Compenser votre « empreinte carbone » prend des décennies.

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Les mécanismes utilisés par les consommateurs conscients écologiquement pour réduire leur "empreinte carbone" pourraient prendre jusqu'à un siècle pour remplir les promesses de retombées positives, suggère une étude. Les chercheurs ont trouvé que c'est le temps que cela prendrait à la "compensation de carbone" – qui implique souvent la plantation d'arbres dans les pays en développement – pour absorber les gaz à effet de serre émis par un seul trajet en avion. Des dizaines de fortunes ont été bâties récemment par des entrepreneurs qui offrent aux particuliers et aux entreprises une chance de neutraliser leurs émissions de carbone en payant.


Plaquette de Climate Care, une des
sociétés de compensation de carbone

La nouvelle étude, menée par des scientifiques du Centre Tyndall, basé à l'Université d'East Anglia et par l'Université de Lund en Suède, suggère que de tels mécanismes pourraient en fait ne servir qu'à soulager les consciences de ceux qui payent. "Ce que nous voyons ici est l'émergence d'un nouveau marché financier totalement non régulé", dit Professeur Stéfan Gossling de l'Université de Lund, qui mène l'étude. "Ces mécanismes pourraient à la fin recapturer le carbone émis par les gens mais seulement après que la majorité d'entre eux soit décédée. C'est trop long".

Les mécanismes étudiés par Gossling incluent celui offert par British Airways à ses passagers à travers Climate Care, une entreprise de compensation de carbone britannique. L'étude a trouvé qu'une compensation achetée à travers le mécanisme prendrait environ 100 ans pour recapturer le carbone émis par un vol. Ceci parce que Climate Care inclut la reforestation dans son portefeuille de compensations, ce qui veut dire que le carbone émis ne peut être recapturé qu'à la vitesse de croissance des arbres.

L'étude coïncide avec une augmentation brusque de la température politique sur le changement climatique. La semaine dernière, les chefs d'Etat de l'UE se sont mis d'accord pour réduire les émissions de carbone de -20% par rapport au niveau de 1990 d'ici 2020. Le marché de compensation volontaire de carbone a surgi grâce à cette même préoccupation planétaire autour des émissions de carbone. Il y a maintenant des douzaines d'entreprises qui facturent un prix pour aider les gens et les organisations à s'occuper de leurs émissions de carbone. Une des plus riches est Climate Change Capital, une banque commerciale qui se spécialise dans les investissements à faible émissions de carbone, qui contrôle des fonds d'un montant supérieur à 500 millions de livres et qui a fait de ses fondateurs des millionnaires, James Cameron et Lionel Fretz. L'entreprise se spécialise dans des grands projets industriels. La plupart des entreprises de compensation préfèrent cependant soutenir des projets plus petits d'efficacité énergétique et d'utilisation d'énergies renouvelables.

Climate Change Capital est une
banque commerciale spécialisée
dans les investissements à faible
émissions de carbone qui contrôle
des fonds d'un montant supérieur
à 500 millions de livres

Un mécanisme favori est l'achat des ampoules à économie d'énergie pour les distribuer dans les pays en voie de développement. De tels schémas peuvent prendre des années pour capturer le carbone émis par un vol par exemple mais quand le mécanisme de compensation choisi est la reforestation, cela peut s'étaler sur des décennies. "Quand les compagnies offrent pour un seul vol une compensation qui s'étale sur une période de 100 ans, alors le mécanisme perd sa crédibilité," dit Gossling. "Comment quelqu'un peut-il prévoir le sort d'une forêt ? D'ici 100, celle-ci pourrait être détruit par le feu et tout le carbone serait libéré."

Certains projets de plantation d'arbre ont échoué de manière spectaculaire. Coldplay, le groupe de rock, sponsorisa 10.000 manguiers dans le Sud de l'Inde pour compenser l'impact environnemental de son album de 2002, A Rush of Blood to the Head. Mais l'année dernière, les arbres, fournis par Future Forests, devenu The CarbonNeutral Company, ont dépéri et sont morts. Jonathan Shopley, le directeur exécutif de The CarbonNeutral Company, a dit que l'entreprise a cessé l'activité de reforestation et utilise maintenant des mécanismes de compensation tels que les fermes éoliennes et l'éclairage à faible énergie. "N'importe quelle compensation proposée par nous prochainement va absorber les émissions de carbone correspondantes dans un délai de 4 ans," dit-il.

Le chiffre d'affaire de The CarbonNeutral Compagny a atteint très rapidement 4 millions de livres par an et il vient juste de signer avec Silverjet, une nouvelle compagnie aérienne dédiée aux classes affaires. Il facture 999 livres pour un aller-retour New-York Londres – sur lesquels 11 livres servent à compenser les émissions de carbone de chaque passager. David Wellington, directeur général de Climate Care, dit : "beaucoup de critiques adressées au mécanisme de compensation sont valables. C'est une industrie jeune qui se cherche mais les normes sont en train de s'améliorer très rapidement. Par exemple, nous avons déjà quitté la reforestation pour choisir les projets d'énergie renouvelable pour réduire le temps de prise d'effet de la compensation."

Mais d'autres pensent que la compensation de carbone est un mécanisme fortement défaillant. Dieter Helm, professeur de politique énergétique à l'université d'Oxford dit que ce n'est guère plus qu'un mécanisme pour permettre aux riches occidentaux de soulager leur conscience. "Ce que nous sommes réellement en train de faire est de payer les pauvres pour qu'ils réduisent leurs émissions de carbone afin que nous puissions maintenir notre train de vie luxueux. Si nous voulons réellement vivre de manière durable, nous allons devoir encaisser les coups et abandonner des choses comme les trajets en avion. En fin de compte, des choses non durables," dit-il.

Source

1.  fboizard | 18/03/2007 @ 9:00 Répondre à ce commentaire

Faire des affaires pareilles quand on sait à quel point la théorie du réchauffement climatique d’origine humaine repose sur des bases scientifiques incertaines (et encore, je formule les choses gentiment) a quelque chose d’effrayant.

Bien entendu, nous n’avons pas attendu les réchauffistes pour apprendre que la bonne conscience et le fantasme sont des articles très vendeurs.

Mais il y a dans ce marché du carbone, qui est en fait une foire aux fantasmes millénaristes, un cynisme ou un comportement d’illuminé qui me met très mal à l’aise.

2.  Murps | 18/03/2007 @ 14:00 Répondre à ce commentaire

[mode cynisme ON]
Il y a peut être un moyen de faire de l’argent avec ces fantasmes !
[mode cynisme OFF]

Plus sérieusement je suis convaincu que d’ici quelques mois on parlera de malversations au sein de ces sociétés qui prétendent « neutraliser votre CO2 » en échange de votre argent.

L’important est que tout le monde puisse se faire entendre et que cesse cet acharnement des médias à nous faire avaler toutes ces couleuvres.

Cordialement.

3.  miniTAX | 18/03/2007 @ 18:36 Répondre à ce commentaire

Dire qu’on cherche à attaquer les sceptiques soi-disant parce que ce serait des suppôts d’Exxon et autres big business. Et voilà qu’on apprend que ces excités de la bonne vertue climatique organisent des arnaques de centaines de millions de $ pour vendre de l’air. Bon, pour l’instant, ce genre d’arnaque de grande ampleur ne touche pas encore la France mais touchons du bois.

Au passage, une recherche rapide sur James Cameron (le nom m’intriguait), le fondateur de Climate Change Capital (triple C, c comme k..nnerie) a été un des lobbyists actifs grâce auxquels le protocole de Kyoto a pu exister. Comme quoi, le cercle intime des escrocs de haut vol (dont un certain Maurice Strong, très bien décrit sur le net) est finalement assez petit.

4.  Charles II | 18/03/2007 @ 21:51 Répondre à ce commentaire

J’ai l’impression que ça touche la France :

http://www.climatmundi.fr/

Il y a sûrement des gogos qui paient.

Je ne sais plus qui disait :
« La connerie humaine est la seule chose qui puisse me donner une idée de l’infini ».

5.  Charles II | 18/03/2007 @ 21:58 Répondre à ce commentaire

a

6.  miniTAX | 18/03/2007 @ 23:05 Répondre à ce commentaire

J’ai l’impression que ça touche la France :

http://www.climatmundi.fr/

D’après le site, un Paris-Jakarta A/R en classe éco, c’est 5,08 t. de CO2 et les bonnes âmes qui veulent soulager leur conscience paieront 101,66 € TTC. 😥 Et pour ce prix, il vous fournissent même un certificat de compensation, sûrement très chics à montrer lors de soirées mondaines. C’est à mourir de rire si ce n’était aussi pathétique, d’autant plus que leur prix de 20€ / tonne CO2 est 20x plus cher que ce qu’on trouve sur la bourse du carbone Powernext (en ce moment, ça tourne autour de 1 €/t, cf ce lien).

Dire que ce genre d’escroquerie a l’air tout ce qu’il y a de plus légal et ne semble absolument pas gêner le législateur. Je suis sûr que ça va donner pleins d’idées malhonnête à Murps laugh

7.  Murps | 21/03/2007 @ 13:51 Répondre à ce commentaire

Merci pour la réputation d’escroc que vous me faites !
smile)

Mais je vous rappelle que tout ce barnum de compensation est non seulement légal mais porte le sceau du « ministère de l’écologie et du développement durable ».

Sinon, vous pouvez m’envoyer les chèques.
Votre argent servira à installer une chasse d’eau pipi/popo à double commande dans mon appartement.
Je vous remercie d’avance.

😉

8.  Marot | 27/03/2007 @ 17:42 Répondre à ce commentaire

Épinglé chez :
http://www.developpementdurabl.....ksten=2173

Réchauffement climatique : une crise pleine d’opportunités ? (26/10/2006)

Un nouveau rapport, publié en grande Bretagne par Vivid Economics, pour le compte de Shell Springboard quantifie pour la première fois la taille du marché potentielle pour les entreprises développant des produits et services dont l’objectif est de limiter le réchauffement climatique. Pour le marché britannique seulement, la valeur de ce marché pourrait être estimée à 30 milliards de livres pour les 10 prochaines années. L’étude démontre les opportunités commerciales à explorer pour les petites et moyennes entreprises, en répondant notamment à la demande croissante des consommateurs à la recherche de produits respectueux de l’environnement, aussi bien qu’à la demande liée à une impulsion gouvernementale (énergie renouvelable, efficacité énergétique domestique, etc..).

Plus d’infos :
Le rapport de Vivid Economics (Eng)
http://www.shellspringboard.or.....Doc_V4.pdf

Allons z-enfants, y a du pognon à faire !

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