Changement climatique : l’urgence, moteur d’une crise prématurée ?

(Voici un document qui analyse la communication faite autour du changement climatique par un professionnel de la communication par les ONG et qui présente celle faite par les industries chimiques… Sur les techniques de communication et les limites du recours à la communication de crise. Attention long document en plusieurs pages…)

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Par Philippe de Casabianca
Du Cefic –  European Chemical Industry Council

Avec le vote du paquet climatique en décembre dernier par le Parlement européen, la tension s’est quelque peu apaisée ces derniers temps. Mais préparation de la conférence des Nations Unies à Copenhague oblige, nul ne doute que les sirènes de l’urgence vont à nouveau déferler, tentant de saturer l’espace de communication encore disponible. Occasion de revenir sur quelques discours qui ont animé les débats relatifs au changement climatique.
En décembre dernier, le Président Sarkozy a reçu, par affiche interposée, un pot de peinture à la façon d’Andy Warhol. L’effigie revisitée en icône psychédélique, Greenpeace France le poussait à agir pour trouver une solution au changement climatique, lui qui assurait la présidence du Conseil de l’Union européenne : sur les murs du métro parisien, Nicolas Sarkozy décorait malgré lui des affiches avec un jeu de couleur inédit et le slogan « Yes You must ».
Et dans le reste de l’Europe, un collectif d’associations écologistes maintenait la pression montrant dans le Financial Times un homme d’affaires en train de se noyer à cause de la montée des eaux supposée être causée par le réchauffement climatique. Heureusement, le paquet climatique a été voté, avec ça et là du contentement et des frustrations. Mais l’Union Européenne s’estime en bonne position pour aborder les négociations de Copenhague en décembre prochain avec le sentiment du devoir accompli.
Mer très agitée.
Urgence donc : la crise climatique avait fait passer tous les clignotants au rouge : si on ne fait rien, les conséquences du changement climatique seront dramatiques ; les dérèglements observés ne sont qu’un avant goût des cataclysmes qui n’attendent qu’un peu plus de négligence des humains pour se ruer sur nous et nous emporter. Une video a aussi fait le tour de l’Europe (The big ask), montrant des hommes politiques en train de se noyer, empêtrés dans leurs dossiers et insensibles à la réalité du changement climatique… « Soyez préparés » et vite !
Notre propos n’est pas d’analyser les fondements scientifiques du changement climatique ou de ses causes, mais d’appréhender les clés, pas toujours très neuves, de la communication qui en ont agité récemment les débats. A proprement parler, s’agit-il vraiment de communication de crise ?  Ce n’est pas tout à fait certain bien qu’on y trouve quelques éléments. La question peut en effet se poser en ce sens où le débat climatique n’est pas une surprise : le processus législatif et politique est relativement connu, un certain consensus scientifique s’est fait jour et tout cela suit à peu près son cours. Pas toujours ’effets à court terme dans le cas du changement climatique et du public européen, on n’est décidément pas dans la crise usuelle. Certes, on n’est jamais à l’abri d’invités de la dernière heure à la table des négociations, tel Obama qui semble pouvoir changer la donne après Georges Bush, ou telle inflexion technocratique en faveur de telle ou telle autre solution de limitation des émissions de gaz à effet de serre.
Si l’on estime donc faire ici face à une communication de crise, ce n’est donc pas en réaction à une incontrôlable surprise, mais bien parce que la crise est elle-même brandie comme argument de communication. Face à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, en partie d’origine humaine, un certain changement climatique est attendu, souvent sous forme de réchauffement. Et contre la montée probable des eaux et les sautes d’une météo plus capricieuse qui s’en suivrait, certains se sentent démunis. On ne parle plus d’empêcher le changement climatique mais d’en limiter certains effets. Il y a donc une forme de crise, de sentiment d’immensité de la tâche à accomplir face à la nécessité de créer une économie faiblement émettrice de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effets de serre.
Mais de quelle urgence parle-t-on ici ? La vraie question dans toute crise demeure en fait l’appréciation du calendrier et de la pression du temps. La communication climatique n’échappe pas à cette tentation de vendre l’instant présent comme garantie du futur, d’agir là, ici, maintenant pour avoir un développement durable, garanti. Beaucoup rêvent de se sentir sauveurs du monde, pilotes de la solution parfaite: on prévoit des rivages submergés, des espèces rayées de la carte, des pays qui auront fait les bons efforts, d’autres pas. Comment faire le tri dans ces appels à l’urgence ?
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51.  piloteman | 5/11/2009 @ 0:33 Répondre à ce commentaire

super.mouton (#43),

On peut d’ailleurs s’amuser à mettre cette « spiritualité pseudo bouddhiste de gloubiboulga » en regard de ce court récit écrit en 1900 par l’écrivain Russe Vladimir Soloviev

52.  Marot | 5/11/2009 @ 8:19 Répondre à ce commentaire

piloteman (#51),
Merci de m’avoir fait connaître (mal encore mais cela tient à moi) ce texte lumineux.

53.  chria | 5/11/2009 @ 10:57 Répondre à ce commentaire

piloteman (#51),
L’un des commentaires :
« Mais à ma connaissance, il n’y a pas d’actualisation plus récente et plus pertinente de l’Apocalypse. »
Il a oublié les rapports du Giec…

Sinon que dire de ce texte à part qu’il conforte les intégristes dans leur délire de rédemption et de vengeance, souvent motivé par des tendances suicidaires à la base ? Il n’y a pas plus de prophétie dans ce texte que dans un livre de SF.
Mais bon, je ne suis pas objectif, car malgré des efforts je n’arrive toujours pas à séparer secte et religion dans le fond comme dans la forme. La théologie peut parfois ressembler à une forme de philosophie, encore qu’il faut lire Franz Overbeck qui décrit la théologie chrétienne comme aporie de la pensée, « se contentant à travers les siècles de se raccrocher aux grandes idéologies à la mode et aux tendances sociologiques et politiques des divers moments, en les « christianisant », en les recouvrant d’un pseudo-vernis et d’une pseudo-garantie biblique. Cela pour conserver le pouvoir des clercs et de l’institution ecclésiale sur la société… »
Toutefois, pour revenir au sujet, les écolos ne sont pas tous des catastrophistes désabusés qui attendent la fin du monde, bien au contraire. C’est pourquoi dans ce débat entre religion et science, le fait de croire à quelque chose n’empêche pas d’avoir un esprit rationnel, et le fait de vouloir relier malhonnêtement les faits et la complexité scientifique à des volontés de changements de styles de vie ou d’enrichissement personnel n’en fait pas une religion.

54.  Curieux | 5/11/2009 @ 12:23 Répondre à ce commentaire

chria (#53),

je n’arrive toujours pas à séparer secte et religion dans le fond comme dans la forme

A mais il y en a une énorme, une religion est une secte qui a réussi. 😉

55.  chria | 5/11/2009 @ 14:25 Répondre à ce commentaire

Curieux (#54),
Alors la scientologie est une religion…

56.  Florent76 | 5/11/2009 @ 15:36 Répondre à ce commentaire

La plus grande partie des polémiques autour du terme secte ont leur source dans le fait que ce terme recouvre plusieurs définitions et opinions. On peut observer, suivant les personnes et groupes qui l’utilisent :

Le sens étymologique et sens premier : une branche, le plus souvent dissidente, d’une religion installée.
– Le sens positif déclaré par les nouveau mouvement religieux : groupe d’individus libres exerçant ensemble une activité dans le champ de la spiritualité, comme d’autres s’associent dans un domaine artistique, avec son système de croyances ou sa philosophie originale, plus ou moins perfectionné et des adeptes, apparemment, non manipulés mentalement.
– Le sens négatif « fort » : toute organisation, y compris les sociétés secrètes, ayant été condamnée pour préjudices envers ses adeptes, manipulés mentalement, ou ayant subi d’autres contraintes.
– Le sens négatif « étendu » : toute organisation soupçonnée d’exercer une manipulation mentale sur ses adeptes afin de les exploiter.

Depuis le XXe siècle, on parle de secte lorsqu’il s’agit de recouvrir le sens négatif du mot. Etant donné les accusations de malveillance qui pèsent sur la scientologie, elle ne saurait être une religion.

Source :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Secte

57.  Araucan | 5/11/2009 @ 23:02 Répondre à ce commentaire

scaletrans (#44),

Ils ont fait une demande pour être observateur : il y a une procédure pour les ONG …

58.  Araucan | 5/11/2009 @ 23:19 Répondre à ce commentaire

scaletrans (#44),

Voici par exemple la liste des participants non officiels à Bonn en juin à partir de la page 60 du document

http://unfccc.int/resource/doc...../inf05.pdf

Pour l’ONU, il y a une procédure similaire….

59.  scaletrans | 6/11/2009 @ 9:14 Répondre à ce commentaire

Araucan (#58),

Merci, j’avais déjà le document, mais ne l’avais pas lu avec assez d’attention.

60.  super.mouton | 6/11/2009 @ 10:49 Répondre à ce commentaire

Araucan (#58)
Lol , je savais pas qu’il existait des avacot du climat…

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