Dimensions of Global Change Programme (IHDP), et Diversitas le programme de biodiversité. Ces 4 entités ont poursuivi leur recherche sur la Terre en tant que système chacune dans son propre domaine. Elles se sont rendus compte il y a environ 7 ans qu’il y a une foule de questions en suspens qui recouvrent ces spécialités et se sont alors regroupées pour former un partenariat appelé ESSP. Ce partenariat a donné naissance à plusieurs projets qui concernent tous ces domaines ; un de ces projets est le projet Global Carbon, celui dont nous parlons.

La manière dont il fonctionne consiste à réunir des scientifiques qui traitent du cycle naturel du carbone (les flux biophysiques du carbone entre l’atmosphère, la terre et l’océan) et aussi des scientifiques qui traitent de la dimension anthropique du cycle du carbone. L’homme est un acteur majeur dans le cycle du carbone à travers l’usage des sols et particulièrement à travers les émissions et les efforts des sociétés humaines pour contrôler le cycle du carbone en réduisant l’impact humain sur le cycle sont maintenant également une composante importante du système complet. Le projet Global Carbon tente de réunir les perspectives des sciences naturelles et les sciences humaines sur la question du cycle du carbone, avec la philosophie selon laquelle l’homme est autant acteur et participant dans le cycle du carbone que les phénomènes naturels l’avaient été pendant des millions voire milliards d’années. Dans un passé récent, l’homme a commencé à rivaliser avec les phénomènes naturels dans l’influence sur le cycle du carbone.

Où est ce qu’on en est pour les émissions globales de carbone en gros ?
En l’état actuel, les émissions de carbone sont en train d’augmenter très rapidement. Si nous regardons l’équilibre du CO2 dans l’atmosphère, il y a deux apports principaux de CO2 et deux pièges principaux qui réduisent le taux CO2 de l’atmosphère. Le premier apport principal est les émissions de combustible fossile qui comptent pour le moment pour 7,9 Milliards de tonne de carbone qui rejoignent l’atmosphère chaque année. Le second apport est le changement d’occupation des sols, essentiellement les déforestations qui se produisent en ce moment principalement sous les Tropiques. Cet apport compte pour environ 1,5 Milliards de tonne de carbone par an. Du côté des pièges, les 2 flux importants sont l’absorption par l’océan et l’absorption par les continents. Ces deux flux absorbent au total environ 55% de toutes les émissions humaines qui est la somme de la combustion de fossile et du changement de l’occupation des sols. Les 45% des émissions anthropiques restantes s’accumulent dans l’atmosphère. Cette part est ce qui fait augmenter le CO2 atmosphérique d’environ 2 parts par million (ppm) tous les ans en ce moment. Nous en sommes à 380 ppm cette année, l’année prochaine, nous serons à environ 382 etc. Le taux d’augmentation des émissions, qui est le sujet d’un papier que nous avons présenté il y a 2 semaines à la conférence de l’ESSP de Bejing, est passé de 1% par an pendant les années 1990 à environ 2,5% par an en moyenne depuis 2000. Les émissions s’accélèrent donc en augmentant de plus en plus vite chaque année.

Y a-t-il des différences en émission dans les différentes régions du monde ? Où en est la Chine au niveau émission ?

Il y a des différences au niveau rythme d’émission selon les régions du monde. Le rythme d’augmentation le plus fort se trouve dans les pays en développement et la Chine est bien sûr le premier parmi ces pays. Quant à désigner le plus gros émetteur, cela dépend de l’échelle de temps en question : par exemple, si vous regardez le rythme d’augmentation des émissions, alors la Chine en a le plus important. Si vous regardez les flux d’émission en ce moment qui est total des émissions même, les USA sont encore le plus gros émetteur avec un peu plus de 20% des émissions totales. La Chine compte actuellement pour environ 17% des émissions totales. Si vous regardez les émissions totales cumulatives depuis le début de l’Ere Industrielle en 1800 environ, alors la Chine est bien en dessous ; elle a contribué environ pour 5% du total accumulé tandis que l’Europe et les USA ont contribué pour presque 30% chacun à ce total ce qui fait 60% pour eux deux. L’importance de ceci est que le problème de changement climatique actuel est le résultat de l’accumulation des émissions de gaz à effet de serre, et non les émissions d’une seule année. Ainsi, il y a une nuance importante selon que vous regardiez la vitesse d’augmentation des émissions, les niveaux actuels d’émission ou les niveaux accumulés d’émission depuis la Révolution Industrielle. Quand vous changez d’échelle de temps, vous changez de perspective. Les pays comme la Chine, qui traversent actuellement une phase de développement rapide de leurs économies qui dépendent fortement des combustibles fossiles, ont inévitablement un rythme fort d’augmentation des émissions. Si nous regardons sur le long terme, la contribution de la Chine paraît bien plus faible car la Chine est encore à un stade de développement relativement faible comparé aux USA et à l’Europe.

Une autre étude publiée par le CSIRO montre que l’élévation du niveau de l’océan est également dans les bornes hautes des projections du GIEC (Groupement Intergouvernemental pour l’Etude du Climat). Pouvez-vous commenter ?

Non seulement la hausse du niveau de l’océan est dans les bornes hautes des projections du GIEC mais également la hausse de température. Ce que nous voyons avec les émissions est qu’elles sont proches des scénarios élevés développés par le GIEC avant 2000. Six scénarios principaux avaient été développés à cette période, chacun faisant des hypothèses différentes sur l’économie mondiale et le niveau de développement technologique et donc sur les émissions de CO2 provenant des combustibles fossiles. Nous pouvons dès à présent regarder les émissions effectives depuis 2000 et comment elles se comparent par rapport aux prévisions. Les émissions réelles sont assez proches des deux scénarios les plus élevés parmi les six donc elles sont donc dans la fourchette haute de ce qui est prévu. La même chose est vraie pour l’élévation du niveau de l’océan et de la température. Selon moi, ça révèle deux choses. La première est que nos efforts pour contrôler et réduire les émissions par les mécanismes internationaux actuels n’ont pas eu d’effet sur les rythmes d’augmentation des émissions. Cela signifie que nous devons essayer de faire mieux. La deuxième chose importante est que ces sous-estimations signifient que la science est loin d’être alarmiste jusqu’à présent, au contraire, elle a été modérée. Les prévisions scientifiques faites dans les années 90 au sujet des augmentations de température et de niveau des océans se sont révélées très bonne mais conservatrices. Cela voudrait dire que nous devrions faire attention à la fois à la trajectoire et aux barres d’erreur des projections futures sur les émissions et le climat.

Quel est votre avis au sujet des résultats de la conférence récente de Nairobi organisé par l’Onu ?

La conférence de Nairobi représentait un accord pour continuer à discuter sur ce qui est à faire mais n’a pas franchi l’étape critique qui est une formule concertée pour réduire les émissions et fixer des objectifs d’émission allant bien au-delà de 2012 quand la version actuelle de Kyoto prendra fin. Ainsi, cette génération suivante d’accord devra inclure un nombre plus important de pays que le groupe actuel qui comprend seulement les pays développés. Par conséquent, ce sera important d’une manière ou d’une autre que les principaux pays en développement soient inclus. Un tel accord inclusif va demander de la sensibilité car il devra respecter les différents degrés de développement atteint par chaque pays qui conditionnent des différences dans la dépendance de l’énergie fossile. Je pense qu’il est probable que des économies comme la Chine ou l’Inde vont se détacher beaucoup plus vite de l’énergie fossile que l’Occident l’a fait, en partie parce que pendant leur développement, personne n’avait la moindre idée des problèmes causés par la combustion des fossiles. Maintenant qu’on sait, ce sera important de changer de trajectoire. Même en tenant compte de cela, il va falloir cependant adopter des traitements quelques peu différent entre les pays entièrement développés et les pays en cours de développement à cause de leur différence énorme dans le stade de développement. Un problème lié est dans l’énorme différence entre pays pour les émissions par personne, les émissions per capita. Les pays développés, de manière générale ont des émissions per capita très élevées, quelque part entre 3 et 5 tonnes de carbone (par le CO2 des combustibles fossiles) par personne et par an tandis que les pays en développement émettent en général beaucoup moins, en tout cas le plus souvent bien moins que la moyenne globale de 1,1 tonnes de carbone par personne par an.

Raupach, Michael et al., ESSP 2006 Open Science Conference, Beijing. 9-12 Nov 2006.

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1.  Demesure | 13/12/2006 @ 12:07 Répondre à ce commentaire

L’auteur a écrit: Non seulement la hausse du niveau de l’océan est dans les bornes hautes des projections du GIEC mais également la hausse de température.

En fait, seule la projection des émissions du GIEC est à peu près correcte mais comme il y a 6 familles de scénarios, ce serait étonnant que pas un seul ne tombe juste!
Pour ce qui est des autres prévisions, c’est faux de dire que les « prévisions sceintifiques faites dans les années 90 se sont révélées bonnes ».
– Taux atmosphérique de CO2 (à ne pas confondre avec les émissions)
Prévu: +1%/an
Réel : 0,5%/an (2 ppm sur 380ppm)

– Elévation du niveau des océans
Prévu: accélération
Réel: hausse constante

– Hausse de température
Prévu: courbe scénario B (pas de limitation)
Réel: courbe noire, soit une hausse inférieure à ce que les modèles prévoient en SUPPOSANT une stabilisation des émissions à partir de 2000 (scénario C).

2.  rincewind | 1/01/2007 @ 21:14 Répondre à ce commentaire

Aux dernières nouvelles, le nouveau rapport de l’ipcc 2007 va réduire les prévisions de température et de hausse du niveau de la mer de 25 à 50%.
Source: http://www.telegraph.co.uk/new.....mate10.xml

3.  6 familles de scénarios... | 26/01/2007 @ 23:11 Répondre à ce commentaire

« il y a 6 familles de scénarios, ce serait étonnant que pas un seul ne tombe juste! » dites vous.
Et pourtant, cela ne m’étonnerait pas que TOUS tombent faux, quand bien même il y en aurait 12 ou 20, de scénarios.

Le problème, c’est que tous ces scénarios ont été conçus avec le même état d’esprit et partent du principe que ça chauffe…
Dés lors si ça ne chauffe pas comme prévu, (en admettant d’ailleurs que ce réchauffement ait un sens…), patatras !
Tout l’édifice s’écroule !

Cordialement.
Murps

4.  lieben | 5/03/2009 @ 3:14 Répondre à ce commentaire

Interessante Informationen.

5.  scaletrans | 5/03/2009 @ 9:08 Répondre à ce commentaire

Aucun scénario, dans l’état actuel de nos connaissances et de nos moyens de calcul, ne peut tomber juste, sauf par hasard. Il n’est que de se rappeler qu’il n’existe aucun modèle de circulation thermohaline fiable… et que celui-ci n’est pas près d’exister.
Des scientifiques libres (…) et responsables devraient en tout premier lieu s’atteler à un programme d’étude de la régulation thermique du globe par la couverture nuageuse, en premier lieu; en second lieu d’essayer de prévoir l’évolution de cette régulation en fonction de l’activité solaire. Nous en sommes loin!

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