Bulletin des climato-réalistes N° 81

– L’IPBES (le GIEC de la biodiversité) annonce la 6e extinction massive des espèces

– Débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie

BIODIVERSITÉ

« J’ai besoin de votre indignation pour défendre la faune et la flore de la planète », a lancé Nicolas Hulot à l’Assemblée nationale le 21 mars. « La biodiversité, tout le monde s’en fiche » a ajouté le ministre qui réagissait au récent rapport de l’IPBES (le GIEC de la biodiversité), qui n’annonce rien de moins que la 6e extinction massive des espèces.

On partagerait volontiers l’indignation du ministre si celle-ci était basée sur des données bien établies et non sur un communiqué de presse outrageusement alarmiste de l’IPBES. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature  (UICN), environ 866 espèces se sont éteintes au cours des quatre derniers siècles, sur un total de  1 400 000 espèces inventoriées (selon Edward O. Wilson, l’inventeur de la notion de biodiversité). Dans le même temps, les biologistes découvrent et décrivent en moyenne 18 000 nouvelles espèces nous dit le Museum National d’Histoire Naturelle.

PEUT-ON SE PASSER DU NUCLÉAIRE ?

100% d’énergies renouvelables, c’est possible en 2050 selon un récent rapport de l’ADEME. Oui mais à quel prix ? Jean-Marc Jancovici a fait le calcul : tous les coûts pris en compte, l’éolien terrestre est 6,2 fois plus cher que le nucléaire, l’éolien offshore 6,9 fois, et le photovoltaïque 11,8 fois plus cher.

Selon Nicolas Hulot, le nucléaire ne serait plus une énergie d’avenir en France et la réduction de sa part à 50% ferait consensus. Ce qui est mauvais pour la France serait donc bon pour l’Inde et la Chine, pays où Emmanuel Macron est allé récemment faire son marché : un contrat de 10 milliards d’euros signé par New Areva pour la construction d’une usine de retraitement, la vente de 6 EPR à l’Inde (selon La Tribune, il s’agirait du plus gros projet de centrale nucléaire au monde). « Nous sommes fiers d’accompagner la transition énergétique de l’Inde », a twitté Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF après la signature de l’accord. Pendant les déclarations, les ventes continuent.

D’UN ARTICLE 34 À L’AUTRE

A propos de l’inscription de la lutte contre le changement climatique dans la Constitution, Édouard Philippe a twitté le 4 avril : « Le projet de loi constitutionnel inscrira l’impératif de lutte contre le changement climatique à l’article 34. Le Parlement prendra ainsi sa part dans ce défi majeur du siècle ». « Cela revient à dire que la lutte pour le climat fait partie des missions du législateur, ce qui est déjà le cas » regrette dans La Croix Floran Augagneur, conseiller scientifique à la Fondation pour la Nature et l’Homme, ex-fondation Nicolas Hulot (FNH). Il faudrait tout de même expliquer au Gouvernement que la Constitution n’est pas un tract.

Un autre article 34 fait plus silencieusement débat : c’est celui du projet de loi pour un État au service d’une société de confiance, voté le 30 janvier 2018, qui habilite le Gouvernement à prendre des mesures par ordonnance afin de simplifier la procédure d’implantation des éoliennes en mer. Cet article a fait l’objet d’une passe d’armes entre l’assemblée nationale et le Sénat. La commission mixte paritaire du 5 avril n’est pas parvenue à mettre d’accord les 14 députés et sénateurs membres de la commission.

VENT DEBOUT CONTRE L’ÉOLIEN OFFSHORE

La cour administrative d’appel de Nantes a annulé mardi 3 avril 2018 l’arrêté du préfet des Côtes d’Armor qui concédait à la société Ailes marines l’utilisation du domaine public maritime pour la construction de 62 éoliennes hautes de 216 mètres de hauteur au large de Saint-Brieuc, annonce l’association Gardez les caps.

La pétition en ligne adressée à Nicolas Hulot à l’occasion de l’ouverture de l’enquête publique sur la centrale éolienne située entre Noirmoutier et Yeu comporte un message de Jacques Oudin (ancien Sénateur de la Vendée) : « Nous sommes donc face à une catastrophe écologique pour nos Îles et à un désastre financier à venir pour EDF si nous continuons ainsi. »

LE PIC PÉTROLIER N’AURA PAS LIEU

Le plus gros gisement de pétrole au monde viendrait d’être découvert au large de Bahreïn. Il s’agirait d’un champ de 80 milliards de barils de pétrole de schiste. Si ces estimations sont avérées nous dit L’Expansion, il s’agirait du plus grand gisement pétrolier au monde, plus important encore que le légendaire champ de Gawar découvert en Arabie Saoudite dans les années 1950.

DÉBAT PUBLIC SUR LA PPE 

A l’occasion de la révision de la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) qui couvrira les périodes 2018-2023 et 2024-2028, la commission nationale du débat public met à la disposition du public une plate forme contributive permettant de poser des questions, participer à un forum de discussion, produire une ou plusieurs contributions. Les personnes morales (et notamment les associations) peuvent produire un cahier d’acteur (document formaté de 4 pages) qui sera joint au rapport final de la commission. Enfin, il est aussi possible d’organiser un évènement (réunion, atelier, débat, conférence, projection etc.), après avoir obtenir le label CPDP. En amont du débat public, divers ateliers de controverse ont été organisés, dont un traitant de l’Acceptabilité des énergies renouvelables, auquel participe Jean-Louis Butré, Président de la Fédération Environnement Durable. L’Association des Climato-Réalistes sera également partie prenante de ce débat public, avec des événements qui seront annoncés prochainement.

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE l’ASSOCIATION

L’assemblée générale annuelle de l’association des climato-réalistes aura lieu à Paris lundi 28 mai 2018 de 15 heures à 18 heures. Les adhérents recevront prochainement par courriel une convocation précisant les modalités de cette assemblée, à laquelle nous l’espérons, vous serez nombreux à participer. Notez que seuls les membres à jour de leur cotisation y seront conviés.

ACTIVITÉS DE L’ASSOCIATION, DE SES MEMBRES ET DE SES SYMPATHISANTS 

Des scientifiques envisagent de placer un pare-soleil géant dans le ciel pour lutter contre le dérèglement climatique 

Une interview de François Gervais sur le média en ligne Atlantico.

Les incohérences de Monsieur Hulot

Un article de Michel Gay dans Contrepoints.

Sortir de l’utopie, revoir les orientations de la loi de transition énergétique

Un article de la Fondation Concorde.

NOUVELLES PUBLICATIONS SUR LE SITE DE L’ASSOCIATION

10 Comments     Poster votre commentaire »

1.  Usbek | 17/04/2018 @ 10:00 Répondre à ce commentaire

Bulletin 81 en ligne

2.  Bernnard | 17/04/2018 @ 11:46 Répondre à ce commentaire

Usbek (#1),
Le pic pétrolier sans arrêt repoussé malgré qu’on consomme de plus en plus de pétrole ! C’est comme le CO2 dans l’atmosphère qui ne veut pas augmenter au rythme où on le déverse. Il y a quelque chose qui échappe à notre savoir.

3.  patilleverte | 17/04/2018 @ 17:46 Répondre à ce commentaire

A propos de débat « public », vu comment ça se passe sur d’autres sujets, bioéthique par exemple, il vaut mieux que certaines « pointures » puissent s’exprimer, je pense à Rémy Prudhomme ou, effectivement, à Jean-louis Butré (un très beau prénom smile )

4.  boken | 17/04/2018 @ 19:39 Répondre à ce commentaire

A propos de l’huile de schiste le problème est le pourcentage de récupération qui est inférieur à celui de l’huile des gisements conventionnels des réservoirs gréseux ou carbonatés comme à Gawar. Le chiffre de 80 milliards de barils correspond t’il à une estimation de l’huile en lace (produit de la porosité et de la saturation de cette porosité en huile) ou bien est un chiffre de réserve prouvées exploitable, je pencherait plutôt pour le volume d’huile en place.

5.  amike | 17/04/2018 @ 20:12 Répondre à ce commentaire

boken (#4), Quel était le pourcentage de récupération à Gawar dans les années 50 ? Quel est celui de l’huile de schiste aujourd’hui ? Les techniques évoluent…

6.  boken | 18/04/2018 @ 9:04 Répondre à ce commentaire

Ghawar était estimé à 170 milliards de barils dont 60 récupérables ,ce qui avoisine les 30% de récupération ,la porosité est très importante (30%) pour des carbonates, dans le cas de l’huile de schistes( ou de roche mère) on n’atteint jamais ces pourcentages. Quant au gaz on récupère presque tout (viscosité environ 100 fois plus faible).
Les techniques de récupération ,essentiellement injection d’eau et de gaz, permettent de récupérer au mieux 10% supplémentaires.

7.  Dioex | 18/04/2018 @ 14:43 Répondre à ce commentaire

Une vidéo intéressante de l’ESA qui montre comment le chauffage atmosphérique par effet joule d’une tempête géomagnétique ne se limite pas aux pôles mais s’étend sur toute la planète:

http://m.esa.int/spaceinvideos....._Day_storm

La face cachée du climat liée au vent solaire commence à etre mieux cernée.Dans quelle mesure une partie du réchauffement pourrait être liée à l’augmentation de l’effet joule du vent solaire liée à la baisse du champ magnétique térrestre?A quel moment l’effet refroidissant des rayons cosmiques prend le pas sur l’augmentation de l’effet joule du vent solaire?Ça doit dépendre de la phase du cycle solaire probablement.J’avais lu que le froid prenait le dessus à partir d’une intensité de 40% du champ magnétique térrestre. Il y a beaucoup de questions mais encore peu de réponses sur l’imputabilité des changements du géomagnétisme dans l’évolution actuelle du climat.

8.  zimba | 18/04/2018 @ 20:52 Répondre à ce commentaire

Il me semble que le pic pétrolier concernait le conventionnel. Le schiste exploité depuis peu a changé la donne. Il est évident qu’ils iront casser les roches mères jusqu’à la dernière goutte pour extraire le précieux or noir qui rapporte des milliards aux compagnies américaines en particulier et les autres sûrement.

9.  chacalou | 20/04/2018 @ 22:04 Répondre à ce commentaire

Votre premier paragraphe sur la biodiversité est très confus…

866 espèces disparues selon l’iucn, mais l’évaluation porte sur quelques dizaines de milliers (majoritairement des animaux vertébrés), par sur les 1 400 000 (majoritairement des animaux invertébrés, des végétaux…).
Qu’on en découvre 18000 (sur quelle période?) ne change rien à l’affaire, il y en a surement des millions à découvrir encore… Mais ça ne veut pas dire que de la biodiversité se crée, juste qu’il reste beaucoup à découvrir. (même si involontairement, on facilite la tache des chercheurs du futur en détruisant des espèces qu’on en connaît pas smile )

Bref, ce n’est pas très clair.

10.  AntonioSan | 21/04/2018 @ 20:52 Répondre à ce commentaire

Quand on pense que justement on nous vantait le nucleaire afin d’absoudre la France de taxe carbone… Comme cela a change, des qu’il s’agit de recolter du fric…