« En liaison avec tes prises de position récentes… »

par Benoît Rittaud.

Regards fuyants, mots hésitants, explications dilatoires… mes interlocuteurs d’avant-hier n’étaient pas fiers. À leur décharge, ce n’est sans doute pas tous les jours qu’ils ont l’occasion de censurer quelqu’un pour délit d’opinion.

Il y a quelques semaines, ces mêmes interlocuteurs, appelons-les X et Y, avaient sollicité ma participation à un projet. (Ne me demandez pas de donner des noms et des détails : dans ma grande bonté, je ne souhaite pas les divulguer ici, car le projet en question est lié à quelque chose de respectable. La seule chose d’importance ici est que cela n’a rien à voir avec le climat.)
C’est toujours agréable d’être sollicité : « tu es le plus compétent, le plus capable, on sait que tu feras des merveilles… » Comme souvent, bien sûr, la raison majeure était ailleurs : il fallait quelqu’un pour se taper le boulot, et j’avais la tête du pigeon idéal. J’avais accepté, tout en sachant pertinemment que ce travail ne m’apporterait rien de plus que la satisfaction d’un devoir accompli. Il fallait que quelqu’un s’y colle, il y avait une certaine logique à ce que ce soit moi… les choses commencèrent donc à se mettre en place.
Sur ces entrefaites, Le Mythe climatique parut. C’est là que les hésitations commencèrent, qui débouchèrent sur ma convocation à une « rencontre urgente », « en liaison avec [m]es prises de position récentes. » Censure ? Hola : que nenni ! Loin de X et Y l’idée même d’une censure. Mais la réalité est ce qu’elle est… Bien sûr, on ne se permettrait pas de juger de ta position sur le fond… Le problème, tu comprends, c’est que l’amalgame risque d’être fait par d’autres, et vue notre situation actuelle, on ne peut pas se permettre de prendre des décisions inconsidérées… Verrais-tu une solution ? Non ? C’est fâcheux… Mais bon… le climat, c’est le combat de ta vie, ou est-ce que tu songes à passer à autre chose bientôt ? Parce que dans ce dernier cas, ça règlerait le problème… Comment ? Tu veux te retirer du projet ? Ah, là, on est vraiment déçu que tu le prennes comme ça, parce qu’il n’y a vraiment pas de censure de notre part, pas du tout : c’est seulement que la nature du projet que nous voulons te confier est difficilement compatible avec un combat qui ne s’inscrit pas précisément dans les orientations générales de la collectivité… Aurait-on cette conversation si ton livre avait soutenu la thèse inverse sur le climat, demandes-tu ? Heu… là, ce n’est pas très honnête de ta part, car vu comme tu formules la question, il est clair que tu as un a priori sur la réponse… Écoute, par les temps qui courent, on ne peut pas se permettre de prendre certains risques : tu peux tout de même comprendre cela, n’est-ce pas ?

Il y a quelques jours, Antonio San avait suggéré dans un commentaire que mon livre était trop inoffensif pour que j’inquiète quiconque (contrairement à Claude Allègre ou à Vincent Courtillot). « Ouin ! C’est pas juste ! Je veux être censuré aussi ! » avais-je répondu. Puis-je dire à Antonio San que c’est à présent chose faite ? La conversation que j’ai eu avec X et Y avait vraiment le goût et l’odeur de la censure, mais il faut savoir rester modeste : la vraie censure, c’est celle qui marque un acte de pouvoir, fût-il illégitime ou abusif. Or en l’occurrence, il ne s’agit pas d’un acte de pouvoir, mais d’un acte de lâcheté. Rien ni personne n’imposait à X et Y de faire ce qu’ils ont fait, si ce n’est le fameux précepte : « on veut pas d’emmerdes. » Cependant, il est fort possible que ce précepte soit le moteur de beaucoup d’actes de censure : ainsi donc, peut-être dois-je bel et bien me considérer comme censuré pour délit d’opinion. Une première. Mais je rassure tout le monde : ce projet dont je ne m’occuperai finalement pas n’avait rien de grandiose, ce n’est pas un irréparable déchirement que de m’en retirer. Encore une fois, il s’agissait de ces tâches qui ne « rapportent » rien mais dont on accepte de se charger parce que cela permet de se sentir utile, et qu’il faut bien que le monde tourne. Un bien médiocre petit monde, en l’occurrence, et dont je me demande parfois s’il tourne tout à fait rond.

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51.  Murps | 19/04/2010 @ 11:05 Répondre à ce commentaire

« De quoi tout de même engendrer un été » maussade « , frais et humide, car les particules volcaniques, outre le fait d’intercepter le rayonnement solaire, agissent comme des » noyaux de condensation » et multiplient la formation des gouttes de pluie : autrement dit : il pourrait pleuvoir ou neiger davantage pendant les prochaines semaines ! »

Marrant comme affirmation.
J’attends avec impatience le bilan de l’été prochain.
Avec un peu de chance, le Met’ Office et la Météo Nationale vont encore se planter car il y aura un été chaud et sec…
🙂

52.  maurice | 19/04/2010 @ 11:21 Répondre à ce commentaire

Murps (#51), il suffit de surfer sur le web ces derniers jours pour s’apercevoir a quel point les avis sont divergents. La machine à consensus serait elle en panne ?

53.  yvesdemars | 19/04/2010 @ 11:52 Répondre à ce commentaire

Murps (#41),à « 2.000 km » d’altitude ??? là c’est sûr !!!

54.  dm75 | 19/04/2010 @ 12:17 Répondre à ce commentaire

J’ai parcouru rapidement la liste des signataires.
On y trouve en particulier des membres de :
« AIVA – CIRAD », (Adaptation Agro-écologique et Innovation Variétale)
« LISTO-D (INRA) » (Laboratoire de recherche sur les innovations socio-techniques et organisationnelles en agriculture).
Une recherche « Google » permet d’accéder à plus de précisions.
Je me demande si de telles personnes ont signé en leur nom personnel, en raison de compétences personnelles particulières, tout en mentionnant leur appartenance à ces labos, ou bien si elles représentent leur labo de par ses supposées compétences en science(s) du climat.
Travailler dans le domaine agronomique conduit certes à prendre en compte le climat. Est-ce que cela donne une autorité suffisante sur le sujet pour signer un tel papier et mettre en cause V. Courtillot (C. Allègre a suffisamment irrité les chercheurs pour déclencher des réactions épidermiques)?
J’ai peut-être une vision un peu hiérarchique des choses, mais je considère que ceux qui signent en mentionnant leur labo, impliquent dans leur démarche l’organisme qui les emploie et les rémunère.

55.  dm75 | 19/04/2010 @ 12:18 Répondre à ce commentaire

dm75 (#54),
Au fait : je n’ai pas demandé à écrire en gras!!

56.  maurice | 19/04/2010 @ 13:21 Répondre à ce commentaire

je me permets de revenir sur un point d’interview de Le Treut au sujet de la pétion anti Allègr-Courtillot:

Que préconiseriez-vous pour arranger les rapports entre scientifiques, médias, et citoyens ? Comment faire, dans les années à venir, pour mettre de côté ces polémiques ?

Je pense qu’il nous faut plus d’espaces de débat scientifique interdisciplinaire, non seulement au niveau international (comme le GIEC ou un GIEC réformé) mais aussi au niveau national. Un élément fondamental est l’éducation. Si l’opinion semble se retourner aussi rapidement, ce n’est pas uniquement dû à l’agitation de la blogosphère ! Les scientifiques sont incompris car ils se trouvent face à un niveau de compréhension des enjeux (ndlr : du réchauffement climatique) extrêmement superficiel. On a l’objectif que 80% des jeunes aient le bac (c’est bien !) mais, la place qu’occupent les sciences de la nature dans cette formation est très faible. Lorsque j’interroge des personnes au hasard de mes rencontres sur la raisons pour laquelle il pleut à l’équateur, personne ne sait me répondre, alors qu’une grande partie de la réponse est connue depuis le 17e siècle ! Commençons par enseigner les bases du fonctionnement de la planète, pour espérer un jour rentrer dans des débats de fond plus largement partagés.

Donc si j’entends bien, la versatilité ( et sous-entendu, la malléabilité) de l’opinion publique est due à son manque d’instruction et d’education.

Ne peut on pas imaginer Mr Le Treut, que cette faiblesse ne soit d’abord exploitée par les tenants du RCA ? le GIEC et ses relais médiatico-politiques n’ont ils pas plus d’interêt à entretenir cette ignorance que leurs adversaires sceptiques ?

57.  Marot | 19/04/2010 @ 13:34 Répondre à ce commentaire

Si votre prédécesseur a écrit en gras, placez en tête de votre message pour le désactiver.

58.  Marot | 19/04/2010 @ 13:36 Répondre à ce commentaire

Marot (#57),
signe plus petit que, barre oblique, b signe plus grand que

59.  maurice | 19/04/2010 @ 13:47 Répondre à ce commentaire

Marot (#58),

ah ok les balises ne se ferment pas toutes seules …

60.  laurent | 19/04/2010 @ 14:35 Répondre à ce commentaire

dm75 (#54),

mais je considère que ceux qui signent en mentionnant leur labo, impliquent dans leur démarche l’organisme qui les emploie et les rémunère.

Je ne pense pas que cela fonctionne comme cela.
J’ai déjà vu ce genre de pétitions passer dans un labo. Une personne du labo prend la responsabilité de d’imprimer la pétition en rajoutant des cases pour signatures à la fin. Ensuite la pétition passe de bureau en bureau ou les occupant signent ou pas après avoir jeté un oeuil rapide sur le texte.
Ensuite, c’est la personne qui envoie la pétition signée en ajoutant les coordonnées du labo.

61.  andqui | 19/04/2010 @ 14:42 Répondre à ce commentaire

dm75 (#54), L’approche du climat par les agronomes, bien que nécessaire et très utile, est très sommaire. On parlera du climat d’une parcelle, d’une exploitation, d’une petite région agricole homogène quant à la géographie et aux spéculations. Au delà, ce n’est plus utile pour l’agronome (le vrai, pas l’écolo de service qui se la pète parce qu’il se croit René Dumont)
Le climat, qui ne vaut pour l’agro que par ses conséquences, est alors abordé par ses éléments quantitatifs essentiels; température, pluviométrie, ensoleillement, vent, nb de jours de gel, etc….tels qu’ils peuvent être évalués au sol. D’ailleurs, on se fout pas mal du 1/10è de d° ou du mm de pluie; on est raisonnablement précis et on sait ce que vaut la précision.
Cette approche concerne essentiellement la production végétale

62.  dm75 | 19/04/2010 @ 15:49 Répondre à ce commentaire

andqui (#61),

Étant un ancien élève de l’INA, je ne peux qu’être d’accord avec vous! La rédaction de mon post (N°54) était plutôt interrogative par souci d’euphémisme. Au fond je reproche à ces gens de signer n’importe quoi alors qu’on se demande s’ils ont travaillé le sujet. Si on regarde de plus près ce que sont certains de ces labos, on constate qu’ils travaillent sur les conséquences d’un changement climatique accepté par avance, mais qui leur fournit du grain à moudre. Ce n’est pas une surprise.

63.  Antonio San | 19/04/2010 @ 19:16 Répondre à ce commentaire

laurent (#60), Laurent, bien sûr que la situation que vous décrivez a existé. Pourtant dans ce cas le but de la pétition n’était pas anodin et les signataires potentiels furent extrêmement ciblés.
Il n’est pas question de sauver « le congolin des Carpates d’une chasse cruelle mais rémunératrice » mais de faire taire deux scientifiques, académiciens, dans un domaine de recherche précis.
En cela, les signataires savaient parfaitement ce qu’ils cautionnaient de leur paraphe, à savoir un recours aux politiques et leur capacité de sanctions, ceux-la même qui ont commanditée la science officielle du GIEC, afin de les défendre eux les signataires, artisans gavés de crédits de recherche, contre deux trublions.
Telle qu’elle est formulée et dans son essence, c’est effectivement une pétition de la honte.
Toutefois, cela ne veut pas dire pour autant que certains signataires n’avaient pas de griefs légitimes envers Allègre ou Courtillot. Cela aurait été tout à leur honneur de trouver un autre moyen d’exposer leur grief envers leurs collègues.

64.  maurice | 19/04/2010 @ 19:24 Répondre à ce commentaire

Antonio San (#63),

c’est peut être aussi un signe des temps. C’aurait pu tout aussi bien se terminer par une manif dans la rue cette histoire !

65.  andqui | 19/04/2010 @ 19:50 Répondre à ce commentaire

dm75 (#62), J’en suis un aussi, 71, et vous?

66.  dm75 | 20/04/2010 @ 11:38 Répondre à ce commentaire

andqui (#65),
INA 68 puis ENGREF. Aujourd’hui à la retraite.
Je me rappelle encore mon ahurissement (et je n’étais pas le seul) quand, dans un des premiers cours d’agronomie, l’enseignant a parlé de « sommes de températures » comme un des paramètres du développement des plantes (« mais m’sieur ça ne s’additionne pas, des températures »). La réponse fut du genre « d’accord mais pour cette utilisation particulière et en en restant aux ordres de grandeur, la corrélation est bonne et ça marche… ».
J’y pense encore quand certains lient le « sort de la planète » à des moyennes de températures présentées avec une précision qui laisse rêveur et un voile pudique sur les incertitudes. À ce propos, je constate dans ce blog qu’il y a des arguments forts déniant toute signification physique à des moyennes de températures, mais qu’on semble accepter plus facilement le principe des lissages de séries.

67.  Bernnard | 20/04/2010 @ 12:15 Répondre à ce commentaire

dm75 (#66),

Bien sur, la température n’est pas le bon »thermomètre » pour mesurer les variations du climat même si cette phrase parait bizarre ! Il n’existe pas à l’heure actuelle un unique et bon indicateur mondialement fiable pour évaluer des variations du climat mondial.

On peut certes, parler de climat mais pas de climat mondial.

Il existe plusieurs paramètres mesurables mais tous liés entre eux.
Par exemple la température, l’humidité, l’ensoleillement…

Ce qui signifie que si l’on fait des statistiques de températures on doit porter en regard les statistiques se rapportant à tous les paramètres en interaction.

Faute d’un indicateur unique, la température est prise comme indicateur par défaut mais il est nécessaire d’en connaître les limites et d’être extrêmement prudent quant aux conclusions.

68.  yvesdemars | 20/04/2010 @ 15:02 Répondre à ce commentaire

Bernnard (#67),
leroux pensant que la pression était un indicateur plus fiable assez bine corrélé aux précipitations …

69.  yvesdemars | 20/04/2010 @ 15:03 Répondre à ce commentaire

Bernnard (#67),
les climats pouvant être forts différents avec la même température moyenne annuelle ….http://www.skyfall.fr/wp-inclu.....n_idea.gif

70.  chria | 20/04/2010 @ 15:31 Répondre à ce commentaire

Bernnard (#67),
en climato on peut faire une matrice des corrélations toute bête entre différents paramètres climatiques mesurés au-dessus d’un lieu. J’avais fait ce travail sur Rhône-Alpes avec 1400 jours et 10 variables et il s’avère que la température (moyenne journalière) est la variable la plus indépendante des autres, ce qui en fait le candidat idéale pour un suivi climatique (la deuxième étant la direction du vent !). On trouve sinon des corrélations « fortes » entre insolation/nébulosité (logique) avec la pression ; vitesse vent et pression, vit vent et nébulosité, etc, bref les relations classiques au sein d’un anticyclone ou d’une dépression.
Après la moyenne spatialisée mondiale n’est qu’un indicateur. Pour se faire une idée plus réelle il faut prendre une par une toutes les séries climatiques et regarder leur tronche.

71.  chria | 20/04/2010 @ 15:34 Répondre à ce commentaire

yvesdemars (#68),
dépression => front => pluie, le plus souvent…
On peut aussi suivre l’indice noa.

72.  Bernnard | 20/04/2010 @ 19:35 Répondre à ce commentaire

yvesdemars (#68),

chria (#71),

Bien sur, je sais tout cela. C’est pourquoi j’ai mis des points de suspension aux différents paramètres. L’humidité est elle même corrélée à la pression car la masse volumique de l’air humide est moindre que la masse volumique de l’ai sec et il en résulte une différence de pression atmosphérique.

Le fond du problème n’est pas là. Quand je disait un paramètre climatique, je parlais d’un indice (un chiffre pas une matrice) intégrant tout ces interactions. Une équation entre tout ces paramètres donnant un chiffre si possible ad dimensionnel. C’est, sans doute la quête d un Graal climatique!

On peut rêver qu’on trouvera un lien universel mais j’en doute.
Vous conviendrai que, pour le public le chiffre de la température est l’indicateur prioritaire du climat. Yvesdemars je sais très bien que pour une même température on peut avoir des climats différents. Le fait est qu’on utilise la température (aussi imparfait que ce chiffre soit) comme indicateur principal du climat faute de mieux.

73.  Araucan | 20/04/2010 @ 20:52 Répondre à ce commentaire

Bernnard (#72),

Les diagrammes ombrothermiques sont déjà bien plus parlants même s’ils ne sont pas parfaits.

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