Double jeu.

Voici un article paru le 29/11/2011, mis à jour mais qui m'amuse plutôt …

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Le gouvernement britannique aurait soutenu en secret et au plus haut niveau la campagne canadienne contre les pénalités européennes sur le pétrole extrait des sables bitumineux.
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L'importante réserve de sables bitumineux du Canada représenterait la seconde réserve de carbone au monde après l'Arabie
saoudite, même si l'énergie nécessaire pour extraire le pétrole du sol entraîne des émissions de gaz à effet de serre bien plus
importantes que les forages pétroliers conventionnels, en plus de provoquer la destruction des forêts et la pollution de l'air et de l'eau.

La proposition européenne consiste à établir que les carburants issus des sables bitumineux généreraient 22 % d'émissions de gaz à effet de serre en plus, par rapport aux carburants traditionnels. Cette nouvelle rendrait les fournisseurs très peu enclins à l'inclure dans leur bouquet énergétique, dans la mesure où ils doivent réduire les émissions de leurs carburants de 10 % d'ici 2020. Cela établirait également un précédent inopportun pour le Canada, en l'associant officiellement avec des sables bitumineux plus polluants. L'Agence internationale de l'énergie prévoit que la production serait triplée au cours des 20 prochaines années.

La présentation au Conseil sur la réglementation concernant la qualité des carburants européens a eu lieu le 19 décembre 2011 (voir également). Voici les résultats (page 17):

Directive sur la qualité des carburants

La Commission a présenté au Conseil un compte-rendu sur les mesures d'application concernant certaines  dispositions de la directive sur la qualité des carburants1, qui exige que les fournisseurs réduisent de 6% l'intensité des émissions de gaz à effet de serre produites sur l'ensemble du cycle de vie des carburants pour le fonctionnement de véhicules routiers. La Commission est invitée à adopter des mesures d'application concernant, entre autres, la méthode de calcul de l'intensité des émissions de gaz à effet de serre des carburants fossiles (doc. 18459/11).

La Commission propose des valeurs d'émission de gaz à effet de serre pour toutes les sources non conventionnelles à forte intensité de carbone, établissant ainsi clairement que ces sources ont une plus grande incidence sur les gaz à effet de serre que le pétrole brut moyen. Les discussions sont en cours avec les représentants des États membres au sein du comité compétent. 1Directive 2009/30/CE (JO L 140 du 5.6.2009).

En amont de cette discussion, William Hague, le ministre des affaires étrangères, a apporté son soutien au Canada, en envoyant aux ambassades britanniques sur le territoire canadien des mesures « d'action immédiate », visant à « communiquer le point de vue britannique et à s'enquérir de celui des Canadiens ».

Dans le même temps, le gouvernement britannique subissait les pressions de Shell et de BP, qui ont également des projets de sables bitumineux dans la province d'Alberta, où le Royaume-Uni a ouvert un nouveau consulat afin de « soutenir les intérêts commerciaux britanniques ».
Au moins 15 réunions de haut niveau, ainsi que de fréquents contacts, ont eu lieu depuis septembre. David Cameron s'est penché sur cette question avec son homologue canadien, Stephen Harper, lors d'une visite, et il a déclaré en privé que le Royaume-Uni souhaitait « travailler de concert avec le Canada pour s'accorder sur la marche à suivre », selon un document divulgué en vertu de la loi sur la liberté d'information.

Charles Hendry, le ministre britannique de l'énergie, a déclaré au haut commissaire canadien : « Nous souhaiterions  poursuivre le débat avec vous pour savoir comment amener ce débat à Bruxelles. » Un collaborateur de M. Hendry a ensuite demandé aux Canadiens s'ils avaient « des suggestions sur la marche à suivre, au vu des politiques mises en œuvre par Bruxelles ».

L'opposition du Royaume-Uni et du Canada au projet européen place les Britanniques dans une position minoritaire au sein de l'UE et risque de s'avérer terriblement embarrassante puisque Chris Huhne, le secrétaire à l'énergie et au changement climatique, a déclaré  que le Royaume-Uni faisait preuve de « leadership » lors des négociations avec l'ONU, alors que le premier ministre canadien avait bloqué les lois nationales sur le climat. Ces révélations contredisent la revendication du gouvernement Cameron qui se dit « le gouvernement le plus vert qui ait jamais existé ».

Co-operative a obtenu ces documents en vertu des règlements en matière d'information sur l'environnement qui font partie des lois sur la liberté d'information. Ces documents incluent des lettres écrites par des ministres ou qui leur sont destinées, des correspondances diplomatiques, et des comptes-rendus de réunion. D'après Colin Baines, le directeur de campagne contre les carburants toxiques du groupe d'entreprises Co-operative, qui cible les sables bitumineux dans le cadre de sa campagne de lutte contre le changement climatique : "Il est très décevant de constater que le gouvernement britannique soutient les efforts du Canada. Nous espérons qu'il reviendra sur sa décision et donnera la priorité à la lutte contre le changement climatique et non aux intérêts commerciaux canadiens lors du vote sur la proposition, d'ailleurs très sensée, de la Commission européenne".

Cependant, le ministère des transports, au sein duquel le ministre libéral démocrate Norman Baker est chargé de la question des sables bitumineux, a publié des versions largement épurées de deux présentations créées par Shell. Le ministère a rejeté les demandes de publication d'au moins six autres documents pertinents, au motif de la confidentialité commerciale et des incidences négatives sur les relations internationales. Le ministère des entreprises, de l'innovation et des compétences (BIS), également en contact avec Shell, a aussi refusé de fournir ces informations.

BP a également fait pressions auprès des ministres. Le vice-président du groupe en Europe, Peter Mather, a, selon ses mots « attiré l'attention » de M. Baker. Il a également écrit dans une lettre : « Le fardeau réglementaire serait considérable, alors que l'industrie croule déjà sous le poids de lourdes réglementations". Total n'est pas très content non plus, au passage.

M. Baker a déclaré : « Le gouvernement reste fidèle à ses aspirations écologiques en essayant d'établir le meilleur accord possible en faveur de l'environnement dans le cadre des discussions actuelles sur la directive sur la qualité des carburants.  Nous pensons que cela implique de faire face aux formes de pétrole brut très polluantes de manière égale, et non de se concentrer sur les sables bitumineux d'un pays spécifique. Il s'agit d'un problème réel, mais il en est de même pour les autres types de pétrole brut, et les ignorer n'aurait aucun sens dans notre démarche environnementale. Il ne s'agit pas de protéger un pays en particulier, nous voulons nous pencher sur tous les types de pétrole brut, pas seulement celle-ci. Notre examen sera fondé sur des données solides et objectives, en rapport avec les émissions de carbone.» Comme M. Baker, les Canadiens soutiennent dans les documents divulgués qu'il serait injuste de viser un seul pays, et que d'autres types de pétroles peuvent être tout aussi polluants que les sables bitumineux.

M. Baines a toutefois qualifié ces arguments de « mythes », dans la mesure où la proposition européenne ne mentionne aucun pays, et où les carburants issus des sables bitumineux représentent clairement une source de carbone majeure, selon une étude de l'université de Stanford pour la Commission européenne. En outre, la proposition de la Commission européenne permet de modifier les niveaux d'émissions en fonction des types de carburants.

Les ministres et diplomates canadiens affirment leur soutien à « l'objectif général » de réduction des émissions de carbone. Le Canada a néanmoins reconnu qu'il n'atteindrait pas l'objectif fixé par le protocole de Kyoto d'une réduction de 6 % par rapport aux niveaux de 1990. En 2009, son niveau d'émission était en effet supérieur de 34 %. A Durban, le Canada a annoncé son intention de se retirer du Protocole de Kyoto (2nde phase).

En septembre, Lord Sassoon, le sous-secrétaire d'Etat rattaché au ministère des Finances, a passé deux jours à Calgary, (Alberta) à quelques centaines de kilomètres des carrières de sables bitumineux extraits par des machines de 1500 tonnes. L M. Sassoon a rencontré des hommes politiques et des dirigeants du secteur pétrolier pour discuter de l'intensification du commerce avec le Royaume-Uni et à déclaré à la presse qu'Alberta représentait « l'une des principales cibles commerciales du pays ». Le ministre de l'énergie d'Alberta, Ron Liepert, a confié à M. Sassoon en privé qu'il était « reconnaissant pour les efforts du Royaume-Uni » sur la question des sables bitumineux en Europe.

L'établissement du nouveau consulat général britannique à Calgary a été annoncé par M. Hague le 18 octobre, jour où le ministre canadien de l'énergie, Joe Oliver, a déclaré : « [Les Britanniques] nous ont énormément aidés, et nous en sommes ravis. De nombreuses entreprises européennes fournissent des investissements importants pour les sables bitumineux. Elles seront aussi concernées. » Les nouveaux documents et certaines sources diplomatiques laissent entendre que l'Espagne, les Pays-Bas et la Pologne, entre autres, soutiennent la position des Britanniques et des Canadiens.

A Londres, un diplomate canadien, Sushma Gera, a déclaré récemment : « Le Canada n'hésitera pas à défendre ses intérêts », peut-être via l'organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce. Cette éventualité avait également été évoquée par Shell dans sa présentation au ministère.
(Source 1, source 2, Le Monde du 26/11/11)
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1.  François | 10/01/2012 @ 19:52 Répondre à ce commentaire

Si la commission européenne veut jouer à ce jeu dans les émissions de GES, je peux lui en proposer un autre amusant. En France, seule environ 7à 8% de l’électricité consommée est d’origine fossile ( c’est écrit au dos de votre facture). Il s’ensuit qu’1 m² de panneau photovoltaïque aura permis, dans sa vie( soit environ 20 ans), d’économiser EN FRANCE l’équivalent de 35 kg de pétrole. Alors qu’il en faut près de 100 kg pour le fabriquer, l’amener à destination et l’installer. Donc, en France, chaque m² de panneau photovoltaïque est responsable de la consommation de l’équivalent de 65 kg de pétrole QUI N’AURAIENT PAS ETE CONSOMMES SI CE M² DE PANNEAU N’AVAIT PAS EXISTE…
Qu’attend la commission européenne pour taxer comme il convient ces abominables dispositifs d’émission de gaz à effet de serre?

2.  Titoune | 10/01/2012 @ 20:08 Répondre à ce commentaire

françois,

Combien d’émission de CO2 pour la construction et l’entretien des centrales nucléaires ? Et je ne parle pas de démantèlement.

3.  Bernnard | 10/01/2012 @ 21:03 Répondre à ce commentaire

François (#1),

On essaie de ménager la chèvre et le chou!

soit environ 20 ans

Je suppose que vous avez considéré que le rendement de conversion ne variait pas pendant ces 20 années.
Je pense qu’il doit diminuer donc la quantité de pétrole non utilisée est moindre.

Tout cela serait risible si çà ne touchait pas au porte monnaie!

Tout est bon pour faire de l’argent et il faut bien qu’à Bruxelles les technocrates aient du travail. 🙂

4.  Araucan | 10/01/2012 @ 21:46 Répondre à ce commentaire

Bernnard (#3),

Dans le cadre de la politique UE sur les énergies renouvelables, les objectifs sont fixés à Bruxelles et et ce sont les états qui décident des moyens …

5.  Murps | 10/01/2012 @ 21:47 Répondre à ce commentaire

Titoune (#2), à coup sûr beaucoup, beaucoup moins que l’énergie qu’elle produira en seulement 20 ans !

Une centrale REP c’est entre 0.9 et 1.3 GW nominal, à 80 % de charge.

6.  François | 10/01/2012 @ 22:10 Répondre à ce commentaire

@ Bernnard
Oui, je l’ai considéré comme constant, ne connaissant pas la loi de variation. Mais je sais qu’il baisse au fur et à mesure de l’âge des panneaux. Le résultat est donc probablement encore plus pessimiste.
@ Titoune
Encore le serpent de mer du démantèlement? Alors continuons à rigoler un peu.
Les frais de démantèlement DE L’ENSEMBLE DU PARC NUCLEAIRE français sont estimés entre 12 et 30 milliards d’€. Soit une moyenne de 600millions à 1,6 milliards par centrale.
Si l’on fait le rapport entre la quantité d’énergie produite pendant une année à la puissance du parc éolien la même année, on trouve que l’éolienne fourni sa puissance nominale 18% du temps. Pour produire la même quantité d’énergie qu’une centrale sur l’année (mais pas forcément au bon moment), il faut 7000 éoliennes de 2MW qui coûtent chacune 500 000 € à démanteler. Le Parc éolien fournissant la même quantité d’énergie qu’une centrale sur l’année coûtera à démanteler 3,5milliards d’€…
Sachant qu’en plus une éolienne a une durée de vie moyenne de 20 ans et une centrale de plus de 40, il faudrait en fait comparer 7 milliards de démantèlement d’éoliennes à quelqque chose compris entre 0,6 et 1,6 milliards de démantèlement de centrale. Ce qui fait tout de même un rapport 4 à 12 selon les estimations. Amusant, non?

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