Malaria et réchauffement climatique. Témoignage du Professeur Paul Reiter de l’Institut Pasteur devant le Parlement Britanique.

Le GIEC, Second Rapport d'Evaluation. Groupe de travail II. Chapitre 18. Santé Population Humaine.

Ce chapitre était apparu à un moment critique du débat sur le changement climatique. Tout un tiers du chapitre est dédié aux maladies à vecteur moustique, principalement la malaria. Le chapitre a eu un impact majeur sur le débat public et est cité même maintenant malgré un chapitre mieux renseigné du TAR (voir ci-après).

La littérature scientifique sur les maladies véhiculées par les moustiques est volumineuse. Cependant les textes de référence dans le chapitre sont restreints à quelques articles, la plupart obscurs et presque tous suggérant une augmentation de la prévalence de la maladie dans un climat plus chaud. La pauvreté des informations était sans surprise : pas un seul des auteurs principaux n'a jamais écrit un papier sur le sujet ! De plus, deux des auteurs, tous médecins, ont passé leur carrière entière en tant qu'activistes écologistes. Un de ces activistes a publié des articles "professionnels" en tant "qu'expert" sur 32 sujets différents, allant de l'empoisonnement au mercure aux mines ou à la mondialisation, de l'allergie au virus du West Nile ou au sida.

Un des auteurs contributeurs est un entomologiste professionnel qui a écrit un article obscur sur la dengue et El Nino mais donc le centre d'intérêt principal était l'efficacité des casques moto (plus un papier sur les effets des téléphones portables sur la santé).

L'amateurisme des textes du chapitre reflétait les connaissances limitées des 22 auteurs. L'accent était mis sur le changement dans l'étendue géographique (latitude et altitude) et l'incidence (intensité et saisonnalité) de nombreuses "maladies à vecteur" comme "prédit" par les modèles informatiques. Une description complète était faite sur ces modèles, bien que ceux-ci étaient tous basés sur des modèles très simplistes développés à l'origine en tant qu'outil d'aide dans les campagnes de lutte contre le sida. Ces auteurs reconnaissent que ces modèles ne prennent pas en compte "l'influence de la démographie locale et des circonstances socio-économiques et techniques".

Des indications incontestables de l'ignorance des auteurs incluent des affirmations comme "bien que le moustique anophèle qui transmet la malaria ne survit habituellement pas là où la température hivernale moyenne descend en dessous de 16-18°C, quelques espèces de haute latitude sont capables d'hiberner dans des sites protégés". En réalité, de nombreuses espèces tropicales survivent en dessous de cette limite et ne nombreuses espèces des zones tempérées peuvent survivre des températures de -25°C, même dans des sites "relativement exposés".

Les auteurs affirment également que le changement climatique est en train de provoquer un déplacement de la malaria à des altitudes plus hautes (par exemple au Rwanda). Ils citent des informations publiées par des non-spécialistes qui ont été simplement réfutées par la littérature scientifique. Dans les années qui suivirent, ces affirmations ont été répétées à maintes reprises par les activistes écologistes malgré des investigations rigoureuses et des contre-évidences accablantes trouvées par les meilleurs spécialistes mondiaux de la malaria (en 2004, 10 de ces spécialistes avaient publié un article dans The Lancet intitulé "un appel à l'exactitude". Cependant, les activistes écologistes ont continué à utiliser cette affirmation, nullement dissuadés par les preuves).

De plus, les modèles climatiques suggèrent que les changements de température allaient être relativement faibles sous les tropiques et les données météorologiques sérieuses – par exemple dans la plantation de thé de Brook-Bond – ne montre aucun réchauffement démontrable depuis les années 1920. Les auteurs du GIEC ont même affirmé "qu'une augmentation de température d'hiver relativement faible" au Kenya (!) "pourrait étendre l'habitat du moustique et permettre… à la malaria d'atteindre la limite habituelle d'altitude de 2500, là où se trouvent des populations urbaines de zones jusque là épargnées par la malaria, par exemple Nairobi". Cela malgré le fait que dans les années 1960, les moustiques étaient présents au-dessus de 3000 m et que Nairobi n'est qu'à 1600 m !

Ils ont également affirmé que le vecteur de la dengue, Stegomyia Aegypti, était autrefois limité à 1.000m en Colombie mais a été récemment aperçu au-dessus de 2.200m. Un des auteurs (l'activiste avec 32 spécialités différentes) a récemment affirmé (dans The Lancet) que la dengue a atteint 2.200m "durant les 15 dernières années". J'ai fait remarquer (également dans The Lancet) que la publication qu'il cite a catégoriquement affirmé que la dengue est introuvable au-dessus de 1750m. De plus, bien que l'altitude maximale de 2.200m pour le moustique ait été établie (par deux de mes collègues) en 1979, c'était la première étude sur le sujet. Par conséquent, il n'y a aucune preuve qu'il y eut une augmentation d'altitude. Depuis, il a abandonné l'affirmation selon laquelle la dengue s'est déplacée vers les plus hautes altitudes mais continue d'avancer (par exemple en janvier 2005 lors d'une conférence de l'UNESCO à Paris) que le moustique a sauté de 1.000m à 2.200m en l'espace de 15 ans.

En résumé, le traitement de cette question par le GIEC est insuffisant, biaisé et scientifiquement inacceptable. Le "Résumé pour Décideur" final déclare que "le changement climatique est susceptible d'avoir un impact à grande échelle et essentiellement négatif sur la santé humaine, avec une perte significative de vies… Les effets indirects du changement climatique incluent les augmentations du potentiel de transmission des maladies infectieuses à vecteur. Les projections par les modèles… indiquent que la zone géographique de transmission potentielle de la malaria en réponse à une hausse de la température planétaire d'une valeur correspondant à la borne haute des projections (3-5°C d'ici 2100) pourrait augmenter de 45% de la population à environ 60% de la population dans la seconde moitié du 21e siècle. Cela pourrait conduire à une augmentation potentielle de l'incidence de la malaria (de l'ordre de 50 à 80 millions de cas annuels supplémentaires par rapport à un total estimé mondial de 500 millions de cas), essentiellement dans les populations des zones tropicales, subtropicales et des zones tempérées peu protégées."

Ces annonces confiantes, faisant fi des détails de la complexité du sujet et des limitations des modèles, ont été largement citées comme le "consensus des 1500 plus grands scientifiques mondiaux" (de temps à autres, le nombre cité est de 2.500). Cela ne s'applique clairement pas au chapitre sur la santé humaine. Cependant, à l'époque, 8 des 9 sites web principaux que j'avais vérifiés avaient placé ces maladies en tête de liste des impacts négatifs du changement climatique, en citant le GIEC.

Le problème du consensus est essentiel pour comprendre les limitations des annonces du GIEC. Le consensus est une notion des politiques, pas des scientifiques. La science procède par observation, hypothèse et expérience. Les scientifiques professionnels tirent rarement des conclusions affirmatives d'un seul article mais considère sa contribution dans le contexte d'autres publications et de leur propre expérience, connaissance et spéculation. La complexité de ce processus et l'incertitude que cela implique sont un obstacle majeur à la compréhension des problèmes scientifiques par des non-scientifiques.

A l'âge de l'information, la connaissance du grand public des questions scientifiques, particulièrement des questions de santé et d'environnement, est submergée par une vague de désinformation, la plupart du temps présentée comme venant de scientifiques professionnels. Les activistes alarmistes, opérant grâce à des groupes de pression bien financés ont joué le premier rôle dans cette désinformation. Dans de nombreux cas, ils manipulent la perception du public avec des affirmations "scientifiques" empreintes d'émotion et de jugement, en ajoutant un sentiment de danger et d'urgence pour attirer la couverture médiatique. Leur adresse à promouvoir les notions comme le "fait" scientifique passe sous silence la complexité des problèmes en question et a une influence puissante dans l'éducation, l'opinion publique et les décisions politiques. Ces notions sont souvent renforcées en citant des articles scientifiques dans des revues à comité de lecture qui semblent soutenir leurs affirmations, sans regarder si ces articles sont approuvés par la communauté scientifique de la spécialité. Les scientifiques qui remettent en cause ces alarmistes ont rarement la priorité d'antenne dans les les médias et sont souvent présentés comme des "sceptiques".

Le processus démocratique demande aux représentants élus de répondre aux inquiétudes et aux craintes générées. Le déni est rarement une stratégie efficace, même face à des affirmations fantaisistes. L'option pragmatique est d'exprimer les inquiétudes, de créer de nouvelles réglementations et d'augmenter les fonds de recherche. Les régulateurs peuvent également encourager les groupes de pression, en fournissant une rétroaction positive à leur cause. Quelle que soit la réponse, les activistes politiques – pas les scientifiques – sont souvent dans la cohorte les plus persuasives dans des sujets politiques basés sur la science, y compris dans l'attribution des fonds publics pour la recherche scientifique.

En réalité, une inquiétude sincère pour l'humanité et l'environnement exige enquête, précision et scepticisme qui sont des caractéristiques intrinsèques à une science authentique. Un public qui n'est pas conscient de cela est vulnérable aux abus. Après avoir examiné attentivement les déclarations dans le chapitre Santé du Groupe de Travail II du GIEC, je suis d'avis qu'elles ne sont pas basées sur une science authentique.

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51.  Laurent | 29/06/2009 @ 19:29 Répondre à ce commentaire

REDBARON 17 (#43),

mais les progénitures nouvelles vont sucer ça au berceau et des dizaines de Yann Arthus-Bertrand et autres Hulot se feront un devoir de fournir leurs « œuvres » à l’Éducation nationale reprises en chœur par d’éminents professeurs…

c’est l’affaire de deux générations…

Vu que la première génération est déjà bien entamée (ceux qui ont des gamins à l’école savent que le processus est en marche depuis déjà un bail…. les profs constituent un terreau fertile pour les idéologies, de vraies éponges… et comme beaucoup étaient en manque, celle-là, ils l’ont absorbé tout de suite, et en quantité…)… je dirais que dans une génération au plus, on ne pourra plus y échapper…

52.  dubitatix | 29/06/2009 @ 19:41 Répondre à ce commentaire

Laurent (#38 et 42), Araucan (#39), Sirius (#40), REDBARON 17 (#43)

Pour résumer et peut-être en terminer -car j’aime beaucoup ce forum et je ne souhaite pas le squatter avec mes possibles élucubrations- je me demande si, depuis l’avènement médiatique de la terreur RCA, nous ne sommes pas en train d’assister à la « spéciation de l’espèce écologiste » !

espèce écologiste : divisée (sous l’effet traumatisant du RCA!) en une branche originelle (décroissante) et une nouvelle (productiviste)

Celà dit, je n’exclus pas que l’avenir me donne tort… En ce cas, ça voudra dire que cette pseudo-spéciation n’est qu’une illusion (voire carrément une connerie!) et que « mes » soi-disant écologies « arc-en-ciel » ne sont que la matérialisation d’une soumission idéologique progressive à l’écologie verte..! Donc à la décroissance…

Bon, sinon, c’est promis, je m’arrête là sur le sujet, RDV dans un an ou deux…

53.  floyd | 29/06/2009 @ 20:47 Répondre à ce commentaire

Laurent (#49),

Mais les prochaines générations qui viennent utiliseront de plus en plus internet et auront donc plusieurs points de vue. Je sais que vous êtes sceptique sur le rôle de l’internet. C’est clair que pour la personne crédule et sans aucun esprit critique, internet ne changera pas grand chose, mais pour les autres…
Ce n’est peut-être pas significatif, mais je peux vous dire que le documentaire ‘La grande arnaque du réchauffement climatique’ est remise régulièrement sur les réseaux de partage et qu’à chaque fois elle a de plus en plus de succès. Pour moi, cela est assez encourageant.

54.  Araucan | 29/06/2009 @ 21:35 Répondre à ce commentaire

dubitatix (#50),

Mais non il y a bien des courants différents dans les mouvements écologistes, comme il y a des courants différents à droite ou à gauche ou différentes sensibilités dans les différentes religions.

Ce serait encore plus inquiétant si ce genre de courant était monolithique….

Laurent (#49),

Mais le jeunes ayant tendance à rejeter ce qui leur disent leurs parents…. il n’est pas certain que cela dure si longtemps que cela…

55.  laurent | 29/06/2009 @ 21:44 Répondre à ce commentaire

Araucan (#52),

Faut espérer… mais même dans ce cas, on en a encore pour une bonne trentaine d’années d’éco-morale…

56.  douar | 30/06/2009 @ 11:53 Répondre à ce commentaire

J’ai quand même l’impression que nous sommes au fond du trou concernant le matraquage du RCA et qu’il y a des signes de questionnement. Ainsi, Gérondeau a été invité récemment pour débattre lors d’un AG d’un groupement de producteur porc en Bretagne. La taxe carbone, ils savent ce que ça coûte, pas ce que ça leur rapportera. Donc ça a été comme un électrochoc pour de nombreux participants. Les réactions contre les réchauffistes pourraient être virulentes assez vite.

57.  dubitatix | 30/06/2009 @ 12:43 Répondre à ce commentaire

douar (#54)
Intéressant. Auriez-vous un lien pour en savoir un peu plus sur cette réunion? Merci.

58.  Araucan | 30/06/2009 @ 12:47 Répondre à ce commentaire

douar (#54),

Les taxes cela ne rapporte pas généralement au taxé… En plus, c’est toujours difficile de prévoir les effets d’une taxe…

59.  douar | 2/07/2009 @ 12:22 Répondre à ce commentaire

dubitatix
Désolé il n’y a pas encore de lien. A l’inverse, la semaine passée, AG d’un centre de gestion agricole avec Jacques Brégeon, Président du goupe interministériel au développement durable (ouf), alors là selon les témoins, c’était la fin du monde, si on ne faisait rien. Normal, faut bien qu’il justifie sa place!smile

60.  Araucan | 2/07/2009 @ 22:19 Répondre à ce commentaire

Eh bien, il y a plein de beau monde qui se déplace en Bretagne !

douar (#58),
Et il n’y a personne qui n’ait réagi ?

61.  dubitatix | 3/07/2009 @ 17:36 Répondre à ce commentaire

dubitatix (#51)
Allez voir L’Express, y’a du lourd ! LIEN ICI
Quelle couleur pour Claude Allègre? Jaune (couleur de la trahison) ou violet (proximité avec l’écologie bleue) ? Je penche pour violet et vous?

Bon, sinon, c’est promis, j’arrête là sur le sujet, RDV dans un an ou deux…

mais ne me soumettez pas à la tentation et délivrez-moi du Mal!

62.  dubitatix | 3/07/2009 @ 19:58 Répondre à ce commentaire

Claude Allègre crée une Fondation pour l’écologie productive et ça laisse tout le forum muet !

63.  Sirius | 3/07/2009 @ 20:51 Répondre à ce commentaire

@55_douar

J’ai quand même l’impression que nous sommes au fond du trou concernant le matraquage du RCA…

Je souhaite que oui mais je crains que non. L’imagination de ceux qui conçoivent les projections climatiques pour dans 100 ans est infinie! (Il suffit de bien programmer les ordis!) Et quand ils ne jouent pas avec l’avenir pour faire peur au monde, ils cherchent dans le présent des « signes » du réchauffement, au risque de sombrer dans le ridicule. Par exemple : http://tempsreel.nouvelobs.com.....ar_an.html

64.  floyd | 3/07/2009 @ 21:00 Répondre à ce commentaire

dubitatix (#60),

Je pense que la position d’Allègre est cohérente. Il ne dit rien de plus que ce qui était écrit dans son livre ‘Ma Vérité sur la planète’. Une écologie basé sur la science et la croissance et qui n’essaie pas de culpabiliser les gens ou de les manipuler avec la peur. Allègre n’a rien d’un anti ‘écologie’ (au sens noble du terme). Il ne fait que dénoncer les dérives sectaires de ce mouvement. La seule chose que je pourrais lui reprocher, c’est sa position un peu trop politiquement correct sur le réchauffement climatique. Mais ne faisons pas trop la fine bouche.

65.  dubitatix | 3/07/2009 @ 22:18 Répondre à ce commentaire

floyd (#63)
Oui, vous avez raison. Mais c’est rigolo quand même.

66.  Sirius | 3/07/2009 @ 22:52 Répondre à ce commentaire

@63_floyd

Une écologie basé sur la science et la croissance et qui n’essaie pas de culpabiliser les gens ou de les manipuler avec la peur.

Et j’ajouterais : ni surtout avec le mensonge… J’ai lu le livre de Claude Allègre, « Ma vérité sur la planète », deux fois de suite au moins, et je suis parfaitement d’accord avec les dénonciations qu’il fait du délire climatique (GW) et ses positions sur les manières qu’une civilisation technologique et rationnelle devrait poursuivre son développement tout en étant respectueuse de l’environnement naturel et des êtres humains qui y vivent. Tout se résume selon moi en une idée : nous dépendons de la nature, certes, mais nous voulons tous mieux vivre, à commencer par nous protéger contre ses effets néfastes sur nous. Claude Allègre est parfois bourru, c’est vrai ; non politiquement correct, c’est sûr, ce qui à mon avis est bien! Mais c’est surtout à la fois un politicien aguerri et un scientifique de haut rang, ce qui est rare! Si j’étais un écolo politique (pensez à qui vous voudrez), je ne sous estimerais pas cet homme.

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