L’hystérie climatique, par Bjørn Lomborg

Bjørn Lomborg est directeur du Copenhagen Consensus Center et Professeur Adjoint au Copenhagen Business School. Ses livres les plus récents sont "Comment Dépenser 50 Milliards pour Rendre le Monde Meilleur" et "l'Ecologiste Sceptique".

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Il faut être coincé au fin fond de la Mongolie pour ignorer que le GIEC (IPCC en anglais), le panel intergouvernemental sur les changements climatiques des Nations unies, a publié une étude la semaine dernière. Peut-être que dans les profondeurs de la Mongolie avez-vous quand même entendu les sinistres mises en garde des journalistes. Vous avez déduit de ces échos angoissés que le réchauffement de la planète est pire que ce que nous avions imaginé, et qu’il est nécessaire dès maintenant d’agir vite et vigoureusement. Vous avez été mal renseigné.

L’IPCC a publié une bonne étude – une tentative de résumé de l’état des connaissances des scientifiques du monde sur le réchauffement planétaire. À l’inverse de l’administration Bush, surprise à minimiser la science, l’IPCC nous dit honnêtement que l’humanité est largement responsable du réchauffement récent de la planète. Et, contrairement à Al Gore, qui a écumé le monde en avertissant que nos villes pourraient bientôt se retrouver sous l’océan, il ne joue pas les alarmistes.

Au milieu de toute cette agitation, on perd de vue le fait que cette étude n’est en réalité pas plus sinistre que la dernière de l’IPCC, publiée en 2001. Sous deux aspects importants, le travail de cette année a en fait été moins sinistre.

– Dans les années 1980, l’Agence américaine
de protection de l’environnement estimait
que les océans monteraient de plusieurs
mètres d’ici 2100.
– Dans les années 1990, l’IPCC attendait une
augmentation de 67 centimètres.
– Il y a six ans, on annonçait 48,5 centimètres
de plus que le niveau actuel.
– Dans l’étude de cette année, l’augmentation
prévue est de 38,5 centimètres en moyenne.

Cette étude met en évidence le fait que depuis 2001, les scientifiques ont acquis la certitude plus affirmée que les humains sont responsables d’une grande partie du réchauffement planétaire. À part cela, elle inspire un sentiment de déjà-vu. Les estimations d’augmentation des températures, des vagues de chaleur et des vagues de froid, sont presque toutes identiques à celles produites il y a six ans.

Cette étude contient pourtant des éléments surprenants. Notamment, deux faits que la plupart des études passent sous silence. D’abord, les scientifiques du monde ont reconsidéré leurs estimations sur l’augmentation du niveau de la mer. Dans les années 1980, l’Agence américaine de protection de l’environnement estimait que les océans monteraient de plusieurs mètres d’ici 2100. Dans les années 1990, l’IPCC attendait une augmentation de 67 centimètres. Il y a six ans, on annonçait 48,5 centimètres de plus que le niveau actuel. Dans l’étude de cette année, l’augmentation prévue est de 38,5 centimètres en moyenne.

Ce fait est très intéressant, car il rejette absolument l’une des scènes les plus poignantes du film d’Al Gore Une vérité qui dérange . Gore démontre avec force détails comment une augmentation de 6 mètres du niveau de la mer inonderait la plupart de la Floride, Shanghai et la Hollande. L’étude de l’IPCC établit clairement que des exagérations de cette ampleur n’ont aucun fondement scientifique – bien qu’elles aient clairement effrayé le public et vaudront peut-être à Gore un Academy Award.

L’étude révèle aussi l’improbabilité d’un autre scénario de Gore : celui qui imagine que le réchauffement climatique pourrait stopper le Gulf Stream, et transformer l’Europe en nouvelle Sibérie. L’IPCC nous dit clairement et simplement que ce scénario, également dépeint de façon très vivante dans le film hollywoodien Le jour d’après , est considéré comme “très peu probable.” En outre, même si le Gulf Stream devait s’affaiblir au fil des siècles, ce serait une bonne chose car cela déboucherait sur moins de chaleur pour les terres.

Alors pourquoi l’impression que nous laisse l’étude du panel sur le climat est-elle si différente ? L’IPCC est par statut “politiquement neutre” – il est supposé nous dire simplement les faits et laisser le reste aux politiciens et à leurs électeurs. C’est pour cette raison que cette étude est un document prudent et sensé.

Mais les scientifiques et les journalistes, qui jouent le rôle d’intermédiaires entre l’étude et le public, se sont engagés dans l’activisme de l’effet de serre. Outre avoir appelé dans un autre contexte à des réductions substantielles et immédiates des émissions de carbone, le directeur de l’IPCC a même déclaré qu’il espérait que l’étude de l’IPCC “choquerait les gens et les gouvernements et les pousserait à s’engager plus sérieusement.” Il est tout à fait inapproprié pour une personne au rôle si important et apolitique de s’engager dans un activisme aussi ostentatoire. Imaginez que le directeur de la CIA publie un nouveau rapport sur l’Iran et dise “ j’espère que cette étude choquera les gens et les gouvernements, et les poussera à s’engager plus sérieusement.”

Le changement climatique est un vrai problème, et il est grave. Mais le problème avec la récente hystérie des médias, c’est que certains semblent penser qu’aucun rapport ou développement n’est suffisant s’il ne révèle pas des conséquences plus graves et des calamités plus terrifiantes que l’humanité ait jamais envisagé.

Cette hystérie des médias n’a pas, ou peu, de fondement scientifique. L’un des plus éminents climatologues anglais, Mike Hulme, directeur du Centre Tyndall de recherche sur le changement de climat, souligne que le militantisme vert et le journalisme au mégaphone utilisent “les catastrophes et le chaos comme des armes lancées au hasard avec lesquelles menacer désespérément la société pour la pousser à changer de comportement” Selon lui, “il nous faut prendre une grande inspiration, et nous calmer.”

Une augmentation de 38,5 cm du niveau de l’océan est un problème, mais il n’est pas question qu’elle vienne à bout de la civilisation. Au siècle dernier, le niveau de la mer a augmenté de la moitié de cette valeur et la plupart d’entre nous ne l’a même pas remarqué.

L’Onu nous dit que nous ne pouvons quasiment rien faire pour freiner le changement climatique avant 2030. Nous devons donc poser l’épineuse question de savoir si nous ne pourrions pas faire mieux en nous concentrant d’abord sur d’autres problèmes, comme aider de vrais gens à améliorer leurs vies et leur résistance afin qu’ils puissent mieux affronter les défis du monde.

Le monde veut absolument
réduire les gaz à effet de
serre, et il devient facile
d’oublier qu’il existe d’autres
manières, meilleures, de
faire du bien à la planète

Lorsque les prix Nobel de l’économie ont calculé comment faire le plus de bien au monde dans un récent projet appelé le Consensus de Copenhague, ils ont trouvé qu’il valait mieux se concentrer sur le sida et le paludisme, la malnutrition et les barrières douanières, bien avant d’entreprendre de quelconques actions de grande ampleur sur le changement climatique.

Le monde veut absolument réduire les gaz à effet de serre, et il devient facile d’oublier qu’il existe d’autres manières, meilleures, de faire du bien à la planète. Les bonnes décisions viennent des considérations prudentes.

Source
Copyright: Project Syndicate, 2007.
www.project-syndicate.org

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1.  papiion | 14/02/2007 @ 16:09 Répondre à ce commentaire

L’hystérie climatique, par Bjørn Lomborg : depuis la publication par le GIEC le 2 Février du Résumé pour les décideurs politiques (du 4ème rapport du groupe de travail n°1) voilà bien la première fois que nous pouvons en lire une analyse pertinente, éclairante et pleine de bon sens; on respire enfin et on approche finalement de la compréhension de ce qui se passe.
Ce jeune esprit alerte nous explique avec élégance tout cela en un tournemain: les scientifiques ont fait un excellent travail, le GIEC a résumé le point actuel de leurs connaissances pour la 4ème fois de façon très fidèle, ce qui permet enfin de tempérer les excès de « Une vérité qui dérange » et « Le jour d’après » que tout le monde ou presque avait pris pour argent comptant. Quelle crédulité!
Bjørn Lomborg nous explique: « Mais les scientifiques et les journalistes, qui jouent le rôle d’intermédiaires entre l’étude et le public, se sont engagés dans l’activisme de l’effet de serre. » et il ajoute: « le directeur de l’IPCC a même déclaré qu’il espérait que l’étude de l’IPCC “choquerait les gens et les gouvernements et les pousserait à s’engager plus sérieusement.”  » et il précise en parlant « d’hystérie des media ».
Le diagnostic est complet, je suis rassuré. Finalement il est enfin clair que nous ne devons pas prendre nos informations n’importe où et surtout pas dans les media ni dans les déclarations des « intermédiaires » fussent-ils scientifiques. Prenons connaissance par nous-mêmes du résumé publié en attendant pour Mai le rapport scientifique et technique du groupe 1 (les pressés peuvent lire la seconde mouture de mars dernier).
« Le changement climatique est un vrai problème, et il est grave. Mais le problème avec la récente hystérie des médias, c’est que certains semblent penser qu’aucun rapport ou développement n’est suffisant s’il ne révèle pas des conséquences plus graves et des calamités plus terrifiantes que l’humanité ait jamais envisagé. » C’est clair: nous ne devons pas être dupes du « militantisme vert » ou du « journalisme au mégaphone ».
Il est intéressant de voir alors l’analyse basculer: « L’Onu nous dit que nous ne pouvons quasiment rien faire pour freiner le changement climatique avant 2030. » En un sens ce n’est pas faux puisque les divers résultats figurant au résumé sont tellement minorés tous les 6 ans et surtout tellement minimes par rapport aux annonces catastrophistes diverses. Il est clair que Bjørn Lomborg en profite pour rétablir des priorités conformes à sa fonction de directeur du Copenhagen Consensus Center: « Le monde veut absolument réduire les gaz à effet de serre, et il devient facile d’oublier qu’il existe d’autres manières, meilleures, de faire du bien à la planète. » Logique: la plaidoirie pro domo est habile. L’ONU devrait pouvoir prendre sous ses ailes le Copenhagen Consensus Center de Bjørn Lomborg.
En attendant, continuons à cracher des GES et des aérosols: tout va pour le mieux, nous verrons bien quand le système Planète Terre-Atmosphère réagira pour de bon!
Maintenant nous savons quels sont les prophètes de mauvaise augure: le « journalisme au mégaphone » et quelques scientifiques dévoyés dans le « militantisme vert ». Nous reste à chasser ceux-là ou simplement les ignorer, et notre scepticisme n’a plus lieu d’être.

2.  miniTAX | 14/02/2007 @ 16:52 Répondre à ce commentaire

Nous reste à chasser ceux-là ou simplement les ignorer, et notre scepticisme n’a plus lieu d’être.

A croire que ça devient une manie que de vouloir « chasser » ceux qui ont un autre point de vue. J’espère que vous n’en êtes pas contaminé Paiion. 😮

3.  Pierre | 14/02/2007 @ 19:05 Répondre à ce commentaire

Je sais que je vais être un peu hors sujet, mais…
Rappelez vous, il y 10 ans…
La crise de la vache folle, et les premiers cas humains…
Il ne se passait pas un mois sans qu’un nouvel institut ne publie des études épidémiologiques plus catastrophistes les unes que les autres…
100 000 morts, 400 000 morts, peut-être plus, je ne me rapelle plus des chiffres exacts.
Dix ans plus tard, où en sommes nous ?
Environ 100 morts en Angleterre, 9 en France.
Vous comprendrez que maintenat, je commence à me méfier des discours alarmistes!

4.  maurice | 14/02/2007 @ 19:17 Répondre à ce commentaire

il y a 1 an c’etait la grippe avaiaire, qui fort heureusement et jusqu’à aujourd’hui avait été miraculeusement et subitement éradiquée par… le CPE !
Cette année le vaccin s’appelle « elections présidentielles »… mdr

5.  miniTAX | 15/02/2007 @ 10:00 Répondre à ce commentaire

6.  maurice | 15/02/2007 @ 10:02 Répondre à ce commentaire

Un chef d’etat courageux (ou inconscient)

http://leblogdrzz.over-blog.co.....46012.html

7.  papiion | 15/02/2007 @ 15:28 Répondre à ce commentaire

#2
c’est vrai que si nous ignorions les alarmistes puisqu’ils méritent d’être chassés « de notre esprit » (seulement!), la vie serait monotone; notre scepticisme aurait moins lieu de s’exercer; pas de problème, je suis immunisé contre pas mal de choses dans l’air!
#3
mais non, on est bien dans le sujet:
« Rappelez vous, il y 10 ans…
Dix ans plus tard, où en sommes nous ?
Environ 100 morts en Angleterre, 9 en France…. »
Hé oui! ça aurait été peut-être mieux si nous n’avions rien fait: « 100 000 morts, 400 000 morts, peut-être plus… »
#4
heureusement « l’hystérie des media »et le « journalisme au mégaphone » sont très inconstants et changent rapidement de source de catastrophe!
#5
air connu: c’est le cri au loup de La Fontaine! voir la morale;
#6 http://leblogdrzz.over-blog.co.....46012.html
merci pour ce lien, ça vaut vraiment la peine de lire la déclaration de Vaclav Klaus : c’est sûr, faute d’être courageux il n’a pas froid aux yeux et a fortiori il n’a pas honte pour déclarer de telles « évidences »:
« Nous savons qu’il existe une corrélation très forte entre la préservation de l’environnement d’un côté et le développement et la richesse de l’autre. Il est évident qu’une société plus pauvre fait plus de mal à la nature, et vice et versa. »
Ce « brave » président ne doit pas savoir qu’il y a des corrélations positives et des corrélations négatives; et le « vice et versa. » vaut son pesant d’or: il est sûr que la nature ne fait pas de mal à une société pauvre!

8.  miniTAX | 15/02/2007 @ 15:45 Répondre à ce commentaire

et le “vice et versa.” vaut son pesant d’or: il est sûr que la nature ne fait pas de mal à une société pauvre!

#7: Paiion, le Président voulait dire par « vice versa » qu’une société riche fait moins de mal à la Nature ce qui est difficilement contestable.

9.  miniTAX | 15/02/2007 @ 15:50 Répondre à ce commentaire

désolé pour l’ortaugrafe de votre pseudo, cher Papiion 😳

10.  maurice | 15/02/2007 @ 15:59 Répondre à ce commentaire

#7.
Vaclav Klaus n’enfonce pas plus de portes ouvertes que le GIEC quand ce dernier dit par exemple que l’activité humaine génère des GES et que ces GES viennent se rajouter aux émissions naturelles, sans les quantifier et tout en concluant que « very likely » l’homme est pour quelquechose dans le réchauffement, et que « very likely » la glace ça se transforme en eau quand on la réchauffe.

La réaction de Mr Klaus est à la hauteur du rapport du GIEC, tout va bien.

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