J’ai fait un cauchemar

par Benoît Rittaud.

 

Raconter, c’est un peu exorciser. Alors voici…

L’automne est de retour. Après une grosse journée de travail, j’ai été pour ainsi dire coupé du monde depuis le matin. En montant dans le tram, je mets mes écouteurs sur les oreilles pour entendre d’une oreille distraite les nouvelles. « … Les félicitations affluent du monde entier… L’ancien ministre sera l’invité spécial de TF1 ce soir à 20 heures…« 

Laurent Fabius vient de se voir attribuer le prix Nobel de la Paix 2016. Entre deux cocoricos, j’apprends que c’est conjointement avec Christiana Figueres, « pour être parvenu à faire signer un accord ambitieux pour sauver la Terre lors de la COP21« . Le présentateur souligne que c’est la première fois depuis 1999 que le prix revient à la France (où Médecins sans Frontières avait été lauréat), mais qu’il faut remonter à 1968 et René Cassin pour trouver un Français nobélisé en son nom propre.

Non.

Dites-moi pas que c’est pas un cauchemar.

J’arrache les écouteurs de mes oreilles. Le site du Journalderéférence fait bien entendu sa une de l’évènement, avec un live qui égrene félicitations twittées et déclarations sur les perrons des ministères. Le Figaro fait de même. Libération saute tellement de joie qu’ils n’ont même pas pris le temps de trouver un jeu de mot. (« Fabius », « COP », « Nobel », « Paix », « climat »… sûr que si je n’étais pas aussi accablé, je leur en trouverais un bien saignant.)

Les cloches des églises se mettent à sonner à la volée pour annoncer la Bonne Nouvelle. Elles annoncent que le pape François, l’inoubliable auteur de l’encyclique sauveuse de planète Laudato Si’, réfléchit à l’idée d’une canonisation – une première, pour un vivant.

Tandis que des scènes de liesse spontanées se produisent dans la rue, trois jeunes entrent dans mon tram pour un slam improvisé en hommage à notre Grand Homme. Des colombes s’élancent dans le ciel. Elles nous disent que cette nouvelle est la meilleure qui pouvait arriver, quelques semaines à peine avant la COP22. En 2009, Obama n’avait-il pas été nobélisé justement avant la COP15 de Copenhague ?

Ne pouvant résister à cette pulsion qui m’impose de souffrir encore et encore, je rallume la radio. Le secrétaire général des Nations Unies y annonce en direct que le site du Bourget, qui accueillit en décembre dernier la COP21, figurera prochainement au patrimoine mondial de l’humanité.

— Mais l’accord de Paris est vide ! lancé-je en vain à la cantonade. Il n’y a rien à célébrer, même pour ceux qui ont peur du climat.

Les voyageurs se sont mis à danser au rythme du slam. Soudain, à l’arrêt suivant, des serpents se glissent dans le tram. J’espère méchamment qu’ils feront cesser enfin la joie collective, mais rien n’y fait. Je suis le seul à tendre l’oreille et à entendre leurs sifflements. Pour qui sont ces serpents qui sifflent dans la rame ? « Pas contente… non, vraiment pas contente… » chuintent-ils. Je reconnais leur voix, mais je ne parviens pas à l’identifier.

À la radio, le président de la République annonce, en larmes, que « le symbole est grand, qui voit la France recueillir un peu de la Paix universelle si peu de temps après avoir été tant frappée dans sa chair par l’horreur du terrorisme« .

La Marseillaise retentit. Tous les voyageurs du tram se lèvent comme un seul homme. Par lâcheté, je me prépare à me lever à mon tour. Peine perdue : je ne peux plus me dresser sur mes jambes. Celles-ci ont disparu : je suis devenu serpent moi aussi. Et je siffle à l’unisson des autres : « pas content… pas content… ». Mais cette voix n’est plus la mienne.

C’est à ce moment-là que le réveil a sonné.

Et que j’ai reconnu dans la voix des serpents celle de Ségolène Royal.

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18 Comments     Poster votre commentaire »

1.  Ben | 16/02/2016 @ 19:35 Répondre à ce commentaire

Âmes sensibles s’abstenir.

2.  Bob | 16/02/2016 @ 19:40 Répondre à ce commentaire

Excellent.
Mais se méfier. Il y a des cauchemars prémonitoires…

3.  Nicias | 16/02/2016 @ 21:02 Répondre à ce commentaire

Le vrai cauchemar serait que Fabius soit prix Nobel de physique comme le GIEC.

Cela à l’air d’un vrai cauchemar, à interpréter.

Interpréter, c’est aussi ce que le conseil constitutionnel devra faire. Les lois en France seront elles compatibles avec le texte de la COP21. Fabius peut dormir tranquille AMHA.

4.  Bernnard | 16/02/2016 @ 21:19 Répondre à ce commentaire

Bientôt la Saint Fabius jour férié en France ?

5.  Polaris | 17/02/2016 @ 11:35 Répondre à ce commentaire

Cela ressemble de plus en plus à la réalité qu’à un rêve.

6.  yvesdemars | 17/02/2016 @ 12:12 Répondre à ce commentaire

Un nobel pour un gus qui s’est contenté de compiler les copies des diffréents pays aussi peu cohérentes les unes que les autres et en rajoutant un 1,5°C dans la conclusion excusez moi mais c’est encore moins historique que le traité de Munich ou celui de Versailles. De toutes façons le palmarès du Prix Nobel de la Paix est une collection dont le niveau moyen est risible avec le recul de l’Histoire

7.  anonyme1985 | 17/02/2016 @ 12:23 Répondre à ce commentaire

yvesdemars (#6),
De toute façon, il ne faut pas oublié que ce prix Nobel a été décerné à Al Gore. Difficile de faire pire…

8.  Christial | 17/02/2016 @ 13:08 Répondre à ce commentaire

Fabius veut laisser un trace dans l’histoire, l’ego plus fort que notre pauvre condition humaine de mortel.
La science et les faits finissent toujours par l’emporter par l’idéologie des uns et la manipulation des autres.
Je lui souhaite longue vie, qu’il vive assez longtemps pour constater la trace qu’il laissera.

9.  Joaquim | 17/02/2016 @ 15:01 Répondre à ce commentaire

Je ne eux m’empêcher de penser à ce feuilleton TV américain « the invaders » de mon enfance et sa fameuse accroche dans le générique…

« Maintenant, (David Vincent) Ben sait que les (envahisseurs) réchauffistes sont là, qu’ils ont pris (forme humaine) le Nobel de la paix et qu’il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé… »

10.  François | 17/02/2016 @ 20:43 Répondre à ce commentaire

anonyme1985 (#7),
Bof, il a bien été décerné à Yasser Arafat…
Et même à Obama avant qu’il ait le temps de faire quoi que ce soit (c’est peut être pour ça d’ailleurs)…

11.  Sam | 17/02/2016 @ 20:55 Répondre à ce commentaire

Introduction à la dialectique du vert

1. Scientismes et mouvements totalitaires

« La propagande totalitaire a élevé la scientificité idéologique et sa technique prédictive à un degré inconnu d’efficacité dans la méthode et d’absurdité dans le contenu. […] En effet, d’un point de vue démagogique, il n’est pas de meilleur moyen d’éviter la discussion que de déconnecter un argument du contrôle du présent et de dire que seul l’avenir peut en révéler les mérites. […] La forme de prédiction infaillible sous laquelle étaient présentés ces concepts est devenue plus importante que leur contenu. » Hannah Arendt, Le système totalitaire (Les Origines du Totalitarisme, volume 3), Editions du Seuil (nouvelle édition Gallimard, 2002), p 99-103. 

2. La paix indésirable

« la conscience d’être en guerre, et par conséquent en danger, fait que la possession de tout le pouvoir par une petite caste semble être la condition naturelle et inévitable de survie. […] La guerre, comme on le verra, non seulement accomplit les destructions nécessaires, mais les accomplit d’une façon acceptable psychologiquement. […] Peu importe que la guerre soit réellement déclarée et, puisque aucune victoire décisive n’est possible, peu importe qu’elle soit victorieuse ou non. Tout ce qui est nécessaire, c’est que l’état de guerre existe. […] De nos jours, ils ne luttent pas du tout les uns contre les autres. La guerre est engagée par chaque groupe dirigeant contre ses propres sujets et l’objet de la guerre n’est pas de faire ou d’empêcher des conquêtes de territoires, mais de maintenir intacte la structure de la société. » Georges Orwell, 1984

« Il se pourrait, par exemple, qu’une pollution généralisée de l’environnement en vienne finalement à remplacer l’éventualité d’une destruction massive par les armes nucléaires dans le rôle de principale menace apparente contre la survie de l’espèce. L’empoisonnement de l’air et des ressources principales de nourriture et d’eau est déjà en bonne voie, et apparaît à première vue prometteur en ce sens ; il constitue une menace qu’on ne peut traiter qu’avec toute la puissance de l’organisation sociale et du pouvoir politique. […] Mais d’après ce que nous en savons au présent, il se passera encore le temps d’une génération ou d’une génération et demie avant que la pollution environnementale, bien qu’elle soit déjà grave, représente un danger suffisamment menaçant, sur une échelle globale, pour constituer la base d’une solution. Il est vrai que la vitesse d’accroissement de la pollution pourrait être accrue de manière sélective à cette fin ; en fait, la simple modification des programmes existants en matière de lutte contre la pollution pourrait suffisamment accélérer le processus pour rendre la menace crédible dans un délai beaucoup plus bref. » Iron Mountain » report, 1967 (l’existence de réunion d’experts pour l’élaboration de ce rapport secret été attestée par l’économiste Galbraith, qui fut d’ailleurs un prof du Président Kennedy).

« C’est ainsi que nous dessinons la scène pour la rencontre de l’humanité avec la planète. L’opposition entre les deux idéologies qui ont dominé au XXe siècle s’est effondrée, laissant place à un vide qui n’est plus occupé que par un matérialisme crasse. C’est une loi de la Nature que tout vide soit rempli et de ce fait éliminé, à moins que cela soit empêché physiquement. […] Il semblerait que les humains aient besoin d’une motivation commune, à savoir un adversaire commun, pour s’organiser et agir ensemble dans le vide ; une telle motivation doit être trouvée pour rassembler les nations divisées contre un ennemi extérieur, qu’il soit réel ou qu’il soit inventé dans ce but. De nouveaux ennemis doivent dès lors être identifiés. De nouvelle stratégies imaginées, de nouvelles armes mises en place. L’ennemi commun de l‘humanité, c’est l’homme. […] En recherchant ce nouvel ennemi susceptible de nous unir, nous en sommes arrivés à l’idée que la pollution, la menace du réchauffement climatique, les pénuries d’eau, la famine et autres choses de ce genre feraient l’affaire. Tous ces dangers découlent de l’action des humains, et ce n’est que par un changement des attitudes et des comportements qu’ils peuvent être écartés. » “La première révolution mondiale : un rapport du Conseil du Club de Rome” (1991)

« Man possesses, for a small moment in his history, the most powerful combination of knowledge, tools, and resources the world has ever known. He has all that is physically necessary to create a totally new form of human society – one that would be built to last for generations. The two missing ingredients are a realistic, long-term goal that can guide mankind to the equilibrium society and the Human Will to achieve that goal.” Limits to Growth (célèbre rapport du Club de Rome).

« Le RBF [Rockefeller Brothers Fund ] a commencé à attribuer des financements dans le domaine du changement climatique en 1984 et n’a cessé de s’intéresser au changement climatique depuis. […] La première phase, qui s’est étendue de 1984 à 1992, s’est focalisée sur la recherche de base en sciences et sur les politiques. Deux stratégies ont orienté cette phase de financements : 1) distiller le consensus sur la science climatique et 2) déplacer la discussion sur le changement climatique de la communauté scientifique vers l’arène politique. Une bonne partie de ce travail précoce a impliqué la réunion d’experts. Le RBF a organisé et financé certains des premiers meetings consacrés à la question du réchauffement climatique. […] C’est également durant cette période que le Groupement Intergouvernemental d’Études sur le Climat (GIEC) de l’ONU a été créé, en 1988, et des négociations formelles sur un traité climatique on commencé en 1991 ; ceci a culminé avec la Convention Cadre sur les Changements Climatiques de Rio de Janeiro, de juin 1992 [NdT : emmené par le roi du pétrole et transfuge de Rockefeller Maurice Srong], que le premier Président Bush et le Congrès des USA ont ratifié. La consultation de la correspondance entre le président d’alors du RBF, Bill Dietel, et l’équipe en charge du programme indique clairement que les négociations et le traité de Rio, ainsi que la création du GIEC, étaient des aspirations spécifiques du programme du RBF à l’époque […] Une campagne médiatique et de communication publique soigneusement orchestrée, soutenue par le Fonds, à l’occasion du sommet de Kyoto, a joué elle-même un rôle utile s’agissant d’encourager la progression du processus qui a conduit Al Gore à faire un déplacement non planifié à Kyoto, le jour ultime des deux semaines de négociations, pour annoncer le soutien des USA à l’objectif de réduction [des émissions de « gaz à effet de serre » ]. Entre 1995 et 1997, moins de 10 fondations étasuniennes ont contribué à réunir le montant, voisin de 4 millions de dollars, qui a été dédié à ce travail, montant auquel le Fond a contribué à hauteur de 700 000 dollars. […] La phase la plus récente du travail du RBF concernant le changement climatique a commencé en 2005, avec le soutien, par la direction, de la proposition de déplacer vers la lutte contre le changement climatique le plus gros des ressources du service Développement Durable du Fonds. Durant cette période (2005-2010), le total des dépenses de ce service s’est élevé à 43.6 millions de dollars. Sur ce total, 38.5 millions de dollars ont été dépensés pour supporter l’action du Fonds dans son objectif général de lutte contre le changement climatique, avec deux cibles à l’esprit : obtenir la ratification d’un traité mondial de portée significative visant à limiter le changement climatique à des niveaux de sécurité scientifiquement déterminés ; et s’assurer d’une politique fédérale américaine efficace sur le changement climatique. » Extraits du rapport d’activités 2005-2010 du Rockefeller Brothers Fund (RBF) pour le domaine du développement durable – http://www.rbf.org/sites/defau.....Review.pdf

3. On n’attrape pas un fantôme

Nous entendons dire sans cesse qu’il existe UN CONSENSUS parmi « les climatologues », selon lequel nous aurions un certain problème (supposément bien défini) avec LE CLIMAT. Le « profane » est supposé comprendre par là, « naturellement », que l’existence dudit CONSENSUS (si elle est avérée) ACCRÉDITE, tend à VALIDER l’HYPOTHÈSE en question… Or c’est exactement LE CONTRAIRE. Non seulement un consensus ne fera jamais une preuve… mais C’EST PRÉCISÉMENT PARCE QU’IL N’Y A PAS DE PREUVE QUE L’ON S’ACHARNE A RECHERCHER ET A INVOQUER CE CONSENSUS !

Cela n’est pas une conjecture, c’est UN FAIT… Il suffit d’ailleurs de chercher à savoir sur quoi, au juste, porte ce fameux consensus, pour vérifier que la formulation officielle de la question implique elle-même la reconnaissance de cette absence de preuve. Mais si çà n’était que çà… On pourrait encore penser : ils vont finir par la trouver, cette preuve. Or, si le problème existe, il y a aussi qu’on ne peut pas se permettre d’attendre. Et en attendant, les « sceptiques » peuvent toujours fournir les preuves du contraire… Mais le contraire de QUOI ? Vous savez, vous, quel est le contraire d’un fantôme ? Car cette question implique aussi et surtout l’impossibilité pure et simple de TESTER « l’hypothèse » ! En substance : les résumés pour décideurs des rapports du GIEC trompent délibérément les gens en affectant à leur principales conclusions un niveau (très élevé) de CERTITUDE qui sera inévitablement compris au sens – statistique – d’un niveau de CERTITUDE scientifique, alors qu’il reflète ni plus ni moins la CROYANCE que les concepteurs de MODELES – MODELES QUI NE PEUVENT ET NE POURRONS JAMAIS ETRE VALIDÉS – ont eux-mêmes dans la possibilité que les résultats de ces MODELES puissent fournir des informations dignes de CONFIANCE… et ce alors même qu’ils savent que ces modèles ne peuvent décrire qu’un univers FICTIF.

Deuxième constat, tout aussi étonnant : les assertions supposées recevoir ce fameux consensus sont toutes formulées autour de quelques concepts qui n’ont en fait rigoureusement AUCUN SENS. Plusieurs de ces OVNIS n’ont AUCUN SENS LITTÉRAL… Certains sont de merveilleux oxymores (contradiction dans les termes) ; d’autres sont supposés renvoyer à un problème alors qu’ils ne sont que des pléonasmes désignant, par nature, ce qui est… purement naturel. Plusieurs autres de ces concepts archi utilisés n’ont tout bonnement AUCUN SENS PHYSIQUE, parfois même aucune signification en termes mathématiques. Le plus incroyable au demeurant, c’est que ce sont précisément les concepts présentés comme les plus évidents – à commencer par ceux auxquels « on ne pense même pas » tant ils nous semblent désigner une chose entendue voire même, ressent-on à tort, familière – qui sont affectés par cette curieuse caractéristique… Ainsi la palme d’or revient sans aucun doute (pourtant la compétition est acharnée) à l’absurde intitulé « le changement climatique ». Cette invraisemblable « mot d’ordre » – télescopage brutal, en trois mots, d’un oxymore et d’un pléonasme (il faudrait donc plutôt lui attribuer d’emblée deux et même trois oscars) – n’est pas juste, loin s’en faut, une formule employée à de vulgaires fins de vulgarisation. La même double absurdité qui a présidé à la formation de cette monstruosité littéraire se retrouve justement au cœur de la formulation supposément scientifique des recherches que ledit mot d’ordre a suscitées. Ainsi, l’idée (médaille d’argent) d’une « température moyenne » – au sens d’une moyenne spatiale mais également au sens d’une moyenne temporelle – n’a, par elle-même, pas le moindre sens physique et il n’y a même aucune formulation mathématique qui lui soit applicable hors de contextes excessivement particuliers. Or on vous la sert sans la moindre pincette à longueur de « débats », dans la littérature de la pseudo-science climatique.

4. Epilogue. Des clowns tristes affamés aux bobos qui crèvent d’ennui

« L’élite ne considérait pas que la destruction de la civilisation fut un prix trop élevé pour le plaisir de voir y accéder par la force ceux qui en avaient été injustement exclus dans le passé. Elle ne s’indignait pas particulièrement des monstrueux trucages historiographiques dont tous les régimes totalitaires se rendent coupables, et que leur type de propagande proclame avec suffisamment de clarté. Elle s’était convaincue que l’historiographie traditionnelle était un trucage de toutes manières, puisque elle avait exclu les déshérités et les opprimés de la mémoire de l’humanité. […] cette injustice doublée d’une insulte troublait toutes les consciences sensibles depuis qu’avait disparu la foi en un au-delà où les derniers seraient les premiers. […] dans une atmosphère où se sont évaporées toutes les valeurs et les propositions traditionnelles […] il était en un sens plus facile d’accepter, plutôt que de vieilles vérités devenues de pieuses banalités, des propositions manifestement absurdes, précisément parce que nul n’était censé prendre ces absurdités au sérieux. La vulgarité et son refus cynique des critères reçus et des théories admises s’accompagnaient d’une tranquille acceptation du pire et d’un mépris de tous les faux-semblants qu’il était facile de prendre pour un style de vie courageux et neuf. Comme prévalaient de plus en plus les attitudes et les convictions de la populace – qui n’étaient autres que les attitudes et les convictions de la bourgeoisie, lavées de leur hypocrisie – ceux qui traditionnellement haïssaient la bourgeoisie et qui avaient volontairement quitté la société respectable ne virent que l’absence d’hypocrisie et de respectabilité, non le contenu lui-même. […] » l’élite intellectuelle des années 20 était persuadée qu’on pouvait jouer à la perfection le jeu ancien qui consiste à épater le bourgeois si l’on commençait à choquer la société avec une caricature ironique de son propre comportement. […] l’avant-garde ignorait qu’elle enfonçait non des murs mais des portes ouvertes, et qu’un succès unanime démentirait sa prétention à être une minorité révolutionnaire, en prouvant au contraire qu’elle était sur le point d’exprimer un nouvel état d’esprit de masse, l’état d’esprit de l’époque. […] La moralité double, telle que la pratiquait la bourgeoisie, devint le signe essentiel de l’esprit de sérieux, toujours pompeux, jamais sincère. » Annah Arendt, op. cit., p 79-85.

NdT : cette petite dernière comme dédicace personnelle à ce de ces excités du « conspirationnisme », imbéciles mêmes pas heureux qui poussent le bouchon de la débilité jusqu’à invoquer sans honte le terme de « négationnisme climatique ». Je vous la r’fais : « il était en un sens plus facile d’accepter, plutôt que de vieilles vérités devenues de pieuses banalités, des propositions manifestement absurdes, précisément parce que nul n’était censé prendre ces absurdités au sérieux » (n’avez-vous jamais remarqué que la plupart des gens qui ont l’air de « croire » en ce que vous savez, au sens où c’est supposé être un problème terrifiant, ont une tendance affreusement remarquable, une phrase sur deux, à parler comme si de rien n’était ?)

Rêve prémonitoire ou pas, mieux vaut prévenir que guérir.
(Toutes mes sincères excuses aux amateurs de sentences courtes…)

12.  pastilleverte | 17/02/2016 @ 21:12 Répondre à ce commentaire

C’est Juppé qui va être jaloux, également ancien premier ministre, « nielleur d’entre nous » version à droite,à peu près le même âge, alors que, lui, il a fait plein de (bonnes) choses à Bordeaux !

13.  de Rouvex | 18/02/2016 @ 10:22 Répondre à ce commentaire

anonyme1985 (#7), Je me demande qui sont les gugusses qui composent le jury de ce prix en carton-pâte ..

14.  testut | 18/02/2016 @ 12:58 Répondre à ce commentaire

Ah, Ben commence à faire de la concurrence à Janco ! 🙂
http://www.manicore.com/docume.....nsion.html

15.  pastilleverte | 18/02/2016 @ 14:57 Répondre à ce commentaire

testut (#14),
Très cool ce texte (enfin, je me comprends…)

16.  Murps | 21/02/2016 @ 1:10 Répondre à ce commentaire

de Rouvex (#13), taisez vous donc ! c’est avec des jurys comme celui là que j’ai une chance d’avoir un prix Nobel, moi aussi.
Y a pas de raison !

17.  Diogene | 22/02/2016 @ 7:46 Répondre à ce commentaire

Excellent . Je me précipite chez mon libraire chercher Anna arendt . Il y a des fondamentaux dans le comportement humain qui s’appliquent à nombre de situations comme le carboterrorisme

18.  Araucan | 22/02/2016 @ 22:25 Répondre à ce commentaire

Bah, le début de la fin commence : cf les finances de Poitou-Charente ….