par Benoît Rittaud.
Aujourd’hui s’est tenue la conférence débat à l’Académie des sciences sur le système climatique, à laquelle j’ai finalement pu aller, ce qui m’a donné le plaisir de rencontrer un pilier de Skyfall ainsi que retrouver une vieille connaissance. Un coucou tout particulier à eux, donc, qui auront sans doute également des réactions intéressantes à faire partager.
Nous avons eu droit à cinq interventions, ou plutôt quatre plus une : les quatre premières dans la ligne du GIEC (il devait y en avoir cinq avec celle de Thierry Dudok de Wit, sauf que l’avion de celui-ci n’a pas décollé), la cinquième de Vincent Courtillot. Enfin, il y a eu une séance de débat, pour le moins animée.
Ce qui suit est écrit à chaud, moins de deux heures après la séance, alors pardon d’avance pour les erreurs et omissions. (N’hésitez pas à me les signaler.)
Des quatre premières interventions, celle de Christophe Cassou a été la plus engagée et, de mon point de vue (pas que du mien d’ailleurs), la plus contestable. L’exposé avait pour objet de séparer, dans l’évolution climatique, la partie variabilité naturelle de la partie forçage (anthropique ; le CO2, quoi). Côté variabilité naturelle, l’orateur a évoqué les classiques El Niño, La Niña, oscillation décennale du Pacifique et oscillation multidécennale de l’Atlantique, affirmant qu’en ce moment la « variabilité interne [i.e. « naturelle »] est forte », et qu’elle explique très bien le plateau de températures de ces quinze dernières années. Je cite : « le plateau de 2000-2010 n’est absolument pas une surprise pour les climatologues. » Cette affirmation a fait bondir Marc Fontecave lors de la séance de question à la fin des interventions, qui a évoqué divers articles parus dans Nature et Science posant la question du fameux « hiatus », puis fielleusement signalé avoir vu une conférence de 2010 sur le réchauffement climatique qui montrait une courbe de température s’arrêtant… en 1998, l’année du fameux super-El Niño. Il n’a pas eu la présence d’esprit (pas plus que les autres intervenants) de faire aussi remarquer que Christophe Cassou a, lui, présenté une courbe de tendance de température sur la période 1980-2010 (si ! si !), ainsi qu’un diagramme de l’activité cyclonique dans l’Atlantique tropical qui s’arrêtait… en 2005 (n’ayant, paraît-il « pas trouvé » les données les plus récentes !). Selon l’orateur, les vents, plus forts depuis 1999 à l’échelle globale, ont déplacé la chaleur captée par les océans et l’ont d’une certaine manière enfouie dans les couches profondes. On reconnaît là la ligne de défense classique du carbocentrisme pour expliquer la fameuse « chaleur manquante » de Kevin Trenberth. L’orateur a aussi voulu opérer une distinction entre « prévisions climatiques » et « projections climatiques ». Selon lui, parce qu’elles ne s’intéressent qu’aux forçages (anthropique, toujours) et pas à la variabilité naturelle, les « projections » n’ont pas pour fonction d’être comparées aux observations futures de la même façon que des prévisions classiques. Pas sûr que Christophe Cassou ait vraiment compris l’essence de la théorie des probabilités, en tout cas il ne s’est pas donné la peine de nous expliquer comment, dans ces conditions, accorder du crédit à des modèles qui ne sont pas censés pouvoir être confrontés à l’observation. (Je ne dis pas qu’il n’a pas de réponse à cette question, juste qu’il ne l’a pas abordée dans son exposé, et je trouve ça gênant parce qu’il est ici question de la méthode scientifique elle-même, dans ses aspects les plus fondamentaux.) Selon l’orateur toujours, le climat tropical n’est plus compatible avec des évolutions purement naturelles, et il en ira de même pour le climat des États-Unis dans les années 2030-2040 et celui de l’Europe en hiver (pour l’été, ça devrait venir plus vite). Enfin, l’orateur nous a vertueusement mis en garde : « attention aux impostures », proclamait l’un de ses transparents qui s’en prenait à un absent (en l’occurrence Bernard Beauzamy) qui aurait montré des tendances de températures trompeuses car portant sur des durées trop courtes. Il me semble que l’usage excessif du mot d’imposture a suffisamment été reproché à Claude Allègre pour qu’on évite de l’employer contre quelqu’un qui n’est pas là pour se défendre. Mais bon, lorsqu’on sait que Christophe Cassou a plusieurs fois parlé de « dérèglement climatique » et que l’expression apparaissait même sur l’un de ses transparents, l’on comprend sans peine que l’exposé n’était pas destiné à être neutre.
L’exposé suivant, d’Anny Cazenave, a été beaucoup plus mesuré, et très intéressant même s’il y a quelques reproches à faire de ci de là. Il s’agissait de la question de la montée du niveau des mers, expliquée par trois facteurs qui, par ordre décroissant d’importance, sont la fonte des glaciers, l’expansion thermique de l’océan (dû au réchauffement) et les échanges d’eau avec les bassins hydrographiques des continents (les barrages, d’une part, qui retiennent l’eau et font donc un peu baisser l’Océan, le pompage des eaux souterraines, d’autre part, qui remet de l’eau dans le circuit et fait, lui, monter l’Océan). Au rayon reproches, on a carrément eu droit au « +1,7 mm de plus au XXe siècle, +3,2 mm depuis 1992 et les mesures satellitaires, donc ça va plus vite, » escamotage en règle des problèmes de calibration (sans parler du « Jusqu’à la fin du XIXè siècle, la hausse n’a pas dépassé 0,5 mm/an » : y z étaient précis, à l’époque, hein ?…). OK, c’est juste un exposé, et je suppose qu’elle a des arguments à faire valoir. C’est juste que c’est un peu agaçant quand ce genre de problème, maintes fois évoqués, est à ce point glissé sous le tapis. Autre critique, de forme cette fois : cet ours polaire sur son glaçon (toujours le même, évidemment), dont l’exposé se serait bien passé. Mais à part ça, l’exposé était vraiment très mesuré, je crois même que le CO2 n’a même pas été évoqué, pas plus que le « forçage anthropique ». C’était du solide, qui présentait les fortes corrélations entre le niveau des mers et les événements El Niño/La Niña, et a fini sur un constat sans équivoque : la hausse du niveau des mers ne montre aucune accélération. Quiconque a pris le temps de regarder la courbe l’a déjà remarqué en un coup d’œil, mais ça fait quand même plaisir de l’entendre dit de façon aussi nette.
Avant de passer à l’exposé suivant, peut-être trouverez-vous intéressant d’avoir un petit aperçu de l’ambiance feutrée qui a régné dans la salle avant la discussion finale. La Grande salle des séances est une pièce qui doit faire quelques kilomètres de haut, avec des murs en bois où trônent portraits et bustes des grands anciens de l’Académie. Bien que située au deuxième étage, il n’y a aucune fenêtre. La chaleur, la lumière un rien tamisée pour permettre de mieux voir les diaporamas… tout cela exerce un effet apaisant propice à des séances calmes, y compris sur un sujet aussi explosif que celui du climat. Même les d’ordinaires tapageuses sonneries de portables (messieurs les Académiciens, tout de même, un peu de tenue !…) se faisaient clairs gazouillis sans importance au milieu de la docte assemblée de sages, habillés de gris et de sombre (avec mon polo orange, j’ai pas mal détonné…). Ambiance apaisante sur les esprits, et parfois soporifique sur les corps : plusieurs personnes se sont assoupies durant les exposés. J’ignore si les architectes de la salle l’ont précisément conçue à cette fin de pacifier des débats potentiellement orageux, mais si c’était l’intention, alors c’est réussi.
Le troisième exposé était celui de Sandrine Bony sur les nuages, et je dois dire que c’est là que j’ai moi-même été un peu saisi par l’ambiance cotonneuse régnante, d’autant que l’exposé a été un peu longuet (l’oratrice s’est d’ailleurs un peu fait reprendre à ce propos par l’orateur suivant ; ça aurait quand même été bien que le président de séance fasse un peu mieux respecter les temps de parole). Il a d’abord été rapidement question de Fourier, un classique du genre toujours énervant pour un climatosceptique. Sandrine Bony s’est ensuite très longuement étendue sur le rapport Charney, pour en louer le caractère visionnaire à tout point de vue et les conclusions « incroyablement correctes ». Elle n’est malheureusement pas allée jusqu’à remarquer que les incertitudes du GIEC n’ont toujours pas diminué depuis ce rapport, malgré les milliards de dollars engloutis dans les recherches et les téraflops des modèles, mais bon. L’oratrice a ensuite comparé les approches de la théorie (étudier le climat à partir de la physique) et des modèles, expliquant que la divergence entre eux sur une question comme la sensibilité climatique tient à une source principale d’incertitude qu’est le comportement des nuages bas au-dessus des océans (dont on ignore jusqu’au signe de la rétroaction). Sandrine Bony a distingué entre une composante thermodynamique, qui a tendance à exacerber les extrêmes (« wet get wetter, dry get drier ») et une composante dynamique, indiquant que celle-ci peut donner une réponse très rapide à un accroissement de CO2, à l’échelle de la dizaine de jours.
Le quatrième exposé, de Jean-Pierre Gattuso, portait sur la question de l’acidification de l’Océan. Gros reproche de forme : son diaporama intégralement en anglais, la marque la plus sûre d’un copié-collé d’un exposé antérieur. Il me semble que si, éventualité plus qu’improbable, m’échoyait un jour l’honneur de présenter un exposé à l’Académie des sciences, je ferais quand même l’effort de reprendre mes diapos pour les adapter. Passons. Première diapo : une bonne vieille cheminée d’usine avec la fumée qui en sort… grrrrr… Passons. Une fois encore, ce n’est que de la forme (mais qu’est-ce que c’est agaçant, rogntudju !). Jean-Pierre Gattuso est revenu un instant sur le terme « acidification », qui, selon lui, n’était pas utilisé, a été inventé en 1995 et « les médias l’ont repris… » Les scientifiques aussi, donc. L’orateur n’a pas semblé plus troublé que ça de cette contamination du scientifique par le médiatique. Un peu comme lorsque les orateurs de cet après-midi ont parlé du « CO2 » au lieu des gaz à effet de serre (ce qui n’empêche pas qu’on me reproche le terme de « carbocentriste », soi-disant injurieux). L’exposé était intéressant, même si là encore il y avait de quoi être dubitatif sur l’affirmation selon laquelle le pH de l’Océan devait être de 8,2 en 1800 (trop fort, la précision), de 8,05 en 2000 et sera de 7,75 en 2100. C’était d’autant plus étonnant que l’orateur a par ailleurs convenu que « les séries temporelles sont jeunes et inégalement réparties ». Autre moment de gloire : la présentation de la courbe exponentielle du nombre de publications sur le sujet de l’acidification des océans, avec comme message subliminal que c’est vachement branché et vachement nouveau : 50% des articles sur la question ont moins de 3 ans ! Pour moi, c’est se tirer une balle dans le pied, parce que c’est la marque d’un domaine qui n’est pas encore mature. Mais bon, dans notre monde qui ne jure que par les classements de Shangaï, impact factor et autres h-index, je suppose qu’il faut voir les choses autrement. Côté positif de l’exposé, nous avons eu une présentation de l’évolution de la capacité des capteurs pour mesurer le pH. Là, c’était vraiment de la belle science en marche. De gros progrès ont été faits, au point qu’on a maintenant un niveau de résolution à l’échelle journalière, avec une précision de 20 milliunité de pH. D’ici quelques années, 10% des balises Argo seront équipées, ce qui permettra aussi des mesures en profondeur, et non plus seulement en surface. On devrait donc apprendre des choses passionnantes (du moins si… enfin vous voyez). J’ai aussi appris l’existence d’un site, Ischia, situé juste à côté du Vésuve, où se trouve une source naturelle de CO2. Ce site présente un certain nombre d’avantages qui permet de l’utiliser pour faire des prévisions sur l’évolution à venir du niveau de pH de l’Océan et de la réponse de l’écosystème marin.
Des exposés intéressants bien que sans grande surprise, donc. Un spectateur extérieur au sujet pouvait se dire que la science avançait sans grand souci dans l’ombre du GIEC, et que la messe était dite.
Et puis est venu le tour de Vincent Courtillot. Dix minutes. Dix petites minutes lui avaient été allouées pour renverser la tendance et bousculer les certitudes. Bon, lui non plus n’a pas vraiment respecté son temps de parole… Mais quelle densité ! Quelle force ! Je sais, j’en fais trop, et vous allez dire que j’idéalise. C’est sûrement vrai, alors je vous fais confiance pour faire une lecture prudente de mon ressenti. Vincent Courtillot a raconté comment ses recherches sur le magnétisme terrestre et ses liens avec l’activité solaire l’ont conduit à s’intéresser à la question du climat. Son exposé a brillé sur deux points fondamentaux : d’une part, il parlait vraiment de ce qu’il connaissait bien pour l’avoir travaillé lui-même à fond avec son équipe (notamment les longues séries de données de qualité variable), d’autre part il s’est, conformément à l’intitulé de la conférence-débat (et contrairement à plusieurs autres intervenants), centré sur les observations. Rappelant que les organismes internationaux lui ont refusé les données de température (tiens, ça me rappelle que la CADA va rendre très bientôt son avis sur ma demande de données à Météo France…) et qu’il a lui-même dû effectuer un travail de fourmi de deux ans pour reconstituer ce dont il avait besoin, il a ensuite souligné la différence de nature des courbes de réchauffement de l’Amérique du nord et de l’Europe, la première montrant une évolution en dent de scie avec un fort refroidissement intermédiaire là où la seconde a connu au contraire un grande stabilité avant un saut spectaculaire dans les années 1980. D’où ses doutes sur ce que dit l’AR4 des réchauffements régionaux. Vincent Courtillot est ensuite revenu sur la crosse de hockey, « je l’ai même enseignée », a-t-il confessé, avant de se rallier aux observations de Moberg sur le fait que les cernes des arbres sont de filtres passe-haut, c’est-à-dire qui réagissent bien aux fluctuations rapides de températures mais pas aux fluctuations à de grandes échelles de temps (parce qu’ils s’adaptent mieux à ces changements-là). Le cycle de mille ans qui s’observe sur la courbe de Moberg se corrèle avec l’activité solaire. Pour Vincent Courtillot, l’Optimum médiéval n’est probablement pas qu’un phénomène climatique régional comme le pensent certains. Pour la période récente (le XXe siècle, en gros), l’orateur propose de corréler la température non pas au CO2, mais aux changements de régime des oscillations océaniques, selon une échelle de temps d’une soixantaine d’années. (Pour les prochaines décennies, les astrophysiciens prévoient pour l’activité solaire un nouveau minimum de Maunder : préparez vos doudounes ?) Enfin, une autre trace cruciale de l’influence du soleil selon Vincent Courtillot est celle de la durée du jour, extrêmement corrélée aux indicateurs solaires. Son explication : la durée du jour est affectée par les vents zonaux, que la Terre « intègre » (au sens mathématique, c’est-à-dire qu’elle en fait en quelque sorte la moyenne, en modulant la durée du jour). L’un des travaux de l’équipe de Vincent Courtillot, particulièrement frappant, a consisté à considérer, pour chaque cycle solaire, l’indicateur tout bête : « plus haut » ou « plus bas » que la moyenne des cycles depuis trois siècles, pour ensuite le comparer à des relevés de températures disponibles sur toute la période. Bilan : à Prague comme à Bologne, la température locale « sait » si l’on est dans un cycle « plus haut » ou « plus bas ». Vincent Courtillot a ensuite copieusement dézingué les modèles : « très peu d’entre eux sont compatibles avec les observations » a-t-il dit, montrant la figure comparative qui figurait dans le second draft de l’AR5 (la fameuse figure escamotée dans le rapport final, mais Vincent Courtillot s’est abstenu de le rappeler). « 95% des modèles ont prévu une température au-dessus des observations, 5% au-dessous : moi, j’appelle ça une certitude à 5%, pas à 95%. » Débordé par le temps, Vincent Courtillot n’a ensuite que brièvement évoqué le niveau des mers ou les événements météorologiques extrêmes, préférant proposer une expérience de pensée originale : imaginons la création en 1900 du GIETP, le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur la Tectonique des Plaques. En 1920, quelques années après les travaux fondateurs de Wegener, la théorie aurait peiné à rassembler 5% d’approbation du GIETP. Lorsqu’en 1930 Jeffreys montre les failles du modèle de Wegener, le rejet est encore plus net. C’est seulement à partir des années 1950 que les choses évoluent, mais il faut attendre 1965 et le colloque de l’AGU (notamment une conférence de Xavier le Pichon) pour que la tectonique des plaques s’impose, tout en n’atteignant un consensus de 90% que vers 1980. Selon l’orateur, le GIEC est un peu aujourd’hui dans la situation où aurait été le GIETP dans les années 1940.
De mon point de vue, Vincent Courtillot est celui qui a donné sa pleine mesure à cet après-midi. Il a réveillé l’assemblée, et la séance animée de discussion qui a suivi lui doit beaucoup. Le détail des questions, qui allaient de la modélisation régionale aux récifs coralliens, compte à mon sens moins que l’engagement des uns et des autres. S’il faut décerner la palme de l’indignité, je crois qu’elle revient haut la main à Édouard Brézin, qui s’en est pris à Vincent Courtillot d’une manière à la limite de l’abjecte, en lui demandant pourquoi il avait dû faire appel à des mathématicien de Moscou (c’est loin, Moscou) pour des analyses qui, si elles étaient vraies, « devraient se voir plus facilement », avant de lui reprocher d’avoir invoqué Richard Lindzen, ce « chercheur controversé » qui s’était déjà illustré en affirmant l’innocuité du tabac. Dommage que Vincent Courtillot (particulièrement remonté contre cette intervention) n’ait pas réagi sur ce second point. Encore aurait-il fallu trouver le meilleur angle : fallait-il dire qu’un bon chercheur peut très bien avoir raison dans son domaine et tort lorsqu’il s’exprime sur un autre, ou tout bêtement signaler qu’Édouard Brézin a confondu Richard Lindzen avec Fred Singer ? Bref, même dans les murs les plus policés de l’Académie des sciences, l’on ne rechigne pas à la mauvaise foi et aux arguments les plus odieux. Quand je pense que, dans le train qui m’emmenait à la conférence, ma voisine avec qui j’avais engagé amicalement la conversation me demandait si être scientifique n’était pas le plus sûr moyen pour apprendre à dire moins de bêtises…
Ce qu’il faut retenir de la discussion, je crois, c’est que l’Académie est loin d’être unanime. Les chimistes semblent particulièrement portés au scepticisme, mais d’autres aussi. La vénérable institution semble vraiment divisée sur la question. Difficile de faire un sondage précis, toujours est-il que la presse aura du mal à prétendre que cette séance a été une ode au carbocentrisme. Le questionnement est désormais admis, et il semble que le bon vieux temps du consensus tacite est définitivement terminé.
115 réponses à “Compte-rendu du débat à l’Académie des sciences”
il faut dire que Courtillot est un orateur toujours très clair…
J’ai assisté également à cette séance. Elle était intéressante à tous points de vue, et merci à Benoît Rittaud pour ce compte rendu très fidèle.
Ce que j’en retire:
– le premier exposé a présenté toutes les caractéristiques d’une climatologie qui marche sur la tête. Déjà le titre: « la variabilité naturelle du système climatique peut elle modifier le forçage des gaz à effet de serre » d’abord, le forçage est le forçage; ses conséquences peuvent être modifiées, pas lui. Mais surtout, le problème est pris à l’envers, et c’est là tout le drame de cette approche: au lieu de définir et de comprendre le système climatique, et en particulier le cycle de l’eau, qui est central, et ensuite de lui appliquer un « forçage » comme ils disent, en CO2, on part du CO2, qui est une paramètre mineur, et on tient la réaction de l’eau comme une conséquence collatérale. Le bon titre était »Le forçage CO2 peut il modifier la variabilité naturelle du climat », évidemment.
Je ne reviendrai pas sur ce qu’a déjà dit Benoît, mais je voudrais ajouter quelques considérations générales. Tout la prestation de l’intervenant tient sur un principe: le forçage est non chaotique, la variabilité naturelle est chaotique, et quand on fait la moyenne de « runs » chaotiques, on « extrait » en quelques sortes, une partie « non chaotique » du système. Qu’en disent les mathématiciens ou les physiciens théoriques?
– sur les autres exposés, je constate un mélange curieux de reprises de poncifs (signalés par Benoît) et d’accents de sincérité ( on a encore beaucoup de choses à apprendre). Mais ils ressemblaient quand même beaucoup plus à de la vraie sciences.
En conclusion:
– la caste des modélisateurs est vraiment celle qui plombe toute cette science, alors qu’il y a quand même des chercheurs qui travaillent et qui avancent.
– on n’entend pas assez la voix de ceux-ci. Cela a d’ailleurs été remarqué par une scientifique de l’assistance, qui ne comprend pas « pourquoi les media disent que les événements extrêmes s’accélèrent, alors que ce n’a jamais été ce que les climatologues disent ».
– je pense que certains commencent à se rendre compte qu’ils se sont fait « piéger » et instrumentalisés par le militantisme et le monde politique.
– la salle pouvait être divisée en trois groupes:
des non scientifiques, impressionnés par les courbes et le jargon
des ayatollah aux réactions épidermiques et insoutenables
le reste dans un sentiment de malaise, devant à la fois le travail indéniable présenté et l’impression de quelque chose de « bancal » sur l’ensemble.
Mais un observateur neuf et objectif pourrait tirer les conclusions suivantes des débats:
– on ne fait pas de prévisions. (alors, à quoi cela sert pour gérer l’avenir?)
– la variabilité peut nous réserver des surprises, elle est du même ordre de grandeur que l’effet du CO2.
– la clé est le cycle de l’eau, mais on est loin de tout comprendre.
– après 150 ans d’étude, on est au même point d’incertitude qu’Arrhénius.
– le niveau de la mer monte, mais c’est ce qui se passe sur les côtes qui nous importe, et ce n’est pas la même chose que ce qui se passe « globalement » sur l’ensemble des oncéans.
De quoi repartir sceptique de la réunion?
Je reste sur un sentiment plutôt positif: il y a ans doute une frange de climatologues avec lequel il est possible de discuter sereinement. Nous pourrions y découvrir l’ampleur et la qualité de certains travaux, arrêter les malentendus. Nous pourrions leur apporter une vision extérieure et la méthode pour se détacher du « piège » dans lequel ils sont entraînés.
Intéressant résumé, raconté avec le talent qu’on vous connaissait déjà (c’est gratuit!).
Comme souvent, à court d’arguments, les carbocentristes tombent rapidement dans l’attaque personnelle. C’est à ça qu’on les reconnaît.
Merci pour ces commentaires ; finalement je ne regrette pas de ne pas y être allé
Concernant Cazenave , il y a quand même un quatrième point , à mon avis tout aussi important, c’est la déformation du contenant
J’en avais parlé
je suis très intéressé par sa maîtrise des réajustements isostatiques postglaciaires et le fait qu’elle ne parle pas des activités des rides océaniques
A-t-elle évoqué ce sujet ?
Les cyclones globaux :
Je ne sais pas quelle sorte de graphique il a présenté, mais ce n'est pas neutre de s’arrêter en 2005.
L’orateur a aussi voulu opérer une distinction entre « prévisions climatiques » et « projections climatiques ».
Il n’y en a pas, toute prévision est conditionnelle. Si je dis qu’il va pleuvoir demain c’est sous la condition que le soleil n’explose pas.
Évidemment qu’il y a des choses qui ne sont pas dans les modèles. Il y a pourtant de la variabilité naturelle dans les modèles. Dans le chap 10 de l’AR5, elle est même quantifiée : c’est 0 (-0,1 à +0,1) sur la période 1950 à ~2010. A mon souvenir, c’était aussi 0 dans l’AR4 et je suppute que c’était aussi 0 dans l’AR3 et en fait 0 pour toute période supérieure à 10 ans (moyenne de modèles, un seul run de modèle peut évidemment produire n’importe quoi).
D’ou le « le plateau de 2000-2010 », bah oui faut surtout qu’il soit pas trop long le plateau.
Précision, le chap 10 s’intitule « Detection and Attribution
of Climate Change ». Le chapitre utilise les GCM pour rendre à Cesar ce qu’il lui revient. Comme les forçages solaire et volcaniques sont à peu prés nuls sur la période 1950-2010, 100% du réchauffement est du à l’homme selon les modèles.
« Jugement des experts » : plus de la moitié du réchauffement est du à l’homme. Ils sont bien conscient qu’il manque des choses dans les modèles ! C’est prudent mais pas assez avec cette pause qui s’éternise. Du coup ils auraient peu être du dire 40% ou 10%, enfin ce qu’ils veulent puisqu’ils ne se servent pas de leurs modèles pour quantifier cette variabilité climatique.
Oui Cazenave, c’est du solide. Comme d’ailleurs généralement tout scientifique qui passe 75% de son temps à recueillir des données, 24% à les analyser et le reste à pondre une théorie.
En l’occurrence que la baisse récente du rythme de hausse du niveau des océan est due à l’eau qui va se cacher au fond des continents.
« Jusqu’à la fin du XIXè siècle, la hausse n’a pas dépassé 0,5 mm/an »
Que veut elle dire ? Que lors du PAG le niveau des océans a monté en pleine période de refroidissement ?
C’est quoi la borne basse ?
Merci pour le compte rendu.
J’espère qu’ils ont filmé.
Merci pour ce
Merci Benoit !
Ce que vous nous rapportez de l’exposé sur l’ »acidification » des océans sur la précision attendue de la mesure du pH me fait sourire !
Je n’ai malheureusement pas pu y aller, mais à ce que je vois les chimistes sont sceptiques ce qui me conforte.
Je ne sais pas s’il y aura une vidéo de ce débat, mais ce serait bien intéressant qu’il y en ait une.
the fritz (#4), non, Anny Cazenave n’a pas parlé de ce sujet. (Du moins, je ne l’ai pas noté, ce qui n’est certes pas la même chose…)
Nicias (#5), j’ai sacrément bondi sur ma chaise quand j’ai vu le diagramme de Christophe Cassou. Ce n’était pas le même que le vôtre, qui est en effet celui qu’on présente en général. Je ne sais pas où il est allé pêcher le sien (c’était un histogramme, pour être tout à fait précis).
Nicias (#6), merci pour tout cela. Je crois que ce qu’il voulait dire ressemblait à ce qu’on dirait en cours de probas de première année : statistiquement, la pièce tombe 50% du temps sur pile et 50% du temps sur face, mais la probabilité qu’elle tombe exactement 500 000 fois sur pile et sur face lors d’un million de lancers est très faible. Dans le contexte, ça donnerait : faudra pas venir nous embêter si la courbe des modèles n’est pas celle des observations, pasque ce sera la faute à d’inévitables fluctuations naturelles.
Nicias (#7), pour ce dont je me souviens, Anny Cazenave, n’a rien dit de plus précis sur ce point.
Bernnard (#8), il se trouve que j’étais assis juste à côté d’un caméraman, qui a tout filmé. Je suppute donc qu’il sera possible de visionner le tout.
Ben (#9),
Ben , vous auriez dû vous mettre devant et pas à côté 😆
Grand merci à Ben et Volauvent pour ces excellents CR.
C’est, AMHA, l’illustration d’un des grands atouts de Skyfall : Le partage d’informations.
Pour ma part, je constate qu’on retrouve les vieilles constantes.
On ne se refait pas :
Anny Cazenave, sérieuse, qui s’efforce de faire de la science, envers et contre tout.
Brézin égal à lui-même. Toujours très sûr de lui et disposé à l’ad hominem approximatif faute de connaître quelque chose au sujet, genre Naomi Oreskes.
Fontecave (et d’autres chimistes) à qui on ne la fait pas.
Courtillot, excellent orateur comme toujours.
Ce dernier avait écrit qu’il connaissait au moins 13 sceptiques déclarés à l’Académie des Sciences. De fait, j’en connais certains qui n’en pensent pas moins mais ne le diront jamais en public. Je ne sais pas s’ils figurent sur la liste de Courtillot qui ne l’a pas donnée, à ma connaissance.
Quant aux médias, Ben :
Il ne faut pas oublier que les médias (Huet et Foucart notamment) avaient carrément détourné le document du précédent round qui n’était qu’un simple (pourtant bien intitulé) « Compte rendu des débats à l’AS » en prise de position carbocentriste de cette dernière. Ces médias sont prêts à tout comme ils l’ont déjà montré à de multiples reprises.
volauvent (#2),
Bien sûr. Il suffit de lire la littérature scientifique à ce sujet pour s’en rendre compte. En fait, la plupart des articles publiés, loin d’affirmer leur allégeance à l’existant, ou tout au plus avec une petite phrase ‘ »magique » tant leurs découvertes vont à l’encontre des modèles, s’efforcent de signaler les anomalies, des divergences modèles/ observations, des facteurs importants non pris en compte etc.
Sinon, d’ailleurs, à quoi serviraient leurs articles ?
Mais, malheureusement, ce sont les très peu nombreux « scientactivistes » qui ont l’oreille des médias et des politiques. Ce sont ces derniers qui pourissent le système.
PS : A propos, et en direct, non, Fred Singer n’a pas jamais dit ni écrit que fumer n’était pas dangereux. Il a simplement écrit que la dangerosité de l’absorption passive n’a pas été confirmée par les études scientifiques. Quant à Lindzen, c’est une pure diffamation.
Ceci dit, SInger ne fume pas et n’aime pas que l’on fume en sa présence.
Ben (#9),
Oui j'ai été plus général. Pile le modèle pond un el nino, face il fait un la nina.
C'est pour cela que réduire la pause à 2000-2010 est malhonnête. Faire 15 fois face de suite c'est moins facile pour les modèles que 10 fois. Ee surtout, est ce que c'est ce qu'il se passe physiquement pendant la pause ?
Dire que du au hasard est facile, trop, on n'essaye même pas de chercher la bonne réponse.
Nicias (#6),
Faire la moyenne de plusieurs runs supprime la variabilité interne, puisque le fait que les runs soient différent montre le caractère chaotique de cette variabilité interne dans les modèles (bien qu’évidemment un part de celle ci n’est peut-etre pas en réalité purement chaotique). C’est bien la dispersion des runs qui montre la variabilité interne. Elle est sous-estimé mais présente. Ce n’est que si le plateau n’est pas compris dans cette variabilité interne des modèles, montrées par les différents runs, que l’on peux dire de manière certaine que soit il manque quelque chose d’important (une rétroaction, un forcage,…), soit la variabilité interne est trop faible.
Bien sur à l’inverse qu’un ou plusieurs runs reproduisent le plateau n’est pas non plus une preuve de leurs validités, plusieurs erreurs peuvent se compenser par exemple.
Pour le reste vous avez raison, tout est hypothétique, tout est projection. Comme les forcages solaires et volcaniques par exemple ne sont pas prévisibles, et la plupart du temps pas mis sous la forme de « scénarios » explicites.
dontcare (#13),
Ce serait peut-être exact s’il n’y avait pas d’erreur systématique dans les modélisations (souvent consanguines) et si les fluctuations étaient un bruit blanc. Or, les systèmes chaotiques ont tendance à produire des bruits en 1/f avec des exposants variés qui dépendent de la physique du système. Dans ces conditions, faire la moyenne de systèmes chaotiques ne mène à rien de sérieux.
Nicias (#12),
Il me semble qu’à plusieurs reprises, Cassou a parlé de « bruit » pour la composante naturelle. Si c’est ce qu’il a en tête, c’est une grave erreur. Le système est chaotique. Bien sûr, il est de plus en plus chaotique à des échelles de temps courtes. Mais à cent ans, il doit bien en rester quelque chose. Les questions que je me pose sont les suivantes:
– les formules simplifiées des modèles (souvent empiriques) reflètent elles bien le chaos à toute échelle de temps?
– si oui, « élimine-t-on » le chaos en faisant la moyenne de runs informatiques lancés avec des conditions initiales légèrement différentes?
volauvent (#15),
Quel bruit ? Rouge ? blanc ?
http://www-pord.ucsd.edu/~rdav….._Noise.pdf
Nicias (#16),
Le bruit rouge est aussi appelé « random walk » (marche aléatoire) ou « drunkard’s walk » (marche du soulard).
c’est une très bonne discussion.
J’avoue que ces histoires de bruit et chaos me laissent perplexe. On n’en parle pas vraiment en économie.
On peut avoir des imprécisions dans la mesure. Par exemple, toutes les mois les USA publient le chiffre des chômeurs. Comme il y a 140000 millions de personne qui travaillent et qu’on a pas les moyens de les interroger toutes, on fait un sondage. On en interroge 100 par téléphone pour caricaturer. Forcement, le signal est « bruité ».
Mais au final après quelques mois/années on sait ce qu’il s’est passé (avec d’autres sources, par exemple fiscales).
On peut avoir aussi des effet d’hystérésis (article pas terrible mais parait que ça vient de la physique).
Ce qui m’énerve ici est cette explication par le « bruit » ou « chaos ».
Punaise je croyais que c’était chez nous qu’on ne comprenait rien, qu’on était ridicules avec nos explications ex post. En climato, on a même pas d’explication ex post, c’est le « bruit ».
Suite à la présentation de Cazenave
Ben nous a dit qu’elle a parlé de trois raisons à l’augmentation du niveau de la mer
-la dilatation de l’eau
-la fonte des glaciers
-le stockage ou déstockage de l’eau continentale par les activités humaines
Pour moi cette affaire de niveau de la mer est importante parce que pour l’instant c’est un des derniers arguments pour dire que le RC ne fait pas de pause ; c’est pour cela que j’ai regretté qu’elle ne parle pas de la déformation du contenant ; reprenons donc chacun des points
La Dilatation
Je pense que la dilatation de l’eau de l’océan n’est pas un phénomène physique latent, mais une fonction de son contenu de chaleur ; l’atmosphère qui était responsable de l’élévation de température de l’océan ne peut plus assumer cette fonction depuis 18 ans, il faudrait donc chercher un autre responsable ; si des événements tel El Nino étaient les responsables, il faudrait ne pas trouver de trend ascendant au-delà des cycles El Nino, idem pour des cycles plus longs
La Fonte des glaciers et Inlandsis
En ce qui concerne les glaciers continentaux on verra en 2035 si l’Himalaya sera débarrassé de ses glaciers ; pour l’instant ceux-ci régressent, d’autres progressent, de toute façon leur contribution est minime
En ce qui concerne les inlandsis et glaciers de bordure du Groenland et de la péninsule antarctique je suis un peu sceptique , surtout en ce qui concerne cette dernière ; le retrait des glaciers de Pine Island et Thwaites est soit disant en relation avec des upwellings d’eau chaude liés à un changement de régime des vents ; ce qui est difficile à comprendre , c’est que ces upwellings font fondre les glaciers et n’empêchent en rien la progression depuis des années de la banquise, même au droit de ces glaciers qui fondent
Il y a peut-être une autre explication, à laquelle les alarmistes n’ont pas encore pensé : faire fondre la glace des inlandsis demande de la chaleur qui doit être forcément empruntée à l’atmosphère, expliquant du même coup la pause ; ce serait un peu du même tonneau que lorsque Rahmstorf nous explique que les vagues de froid sont liées au réchauffement climatique et à la fonte de la banquise arctique
Les Eaux Continentales
Je ne sais pas bien la conclusion de Cazenave : est ce que le stockage dans les barrages est plus important que l’épuisement des nappes pour l’irrigation ? Personnellement, je pense que les barrages sont pleins, mais que dans bien des régions on continue de pomper dans les nappes
Alors cette lente, régulière et irrémédiable augmentation du niveau de la mer me trouble un peu ; je verrai bien mieux une cause plus profonde comme le réajustement isostatique post glaciaire de toutes les plateformes continentales de l’Océan Arctique que des liaisons avec les variations climatiques
Je me rappelle la figure donnée par Météor
http://climat-evolution.eklabl…..21396943/2
et le petit résumé
de juillet 2003 à juin 2007:
Sterique: -0.5 ± 0.5 mm/yr
Massique: 0.8 ± 0.8 mm/yr
somme: 0.3 ± 0.6 mm/yr
Altimetrique: 3.6 ± 0.8 mm/yr
Visiblement , ou l’altimétrie déconne , ou peut-être les autres , ou toutes les trois , ou quelqu’un vient jouer les trouble fêtes
the fritz (#19),
Un article qui a fait le point sur cette question en 2012
Malheureusement derrière paywall.
Mais le résumé est explicite, notamment :
Nicias (#18),
Le bruit en 1/f existe aussi en économie.
Peut-être voir : Granger C.W.J. Ding Z. (1996) Varieties of long memory models. J. Economet., 73:61–77
C'est une des caractéristiques des systèmes auto-organisés.
Bob (#20),
L’article complet est accessible en cliquant sur « Full text » ou « PDF » en haut de page.
shayabe (#22),
Merci. C’est étonnant de la part de l’AMS…
Bob (#21),
Je ne dis pas que ça n’existe pas mais qu’on en parle pas beaucoup, enfin cela doit dépendre des branches des sciences économiques.
Quand un signal est bruité par quelque-chose, on sait ce qu’est ce quelque-chose, donc on utilise pas le mot de bruit.
Pour la climatologie, si je prend la moyenne des températures mondiale qui gigote dans tous les sens, personne n’a l’air de savoir pourquoi. On sais pas si c’est les nuages qui renvoient l’énergie dans l’espace, ou si c’est l’océan qui avale les Joules etc … et on se retrouve avec des R-carré de 0,1 dans les rapport du GIEC et le reste est du bruit. C’est pas super.
Bob (#21),
Il est bien votre lien.
the fritz (#19),
Cela ne devrait pas trop. Un plateau de température en phase chaude correspond en principe à une augmentation linéaire du niveau des mers, le débit net entrant étant sensé être à peu près stable dans de telles conditions.
La linéarité de l’élévation pendant tout le XXème siècle est plus énigmatique puisqu’on aurait dû observer une accélération correspondant au réchauffement. Très grossièrement, le niveau des mers suggère à peu près la même évolution des températures que la fonte des glaciers : réchauffement au milieu du XIXème puis, jusqu’à aujourd’hui, maintient en phase chaude avec des hauts et des bas.
Bob (#11),
Ceci dit, SInger ne fume pas et n’aime pas que l’on fume en sa présence.
Et pour cause, son père est mort d’un cancer lié au tabac. Si je me souviens bien c’est en analysant les méthodes d’échantillonnage pour constituer des groupes de « non fumeurs » qu’il avait prouvé qu’il suffisait d’avoir cessé de fumer depuis quelquechose comme 3 mois pour pouvoir en faire partie.
L’industrie du tabac, qui le savait, a donc choisi justement un scientifique incontestable pour démontrer la perversité d’un système de talibans qui se moquent bien de la science, tout comme en climatologie, spécifiquement médiatique.
Bob (#21),
Pour moi, un bruit est un bruit, c’est à dire issu d’un processus aléatoire, et pas chaotique. Un processus chaotique est déterministe. Sa caractéristique est juste qu’il est très sensible aux conditions initiales.
Je me demande si effectivement il n’y a pas confusion chez les modélisateurs, qui pensent qu’on peut « extraire » le signal du bruit .
En théorie de la communication, on peut effectivement extraire d’un bruit un signal beaucoup plus faible que le bruit lui même. Mais c’est grâce aux propriétés spécifiques du bruit, en utilisant des méthodes basées, par exemple, sur l’auto-corrélation. Je ne sais pas si ça marche aussi pour les runs des modèles climatiques. De toutes façons, ils ne font que quelques runs, alors, faire des moyennes…
MichelLN35 (#27),
Que voulez vous dire?
volauvent (#29),
La situation de Singer me semble claire, évidemment il n’aimait pas les promoteurs du tabagisme, cependant quand ces derniers lui demandent de vérifier que le tabagisme passif n’est « prouvé » que par de la fausse science. Pour lui, la défense de la science passe avant son ressentiment filial envers ceux qui ont incité son père à fumer.
C’est, à mon humble avis un vrai expert scientifique.
volauvent (#28),
Dans un modèle, on peut. Mais cela reste la « variabilité interne » du modèle lui meme. Faire des simulations avec augmentation co2 et sans, cela permet bien d’isoler l’influence du co2 dans le modèle par exemple. Mais évidemment cela reste dans le monde des modèles. Ce qui est plus compliqué c’est d’extraire le « bruit » du signal dans les observations, c’est ce qui je pense est visé par votre analogie avec la « théorie de la communication ». Et c’est bien en partie à cause de cette difficulté que des modélisations sont faites ! Pour tenter de reproduire la monde réel et ensuite extraire le signal de tel ou tel influence.
Nicias (#25),
Oui. Scholarpeda c’est quand même autre chose que Wikipédia.
dontcare (#31),
Si, sans l’effet du CO2, il ne reste que du bruit (au sens de la théorie du signal), pas besoin de modèles. Un simple algorithme de génération de série aléatoire suffit.
Nicias (#24),
Je crois que de manière générale, il vaut mieux parler de fluctuations que de bruit qui est un terme issu essentiellement de l’électronique.
Tout le monde connaît le cas des fluctuations aléatoires. Dans ce cas, un événement qui se produit au temps t n’est aucunement corrélé au passé ou à l’avenir du système. C’est le domaine d’application typique des régressions en racine de N, ou la moyenne de plusieurs série réduit effectivement le « bruit » aléatoire du système et permet d’améliorer le rapport signal/bruit comme l’on dit. Pas de corrélation = C’est facile;
Par contre, dans le cas du climat comme dans les systèmes auto-organisés, un événement (une fluctuation) qui se produit à l’instant t , peut (doit) influer sur le devenir du système. Par exemple, la fonte brutale de l’arctique suivi du regel brutal survenue telle année, devrait (pourrait) changer le climat des années à venir. C’est un système de fluctuations corrélées.
Dans ces conditions, le bon vieux procédé qui consiste à moyenner une série de signaux liés au climat ne fonctionne plus pour améliorer les rapport signal/bruit.
Je parle des observations. Dans le cas des modélisations, je ne sais pas exactement mais je suppose que le même problème reste posé.
Bob (#20),
Bob,
C’est un peu triste cet article prce que
Primo ils disent que les différences entre données stériques , massiques et altimétrique de dans le temps ne sont pas assez précises pour expliquer que le total ne fit pas ; OK on comprend ; donc ils modélisent ce qui s’est passé dans le temps , mais cela ne marche toujours pas , il reste un « residual » , on comprend aussi
Le papier de Météor montre que ce « résidual » existe encore , avec des données actuelles .
C’est un résumé succinct , mais il y aurait bien sûr à analyser et discuter ; mais j’ai l’impression que cela n’intéresse pas grand monde
phi (#26),
Phi, c’est horrible si j’ai bien compris quoiqu’on fasse le niveau de la mer va monter ; si j’ai bien compris on a franchit le tipping point
the fritz (#35),
Si, mais c’est un sujet très(trop) difficile. Bref, merdique.
Bob (#34),
De toutes façons, la vision de Cassou: le CO2 donne un signal clair bruité par les variations naturelles me paraît surréaliste. Les variations naturelles ne sont pas un bruit, si on pense qu’elles peuvent être décrites par des équations (même non linéaires, différentielles etc…). A l’inverse, il faut voir le système comme soumis à des variations naturelles, le CO2 étant une perturbation. Les modélisateurs renversent la dialectique car c’est plus facile de modéliser l’action du CO2 que tout le reste (en particulier l’eau). C’est le principe de l’homme saoul qui cherche sa montre perdue en dessous du réverbère car il n’y a que là qu’il y a de la lumière.
volauvent (#28),
Faut-il encore qu’il existe un signal sous-jacent, si le signal utile est ce qui apparait comme du bruit, cela de sert à rien de filtrer ou moyenner. Par exemple, si on moyenne un signal musical, on fait disparaître l’information utile.
Bob (#37),
Bah oui mais pas plus que les autres sujets qui hantent la climatologie. Ce qui est certain, c’est que tant que l’on s’accrochera aux sacro-saintes données instrumentales des températures de surface, on n’y comprendra que pouic.
Pour les dernières publi de Cazenave (ou qui la cite) en open acces :
http://nora.nerc.ac.uk/cgi/sea…..sfyall=ALL
avec en particulier pour notre discussion sur le bruit :
Many studies analyze trends on sea level data with the underlying purpose of finding indications of a long-term change that could be interpreted as the signature of anthropogenic climate change. The identification of a long-term trend is a signal-to-noise problem where the natural variability (the “noise”) can mask the long-term trend (the “signal”). The signal-to-noise ratio depends on the magnitude of the long-term trend, on the magnitude of the natural variability, and on the length of the record, as the climate noise is larger when averaged over short time scales and becomes smaller over longer averaging periods. In this paper, we evaluate the time required to detect centennial sea level linear trends and accelerations at global and regional scales. Using model results and tide gauge observations, we find that the averaged detection time for a centennial linear trend is 87.9, 76.0, 59.3, 40.3, and 25.2 years for trends of 0.5, 1.0, 2.0, 5.0, and 10.0 mm/yr, respectively. However, in regions with large decadal variations like the Gulf Stream or the Circumpolar current, these values can increase up to a 50%. The spatial pattern of the detection time for sea level accelerations is almost identical. The main difference is that the length of the records has to be about 40–60 years longer to detect an acceleration than to detect a linear trend leading to an equivalent change after 100 years. Finally, we have used a new sea level reconstruction, which provides a more accurate representation of interannual variability for the last century in order to estimate the detection time for global mean sea level trends and accelerations. Our results suggest that the signature of natural variability in a 30 year global mean sea level record would be less than 1 mm/yr. Therefore, at least 2.2 mm/yr of the recent sea level trend estimated by altimetry cannot be attributed to natural multidecadal variability.
http://nora.nerc.ac.uk/508693/
the fritz (#36),

Régime chaud et globalement stable depuis le XIXème siècle. La baignoire arrêtera de se remplir quand le robinet température sera fermé ou quand le réservoir du quartier sera vide.
jdrien (#39),
La théorie du signal a des outils tout de même nettement plus puissant que faire une moyenne! Si il y a un signal, on peut le sortir. Ces outils sont la base de quasiment toute l’instrumentation moderne.
volauvent (#38),
Cet homme n’a pas besoin d’être saoul. Beaucoup font ainsi (ex. les climatologues) qui ne le sont pas.
Par contre, il existe une autre maxime qui parle d’homme saoul, de science, et de réverbère. La voici. Elle s’applique aussi à pas mal de gens :
« Il utilise la science comme un poivrot utilise un réverbère. Pas pour s’éclairer mais pour ne pas tomber. »
Nicias (#41),
Evidemment j’ai une culture d’électronicien et d’automaticien, et je suis influencé par mon propre langage. Mais je découvre que ces gens auraient intérêt à s’inspirer de ces techniques, qui depuis longtemps ont développé des outils hyper performants pour analyser les systèmes, étudier leur variabilité, les modéliser en tant que « boîtes noires », identifier les rétroactions (ou les créer pour réguler) etc… Ils ne connaissent que la moyenne!
volauvent (#45), Au fait, avez-vous lu le livre de Philippe de Larminat qui a été signalé il y a quelques temps ?. En tant qu’automaticien, il devrait vous intéresser (d’accord, il faut l’acheter)
jdrien (#39),
c’est sûr que moyenner un prélude de Bach ça donne pas grand chose sauf peut être en musique avant gardiste
volauvent (#45), pour appliquer la théorie du signal il faut tout de même des séries longues (un relevé par an c’est pas « bézef »…), il faut aussi un signal « propre », non pollué par des données extérieures…
Le tout en admettant que les relevés en question aient une « signification », c’est à dire qu’ils représentent réellement le comportement d’un système dynamique.
En résumé, je ne suis pas certain qu’on puisse tirer grand chose des courbes de climatologie à partir de la « batterie du cuisine » habituelle d’analyse du signal (convolution, corrélation, autocorrélation, transformée de Fourier…).
Il y a un spécialiste de ce genre d’outils ?
phi (#42),
C’est quoi ce site à la c…. ; il me semble que ce type a été classé il y a longtemps par les skyfalliens ; qu’il fasse de la politique s’il en est capable
Cela fait 18 ans que le robinet est fermé , et la baignoire continuerait de se remplir ? Faut croire que le robinet fuit ; sinon donnez moi le secret pour que j’essaie de faire la même chose avec mon compte en banque
@Phi
Tiens ,vous saurez sans doute me répondre ; une autre énigme qui me fait douter du sérieux des mesures altimétriques; je l’ai déjà posé X fois ici ou ailleurs , c’est la variation du niveau marin pendant les phases El Nino, El Nina ; vous avez une courbe là
http://www.clubdesargonautes.o…..uocean.php
Il me semble que lors d’un épisode El Nino, la mer relâche de la chaleur qui va réchauffer l’atmosphère et pourtant son niveau augmente ; inversement lors des épisodes El Nina
Bizarre ,non ?