Economie du changement climatique/4

 

3.2. Le coût de la réduction des émissions de carbone est beaucoup plus élevé qu’envisagé généralement.

J’ai montré par ailleurs qu’en se basant sur les hypothèses du GIEC l’objectif Européen de 2°C est irréalisable même à un coût très élevé [55] (voir en particulier les pages 712-716 et l’Appendice 1). L’acronyme ERD signifie Exclusive Regulatory Decarbonization et est examiné plus loin au Chapitre 3.3. L’extrait ci-après résume la conclusion [55] avec ajout d’une référence :

″Même si la sensibilité climatique à l’augmentation du CO2 est celle que donne le GIEC, la modélisation effectuée par Rive et al. suggère que ce serait non seulement risqué mais extrêmement coûteux de parvenir effectivement à la limite de 2°C avec l’ERD [56]. Ils trouvent  que pour avoir simplement 50% de chances de parvenir à la limite de 2°C cela nécessiterait de réduire de 80% les niveaux d’émission des industries d’ici 2050 avec un coût marginal de $ 3,500 par tonne d’équivalent carbone en prenant les prévisions moyennes et les actions préventives pour réduire les GES. $3,5 est d’un ordre de grandeur supérieur à la plupart des estimations précédentes de coûts marginaux, reflétant vraisemblablement le coût extrêmement élevé d’un remplacement rapide de la plupart de la production d’énergie et de l’utilisation de fonds propres.

Une baisse de 80% impliquerait une réduction d’environ 85% par personne des niveaux actuels en raison des prévisions d’augmentation de la population mondiale. Cela semble très douteux en pratique, particulièrement aux niveaux extrêmement élevés des coûts marginaux estimés par Rive et al., et ne présente que 50% de chances de ″succès″, même dans l’univers ″idéal″ de la modélisation. Cela suggère que dans le monde réel un véritable effort pour atteindre de telles réductions serait extrêmement coûteux, demanderait une coopération mondiale et un lancement rapide, et risquerait  plutôt d’amener à la catastrophe plutôt qu’à la réussite… Rive et al. concluent en outre que si nous attendons encore une dizaine d’années pour mettre en place de véritables réductions d’émissions, un changement de 50% serait absolument impossible, toujours en reprenant les projections ″moyennes″… La conséquence apparente est que même en dessous de la limite de 2°C et d’une sensibilité de 3°C l’ERD est à très longue échéance avec très peu d’espoir de parvenir à la limite de 2°C même en tenant compte du grand écart existant presque certainement entre ce qui est réellement obtenu et ce que les pays et leur habitants peuvent accepter de faire.″

Galiana et Green [57] disent également  que la plupart des analyses du coût de l’atténuation sont grossièrement optimistes. Leurs arguments sont résumés dans l’extrait qui suit :

″Un ″exercice de réflexion″ aide à comprendre. Supposons un objectif de réduction de 80% des émissions globales en 2100 par rapport aux niveaux actuels. Atteindre cet objectif nécessite de réduire les émissions de carbone de 1,8% par an. Supposons maintenant que la tendance de la production globale mondiale (GWP) de 2010 à 2020 est de 2,2%. Pour éviter une diminution du taux de GWP il faudrait une réduction annuelle de 4% de la moyenne annuelle de la proportion de carbone de la production (RCIO)…

″Si une politique ″coercitive″ de réduction des émissions était adoptée, ne tenant pas compte de la faisabilité technique, même une augmentation du taux annuel RCIO à 3,6% par apport à sa moyenne historique de 1,3% (un évènement hautement improbable en l’absence d’une politique guidée par la technologie) implique une réduction du taux de croissance de la GWP de 2,2% à 1,8% pour la période 2010-2100. Une telle réduction coûterait $86 trillions (Ndt. 1 trillion= 1000 milliards) pour 2100 seul et un cumul de $2.280 trillions sur les 90 ans (si l’on admet que la GWP en 2010 soit de $41 trillions, mesurés en MER.) Et même ces réductions considérables de la GWP ne permettraient pas d’atteindre les objectifs de réduction des émissions si nous ne pouvons pas pousser le taux de baisse en C/GWP jusqu’à 3,6% (ce qui est presque le triple du taux ″historique″).

″L’ “exercice de réflexion” amène un doute sérieux sur la crédibilité des estimations du coût de la stabilisation du climat. Les estimations qui vont de 1 à 3% du taux de GDP, et même moins (Stern, 2007, GIEC 2007) ne sont pas crédibles sauf si une priorité était donnée à la réduction du déficit technologique. Les estimations faibles sont le reflet de théories auto générées. Certains modèles font appel à des scénarios d’émissions basées sur des progrès importants et automatiques des technologies de l’énergie. D’autres incluent une technologie butoir sans carbone (souvent générique) qui garantit qu’une fois que le prix du carbone atteint un certain niveau il s’établit une production illimitée d’énergie sans carbone. D’autres encore comportent implicitement des taux très élevés de diminution d’intensité énergétique, lesquels seraient certainement impossibles d’atteindre physiquement parlant. Pour finir, certains modèles font des suppositions très optimistes (en général incohérentes avec les évidences) sur la disponibilité et la mise à disposition de technologies neutres en carbone et/ou la réactivité des innovations réussies des nouvelles technologies de l’énergie face au prix du carbone….

″Aucune de ces commodités ou suppositions de modélisation ne contribue à une approche sérieuse du coût de l’atténuation. Les modèles les plus trompeurs sont ceux qui se concoctent une technologie butoir sans carbone, parce qu’ils évacuent le vrai problème. Sauf si un effort spécifique est mené pour rechercher, développer, tester et rendre  utilisable et reproductibles des technologies sans émissions de carbone, le coût de l’atténuation risque d’être plus élevé d’au moins un ordre de grandeur que ce qui a été rapporté.″

L’importance de l’augmentation des coûts de Galiana & Green semble raisonnable; je suis beaucoup moins sûr cependant que l’effort de recherche et développement qu’ils proposent puisse régler le problème de coûts astronomiques. Les coûts de la réduction des émissions de CO2 à l’échelle proposée par les adeptes du CAGW sont très élevés, bien plus que ce qui est généralement cité. Si l’on doit tenter une limitation ″conventionnelle″ (et je ne crois pas que cela soit économiquement justifié ni nécessaire actuellement), on devrait trouver quelque moyen de réduire les coûts substantiellement. Galiana & Green [57] comme Lomborg [58], sur la base de leur travail, suggèrent que le moyen de le faire est d’imposer une taxe carbone basse pour créer un financement pour la recherche technologique en vue de diminuer le prix de la réduction des émissions de CO2. Leurs arguments ont quelque valeur, mais il existe un doute considérable sur la possibilité de réduire substantiellement les coûts en consacrant plus d’argent à la recherche sur le changement climatique (avant même Obama, le gouvernement US dépensait environ $5 milliards par an en recherche sur le changement climatique [59]). Ou bien plus d’argent sert-il simplement à agrandir la communauté de chercheurs et le lobbying pour en obtenir encore plus ? La réponse est que la recherche est intrinsèquement imprévisible et il n’est pas sûr que plus d’argent puisse ″résoudre″ des problèmes plus généraux comme le cancer ou, dans le cas qui nous occupe, le rendement énergétique.

Il y a une grande différence entre une R & D destinée à exploiter une nouvelle opportunité technologique prometteuse et entreprendre des améliorations technologiques sur un ensemble d’opportunités larges mais bien explorées ; aucune n’offre de raison immédiate de croire qu’une percée est imminente. Le gouvernement US a obtenu une grande réussite avec un Projet Manhattan bien ciblé durant la Seconde Guerre mais il s’agissait bien d’un but étroitement  délimité dans lequel on tentait d’exploiter une nouvelle approche technologique. Ce n’est pas le cas ici, avec une quantité de technologies à explorer et aucune ne présentant actuellement de promesse de réduction majeure des coûts.