Encore de mauvaises nouvelles d’El Niño

• • • • •
Vous avez probablement lu cela une douzaine de fois déjà, mais El Niño est lié à une masse d'eau chaude qui se forme au large de la côte Pacifique de l'Amérique équatoriale et du sud. Pendant les périodes d'El Niño, l'Australie souffre des sécheresses et des incendies pendant que les Etats-Unis du sud et sud-ouest reçoivent des quantités significativement supérieures à la moyenne de précipitation d'hiver et que les Etats-Unis ont, dans son ensemble, des hivers plus chauds que la moyenne. Le lien empirique entre ces phénomènes est significatif statistiquement parlant, mais souvent et de manière surprenante faible, comme déjà montré plusieurs fois dans World Climate Report.

La littérature scientifique contient des études de modélisation qui montrent que des concentrations plus fortes de gaz à effet de serre vont conduire à plus d'années à El Niño, et sans surprise, les alarmistes du climat ont exploité un maximum ce lien potentiel. Bien sûr, il y a de nombreuses autres études de modélisation qui ne montre aucun lien que ce soit entre l'accumulation des gaz à effet de serre et les conditions d'apparition d'El Niño. Difficile d'utiliser ce genre de résultats alors les alarmistes ne les présentent pas vraiment.


Le MEI (indice multivariable de l'ENSO) illustre des périodes El Nino plus fréquentes,
plus fortes pendant les phases positives (chaudes) du MEI. Source Intellicast.

Deux articles ont été publiés récemment dans des journaux majeurs et ont attiré notre attention mais ont été à coup sûr omis par ceux qui acceptent et promeuvent le lien El Niño – réchauffement global. Le premier article est de Danielle Verdon et Stewart Francks de l'Université de Newcastle en Nouvelles Galles du Sud et a été publié dans le Geophysical Research Letters. Ils notent que l'état de l'Oscillation Sud d'El Niño (ENSO), l'aller-retour entre les masses chaudes d'El Niño et les masses froides de La Niña, est fortement corrélé à une oscillation bien plus étendue : la Pacific Decadal Oscillation (PDO), qui couvre la plus grand partie de l'Océan Pacifique Nord et ayant un impact sur tout l'Océan Pacifique. La phase de la PDO non seulement peut changer la probabilité d'avoir El Niño ou La Niña, mais la phase de la PDO détermine également l'importance de l'impact d'El Niño ou La Niña ont sur les conditions météorologiques depuis l'Australie jusqu'en Floride. Une fois de plus, nous apprenons que les choses sont plus compliquées que ce qu'elles semblent de primes abords – n'importe quelle discussion au sujet du réchauffement global, El Niño, et les effets sur les climats régionaux doit prendre en compte les changements potentiels de la PDO.

Verdon et Franks rassemblent des reconstitutions historiques (proxies) de la PDO et reconstruisent les phases positives et négatives de la PDO remontant à 1662 A.D. (figure 1). Le graphique est basé sur les chronologies de cernes d'arbres d'Alaska, du Nord Ouest Pacifique et de l'Amérique du Nord subtropicale ainsi que des fossiles coralliens de Rarotonga situés dans le Pacifique Sud. Compte tenu des oscillations en escalier de la PDO, la probabilité d'avoir El Niño ou La Niña change avec le temps et l'impact consécutif de cela sur les climats régionaux également. Les 2 scientifiques irlandais concluent que "les enregistrements paléo suggèrent que le déficit apparent d'événements La Niña et la forte fréquence d'événements El Niño ces 2 dernières décennies seraient normaux et pourraient s'expliquer par le fait que la PDO est dans sa phase positive durant cette période. Quand la PDO basculera vers une phase à dominance négative, il est tout à fait probable que la fréquence de La Niña va réaugmenter de nouveau". Nous avons vu cela encore et encore : il suffit de placer une tendance récente dans une perspective à long terme et il semblerait que rien d'inhabituel ne se passe.



Figure 1
: durée et timing des changements en escalier de l'indice composite PDO
entre 1662 et 1998 (Verdon et Franks, 2006)

Le second article a été publié dans le Journal of Climate par deux scientifiques de l'Université de Maryland. Ces 2 chercheurs se demandent si les modèles numériques du climat sur lesquels s'appuie le GIEC peuvent simuler de manière réaliste l'ENSO ainsi que les impacts de l'ENSO à différents endroits du monde.

Joseph et Nigam ont fait un beau travail en évaluant les nombreux modèles utilisés par le GIEC. D'après leur recherche exhaustive, ils ont trouvé que "Simuler des changements de l'ENSO réalistes demeure un défi pour les modèles climatiques dès qu'on les compare aux analyses historiques de l'ENSO en terme d'amplitude, de durée, de récurrence et de timing saisonnier". En clair, ils ont trouvé qu'au niveau des caractéristiques de l'ENSO, les modèles ont encore un long chemin à faire avant de pouvoir simuler ce qui a été observé entre 1950 et 1999. Nous sommes entièrement d'accord avec leur conclusion selon laquelle "les modèles climatiques ne sont pas vraiment prêts pour faire des projections à l'échelle régionale ou continentale de la variabilité et du changement hydroclimatique, même s'ils ont commencé à s'aventurer à simuler les caractéristiques principales de la variabilité de l'ENSO".

Nous sommes d'accord que les modèles vont s'améliorer, mais nous créditons Joseph et Nigam d'avoir osé suggérer que non seulement, les modèles ont du mal avec l'ENSO, mais ils ont encore un long chemin à faire avec d'autres oscillations telles que la PDO. Comprendre correctement les interactions entre PDO et ENSO semble être un long chemin à parcourir. Joseph et Nigam écrivent ainsi dans la phrase finale de leur abstract : "La prévision de la variabilité et du changement du climat régional reste une charge onéreuse pour les modèles".

World Climate Report ne pourrait en aucun cas dire mieux !

Références

  • Joseph, R. and S. Nigam, 2006. ENSO evolution and teleconnections in IPCC’s twentieth-century climate simulations: Realistic representation? Journal of Climate, 19, 4360-4377.
  • Verdon, D. C., and S. W. Franks, 2006. Long-term behaviour of ENSO: Interactions with the PDO over the past 400 years inferred from paleoclimate records. Geophysical Research Letters, 33, L06712, doi:10.1029/2005GL025052.

Source

Share on FacebookTweet about this on TwitterEmail this to someone
1.  chria | 15/10/2009 @ 10:34 Répondre à ce commentaire

J’aimerais savoir ce que vous pensez de ça, perso j’ai du mal
http://www.ird.fr/layout/set/p.....rend-chaud

2.  Araucan | 15/10/2009 @ 22:38 Répondre à ce commentaire

chria (#1),

Explorez dans les exposés de de la conférence à Genève sur la météo, il y avait un exposé je crois sur les prévisions d’El Nino.
Voir là
http://skyfal.free.fr/?p=387#comment-20351

3.  the fritz | 16/10/2009 @ 13:44 Répondre à ce commentaire

chria (#1),
Etonnant effectivement cette affirmation:
Cette prédominance est à relier aux changements profonds de la dynamique du Pacifique équatorial provoqués par une élévation de la thermocline (1) sous l’effet du réchauffement climatique.

Personnellement j’aurai parié sur le contraire, mais au moins a-t-on des données précises sur la position de la thermocline du Pacifique sur plusieurs cycle d’El Nino, ou est-ce encore de la modélisation?

4.  Araucan | 16/10/2009 @ 22:06 Répondre à ce commentaire

the fritz (#3),

A schematic diagram of the quasi-equilibrium and La Niña phase of the southern oscillation. The Walker circulation is seen at the surface as easterly trade winds which move water and air warmed by the sun towards the west. The western side of the equatorial Pacific is characterized by warm, wet low pressure weather as the collected moisture is dumped in the form of typhoons and thunderstorms. The ocean is some 60 cm higher in the western Pacific as the result of this motion. The water and air are returned to the east. Both are now much cooler, and the air is much drier. An El Niño episode is characterised by a breakdown of this water and air cycle, resulting in relatively warm water and moist air in the eastern Pacific.
http://en.wikipedia.org/wiki/Walker_circulation

http://en.wikipedia.org/wiki/S.....scillation

5.  Araucan | 16/10/2009 @ 22:07 Répondre à ce commentaire

Avec le graphique qui manque

6.  the fritz | 16/10/2009 @ 22:19 Répondre à ce commentaire

Araucan (#4), On comprend bien les mouvements respectifs de la thermocline à l’est et à l’ouest lors d’un passage d’el nina à el nino, mais globalement et statistiquement, est-ce que cette thermocline s’est élevée ou abaissée depuis qu’on nous bourre le mou avec le rechauffement?

7.  Araucan | 20/10/2009 @ 21:18 Répondre à ce commentaire

the fritz (#6),

Rien trouvé là dessus : peut-être un exégète du rapport du GIEC pourrait y trouver des allusions donc des références ?
En recherchant dans les références , voici ce que j’ai trouvé, lorsque les eux chaudes stagnent au milieu du Pacifique soit un El Nino Modoki

http://www.nature.com/nature/j.....16.html#B3
http://www.nature.com/nature/j.....1481a.html

La question est aussi : la fréquence de ces El Nino particuliers va-t-elle augmenter ?

8.  Araucan | 20/10/2009 @ 21:24 Répondre à ce commentaire

the fritz (#6),

Faites un tour là, vous connaissez bien !

http://www.climat-evolution.co.....142-6.html

9.  the fritz | 20/10/2009 @ 22:03 Répondre à ce commentaire

Araucan (#8),
Huit jours de silence, merci pour tous les liens

10.  williams | 20/10/2009 @ 23:25 Répondre à ce commentaire

Justement il etait prévu que la frequence et l’importance de ces El Nino augmentent suivant le GIEC en 2001 et meme avant. Pourtant c’est tout l’inverse qui arrive et cela va continuer un bon moment car on est dans la phase descendente du PDO et avec un un indice négatif.

Raison pour laquelle qu’en 2007/08 on a un La Nina tres fort et que là, l’El Nino est faible.

Voir des infos dans mon site sur la PDO et El Nino/La Nina (ENSO) : http://la.climatologie.free.fr/

Williams

Sorry, the comment form is closed at this time.