Le dur combat des sécheresses contre la pluie

Amike faisait remarquer dans un commentaire que les sécheresses estivales étaient précédées d’un déficit de pluie hivernal. Cela m’a remémoré un dimanche très chaud et ensoleillé que j’avais passé dans une sorte de festival alter. J’y avait rencontré un climatologue qui travaillait sur le plateau de Saclay avoisinant, celui des Jouzel, VMD, Bard … etc … et nous avions parlé de sécheresses.

DSC_0049J’avais hésité a y aller à cet évènement. La proposition de mes amis était suspecte et je leur cherchais des motifs inavoués. Voulaient-ils me voir perdre mon sang froid chez les réchauffistes ? J’avais quand même quelques suspicions sur ce que j’allais y trouver et la première affiche croisée ne m’a pas trop surpris. Ouaip, on est jamais trop prudent, le risque de tomber sur un aliment radioactif au supermarché existe. Dois-je faire mes courses avec un compteur Geiger ? On ne sait jamais.

Le réchauffement tenait bien sur une grande place, si non je n’y serai pas allé. Les organisateurs avaient pris garde de produire tout un tas de panneaux visant à sensibiliser le public. C’était si beau tant d’altruisme, ils ne pensaient qu’aux gens les plus loin possibles d’eux ou aux animaux.

On sait que au vu de l’ampleur du problème du réchauffement, rien ne sert de faire dans la dentelle. L’heure est grave, la situation est désespérée, minuit moins 2 mn, il faut frapper les esprits avec des slogans choc.

Parfois on pouvait tracer les sources scientifiques des affiches. Cette dernière à gauche s’appuie sur un article parue dans tabloïd anglais il me semble (The Lancet ?).

Je me serai senti comme un poisson hors de l’eau si la bière n’avait été très fraiche. Le doux ronronnement du groupe électrogène qui avait rendu possible ce miracle me rappelait que le pragmatisme est une vertu pas si dépassée.

Et puis je me disait que même eux devaient bien penser que le réchauffement n’était finalement qu’un problème relativement bénin. On en a plus que pour quelques années avant de mourir faute d’abeilles, à peine le temps de réchauffer la planète de moins de 0,1°C, c’est ballot.

J’arrive finalement au stand consacré au réchauffement. Là mon sang ne fait qu’un tour. Quoi, +21°C, ils poussent le bouchon un peu loin quand même !

Je vais voir le responsable et lui demande des explications. Je ne m’énerverai pas.. C’est pas une anomalie comme d’habitude mais la température absolue. Au temps pour moi, je fais amende honorable.

On a discuté un peu de la meilleure façon de présenter la chose. Pourquoi ne pas se limiter aux terres émergées, qu’est ce qu’on en a a faire de la température au dessus des océans ? Voir se limiter à la France. 21°C, c’est la température à laquelle les Français chauffent leur salon en hiver selon l’Ademe, c’est du concret pour se faire une idée du drame à venir. Je ne pus m’empêcher de penser avec tristesse que probablement aucun être vivant ne « subira » les effets des 1000ppm correspondant à ce scénario. On en est que poussivement à +2ppm de CO2 par an et 400ppm, ça va être long sans le turbo de miraculeuses rétroactions.

Une vielle dame s’approche alors. il fait très beau et très chaud donc, on est en mai ou début juin. Elle s’inquiète d’une sécheresse cette année, et puis avec le réchauffement, que va t-il se passer ? Le climatologue se veut alors rassurant. Il a beaucoup plu cet hiver et il ne pense pas qu’on risque quoi que ce soit cet été.

Je suis un peu surpris et digère rapidement l’explication. Je dois faire cause commune avec ce scientifique honnête pour rassurer la dame, me dis-je. J’explique donc à mon tour que les modèles prévoient une augmentation des précipitations l’hiver et qu’il n’y a pas à s’inquiéter non plus de l’avenir lointain. Le climatologue ne pipe mot, un peu gêné, mais les modèles c’était pas du tout son domaine.

Alors qu’est ce qu’il se passe et qu’est ce qu’il va se passer. Tout ça n’est pas simple. Les pluies hivernales sont déterminantes sous nos latitudes et malgré tout si vous chauffez, l’eau s’évapore. Le GIEC donne une réponse de Normand sur cette question. Une réponse qu’il faudrait décortiquer finement dans les articles scientifiques et les données qui la soutienne mais elle est cohérente.

Si vous mesurez le nombre de sècheresses à l’humidité superficielle des sols, on mesure une augmentation globale des sècheresses, mais si vous vous enfoncez un peu en profondeur dans le sol, on ne mesure plus d’augmentation (d’ailleurs les pluies d’hiver ont augmenté chez nous). Ce deuxième point est capital pour l’agriculture et même visiblement pour les feux de forêt.

Pour l’avenir, le dernier brouillon de rapport pondu par les agences américaines dit que par exemple au sud-ouest des USA les sécheresses pourraient devenir, un jour, dépendantes de la température plus que de la pluie (et des neiges sur les montagnes…). Je ne peux pas affirmer le contraire, je pense juste que cela pourrait aussi ne pas se passer comme ils le disent.

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26 Comments     Poster votre commentaire »

1.  Nicias | 28/08/2017 @ 21:30 Répondre à ce commentaire

Je me souviens que dès le début de ce printemps, dans un article de presse, les agriculteurs se plaignaient déjà de la sécheresse pour l’été. Cela n’a pas loupé, enfin dans quelques régions de France, en tous cas pas chez moi.

Pour les producteurs de vin c’est le drame, – 18% en volume de production. La sécheresse aurait été un « facteur aggravant » … des gelées tardives.
http://www.ouest-france.fr/eco.....ps-5205004

2.  amike | 29/08/2017 @ 8:56 Répondre à ce commentaire

J’ai entendu récemment une émission sur les problèmes de l’eau. Étonnamment, le RCA n’a pas été évoqué, en tout cas moins que la résolution des 2 principales charges qui sont 1/la collecte d’une eau exploitable (consommation, agriculture, industrie) et 2/sa distribution (coût, perte, population).
Alors quand je lis « les sécheresses pourraient devenir, un jour, dépendantes de la température plus que de la pluie (et des neiges sur les montagnes…)« , je me dis que lorsque les paroles de ces experts deviennent aussi éthérées, il y a vraiment beaucoup d’argent qui se perd…

3.  Hug | 29/08/2017 @ 9:16 Répondre à ce commentaire

Nicias (#1),
J’étais dans le briançonnais au moment du 14 juillet, en haute-savoie au 15 août, dans le limousin ensuite. A chaque fois, j’ai trouvé la végétation très verdoyante. Rien à voir avec 2003. Vraiment pas de sécheresse apparente, même si je veux bien croire que ce soit tout de même un peu trop sec pour bon nombre d’agriculteurs.

Au Texas, c’est la pluie qui l’a emporté ces jours ci. A lire nos merdia mainstream (immonde et figolo par exemple) qui se réfèrent évidemment à un scientifique partial, le rca est au moins facteur aggravant. Il ne faut pas compter sur eux pour se référer un jour à un scientifique plus objectif:
http://www.drroyspencer.com/20.....te-change/

.

4.  Astre Noir | 29/08/2017 @ 9:44 Répondre à ce commentaire

Hug (#3),

Vous seriez dans le Briançonnais maintenant, vous ne trouveriez pas la végétation verdoyante !

C’est vraiment très grillé dans les montagnes des Hautes Alpes (j’y vis)

5.  papijo | 29/08/2017 @ 10:49 Répondre à ce commentaire

Astre Noir (#4),
Par contre dans mon Tarn et Garonne soit-disant caniculaire, rien à voir avec l’an dernier: l’herbe de mon jardin (je n’ose pas parler de gazon) est encore bien verte, et il doit pleuvoir cette nuit et les jours prochains !

6.  Hug | 29/08/2017 @ 11:07 Répondre à ce commentaire

Astre Noir (#4),
C’est vrai que depuis mi-juillet, il me semble qu’il n’a pas plu ou presque là-bas. Bon il semble que la pluie arrive jeudi.

7.  Astre Noir | 29/08/2017 @ 13:29 Répondre à ce commentaire

papijo (#5),

Vous devriez voir mon « gazon »…;-)
Il est jaune, et je n’ai pas tondu depuis début août, et c’est toujours aussi ras.
C’est bien je ne consomme pas d’énergie fossile en passant ma tondeuse et je lutte à mon échelle contre le réchauffement climatique

8.  Nicias | 29/08/2017 @ 14:09 Répondre à ce commentaire

amike (#2),

Tout dépend d’ou on se trouve. Dans le cas du sud-ouest US, là ou il y a le deuxième plus grand château d’eau du monde après l’Himalaya, on doit pouvoir trouver des solutions aux sécheresses^^

9.  Herté07 | 29/08/2017 @ 15:30 Répondre à ce commentaire

La Syrie, une guerre climatique ? Les liens complexes entre sécheresse, migration et conflit.
Un peu de bon sens ne saurait nuire!

10.  Marco40 | 29/08/2017 @ 17:56 Répondre à ce commentaire

Hug (#3), cette été, depuis que j’habite dans le sud-ouest (moins de 10 ans), c’est la 1ère fois que je n’ai pas vu l’herbe de l’aérodrome voisin jaunir…

11.  H. | 29/08/2017 @ 20:13 Répondre à ce commentaire

Bonsoir,

Un climatologue réchauffiste qui travaille à Saclay, près d’un réacteur de recherche!!! L’inconscient.
Pour Houston (inondations, pluies torrentielles, Trump, etc,…), c’est le réchauffement climatique dixit Ouest-France du jour!!! Stupidité, quand tu tiens les médias!

Bonne soirée

12.  scaletrans | 29/08/2017 @ 20:24 Répondre à ce commentaire

Herté07 (#9),

Quand la presse ment sur quelque chose, elle ment sur tout ce qui va autour, la preuve.

13.  lemiere jacques | 30/08/2017 @ 6:47 Répondre à ce commentaire

scaletrans (#12), je ne pense que la presse mente…du moins les journalistes en général, par contre, ils ne font pas leur boulot de recherche de la vérité, ils tiennent un discours militant et de plus parlent pour ne rien dire en abusant de la terminologie verte.
ils répètent des choses fausses et tiennent des propos ambigus. On peut les accuser sans doute d’aveuglement et de paresse mais mensonge est exagéré.;du moins à mon opinion.

14.  scaletrans | 30/08/2017 @ 10:56 Répondre à ce commentaire

lemiere jacques (#13),

Quelle différence entre mensonge et désinformation ? Et en ce qui concerne la Syrie, toutes les limites ont été dépassées.

15.  Nicias | 30/08/2017 @ 12:14 Répondre à ce commentaire

H. (#11),

Pour être plus clair, c’était un salarié du CEA comme ses collègues climatologues. Valérie Mason-Delmote (CEA) était passé aussi le matin mais je l’avais manqué.
Le point ici est que le plateau de Saclay n’était vraiment pas loin de l’évènement.

16.  patilleverte | 30/08/2017 @ 14:41 Répondre à ce commentaire

Comme m’a dit ma cousine qui habite près de Limoges : « Fait ch*** que la pelouse soit aussi verte… »
C’était tout début août, et elle ne s’était pas encore baigné dans sa piscine, contrairement à l’année dernière (où l’herbe était jaune, Dieu merci…)
Tout ça pour dire, comme presque tout le monde, sécheresse et canicule cet été, oui, mais pas partout et pas tout le temps, et avec ça je me sens d’un niveau scientifique digne des affidés du CEA 🙂

17.  patilleverte | 30/08/2017 @ 14:42 Répondre à ce commentaire

patilleverte (#16),
Et, en attendant, jamais vu l’herbe aussi verte dans mon bled (région parisienne sud) en ce moment de l’année…

18.  Roby W | 30/08/2017 @ 17:49 Répondre à ce commentaire

@Herté07, merci.

L’article est remarquable car ce site web (The Conversation) n’a pas l’habitude de promouvoir la démarche scientifique pour l’étude du climat.

C’est le changement épistémologique.
😉

19.  patilleverte | 4/09/2017 @ 9:36 Répondre à ce commentaire

Roby W (#18),
En parler à Fafa et à NHulot ???

20.  delperbe | 4/09/2017 @ 11:15 Répondre à ce commentaire

En Aveyron du 4 au 20 août herbe verte et pluie abondante
Perle de J JOUZEL sur BFM BUSINESS le 28 – 8 sur les experts de l’eco à propos de la multiplication des événements climatiques extrêmes : « Nous n’en avons pas la preuve scientifique mais nous en avons l’intuition »
Amen

21.  scaletrans | 4/09/2017 @ 14:38 Répondre à ce commentaire

delperbe (#20),

Collector ! 😆

22.  Christial | 4/09/2017 @ 14:39 Répondre à ce commentaire

delperbe (#20),

nous en avons l’intuition 

A 97 % ?

23.  douar | 6/09/2017 @ 11:00 Répondre à ce commentaire

delperbe (#20),
Dans le genre: Jean Jouzel et Marc Dufumier, même combat?

24.  patilleverte | 6/09/2017 @ 11:00 Répondre à ce commentaire

delperbe (#20),
Intuition « au doigt mouillé » ? (à l’extrême)

25.  Claude C | 10/09/2017 @ 11:05 Répondre à ce commentaire

douar (#23),
Quand on a un nom prédestiné…Mouarf !

26.  lemiere jacques | 10/09/2017 @ 11:27 Répondre à ce commentaire

Claude C (#25), professeur émérite, soucieux, sans doute sincère…vous riez mais le pekin moyen qui veut qu’on pense à sa place est subjugué et partage les inquiétudes de ce brave homme aux cheveux d’argent .
« Même si cela n’est pas scientifiquement prouvé, comme le reconnaît le chercheur, il confie :

« C’est scientifiquement prouvé mais pas encore sensible statistiquement ».

»
bon il est vrai que une phrase…mais elle illustre tellement bien comment le type n’est plus dans la science que ça fait rire.