Economie du changement climatique./1


1.2.1. Pourquoi les modèles informatiques ne démontrent pas la validité scientifique.

Les supporters du CAGW proclament souvent que les résultats des modèles climatiques valident scientifiquement leurs conclusions. Bien que ces modèles de circulation générale (GCM) soient souvent utiles dans la recherche scientifique, ils ne prouvent ou ne réfutent rien scientifiquement. Un modèle montre comment son créateur croit que fonctionne un système physique, ici le climat. Mais tout ce qu’il représente (au mieux) sont les croyances et jugements du créateur du modèle. Les modèles produisent des scénarios, non des prévisions [3], et ne prouvent ni ne réfutent des hypothèses scientifiques pas plus qu’ils ne montrent ce qui se produira dans le futur. La seule façon de procéder est de comparer des hypothèses scientifiques particulières avec les données réelles autres que les données de températures passées, ce pourquoi les modèles ont généralement été modifiés pour les émuler.  Les modèles climatiques particuliers utilisés par le GIEC apparaissent encore plus contestables car ils ne font même pas du bon travail à posteriori [4], sans parler de la prévision.


1.2.2. Incertitudes des données scientifiques utilisées pour le rejet d’une hypothèse.

Bien que le principe d’utiliser les données d’observation les plus pertinentes et la méthode scientifique décrite plus haut pour décider de la validité scientifique et donc de ce qui peut être utilisé dans les analyses économiques apparaisse inéluctable, son application à des problèmes particuliers est souvent plus difficile. Des question se poseront inévitablement pour savoir si les comparaisons correctes ont été faites entre les hypothèses à valider et les données réelles utilisées pour ce faire, ou si les meilleures données ont été utilisées pour les comparaisons, ou même si des données valides, non manipulées et de qualité adéquate peuvent raisonnablement être utilisées pour de telles comparaisons, ou bien si les plus récents résultats de la recherche ont été employés, ou quels résultats de la recherche peuvent être utilisés.
A mon avis, il n’existe pas de science achevée parce que la science achevée n’est pas de la science. Après qu’une hypothèse scientifique ait subi beaucoup de comparaisons avec les données réelles elle peut graduellement acquérir le statut d’une loi physique. Mais en l’absence de telles lois, et dans certains cas même lorsqu’elles existent, la science n’avance que par une mise en cause continuelle de tous les aspects de toute hypothèse. Ainsi, même si je tentais d’utiliser ce que je considère comme la science disponible la plus valide à mes yeux au moment où j’écris, et que j’aie l’intention de défendre mes jugements, la recherche future pourra faire que de nouvelles preuves viennent confirmer mes jugements, ou même les réfuter. Si le risque de tels changements est élevé ainsi que le coût d’un changement de politique, la meilleure approche est normalement de ne rien faire jusqu’à ce que la science soit mieux établie où que les coûts s’abaissent. Ce devrait être de la responsabilité de ceux qui proposent un changement de politique publique de faire le nécessaire pour cela, et non de ceux qui sont opposés au changement.
Une remarque importante est que la science valide utilisée ici est déterminée parce qu’elle est fondée sur les essais d’observations les plus pertinents et la méthode scientifique, et non parce qu’elle a été publiée dans un journal à comité de lecture. La revue par les pairs peut jouer un rôle important pour déterminer quels articles sont publiés, mais ne garantit pas que les suppositions et hypothèses utilisées sont scientifiquement valides car la première condition pour une revue par les pairs positive est que les autres experts soient d’accord avec l’auteur. En particulier, si suffisamment d’experts sont d’accord avec un point de vue donné ou si les experts qui ne sont pas d’accord sont exclus du processus de revue, la revue par les pairs n’est pas une garantie de validité scientifique, principal critère utilisé dans cet article.
Malheureusement, la seule façon de gérer l’implication inévitable des incertitudes est au cas par cas. Les règles générales telles que seule de la recherche revue par les pairs et publiée soit jugée comme valide peut simplifier la prise de décision, mais impose des coûts substantiels en termes de délais, décourage les idées nouvelles, et ne garantit en aucun cas que ces recherches représentent une science valide. En conclusion, il faut porter des jugements raisonnables. D’autant que les économistes aimeraient éviter ces problèmes "scientifiques"  ou même de se sentir incapables de les juger, ces économistes courent le risque d’induire grossièrement leurs lecteurs en erreur s’ils omettent de considérer les principales incertitudes scientifiques (aussi bien qu économiques) et leurs implications économiques. Lorsque ces incertitudes sont très grandes, on peut conclure raisonnablement qu’une analyse coût-bénéfice détaillée n’a aucune utilité. Mais dans la plupart des cas une analyse soigneuse des incertitudes scientifiques majeures évitera les risques les plus graves de désinformer des lecteurs. Au final, l’approche utilisée ici fournit un cadre de travail pour décider quelles suppositions ou hypothèses sont à retenir et lesquelles sont à rejeter. Cette approche générale manque trop souvent dans les discussions sur les problèmes de changement climatique par des économistes autant que par des non économistes. Dans trop de circonstances ces discussions sont centrées sur le dénigrement préjudiciable de ce que dit l’opposition ou les motifs des individus qui le disent. C’est seulement en utilisant les données en provenance des observations les plus pertinentes et en appliquant  la méthode scientifique que l’on peut progresser sur le sujet, ainsi que sur nombre d’autres problèmes d’environnement et de politique publique interdisciplinaire impliquant les sciences physiques. La discussion devrait être centrée sur ce que montrent les preuves les plus pertinentes, et non sur celui qui argumente.
Cet article doit être considéré d’abord comme une tentative d’employer les données les plus pertinentes et la méthode scientifique pour déterminer si quelques unes des suppositions et des hypothèses les plus critiques sur le plan économique sont scientifiquement valides dans le cas du changement climatique et ce que seraient les implications économiques en faisant appel à des suppositions et hypothèses plus valides. En second, il examine quels sont les effets de l’ignorance des alternatives de mitigation à moindre coût. En tant que tel, il a des implications méthodologiques importantes, même si les lecteurs ne sont pas d’accord avec les conclusions obtenues à propos de la validité de certaines suppositions et hypothèses scientifiques centrales au débat, ou avec la pertinence d’utiliser des alternatives moins coûteuses. Certains peuvent soutenir que les décisions scientifiques doivent être laissées aux scientifiques et que les économistes ne doivent pas s’impliquer dans les aspects scientifiques des choix politiques qu’ils évaluent. ; je prétends au contraire qu’il n’y a pas d’échappatoire à tirer de telles conclusions car choisir des conclusions scientifiques d’un côté implique que ce côté est valide et que le côté opposé ne l’est pas.
Le résultat est que le lecteur ordinaire ne peut même pas avoir conscience qu’il y a des opinions différentes et quels en seraient les effets sur l’analyse économique. Tout ceci sera illustré par le cas de la lutte contre le changement climatique. Même si le lecteur n’est pas d’accord avec les conclusions particulières de cet article à propos de la validité ou non de diverses suppositions et hypothèses scientifiques, je crois que j’aurai au moins démontré l’importance qu’il y a à expliquer clairement les effets d’incertitudes scientifiques majeures dans toute analyse économique compte tenu de l’importante interdisciplinarité de la lutte contre le changement climatique. Au final, je crois que cette étude montre que les résultats des analyses économiques de la lutte contre le changement climatique sont extrêmement sensibles à un nombre de conclusions scientifiques nécessitant un examen sérieux de leur validité scientifique.


Quelques postulats

Cet article considèrera que la plupart des économistes qui ont tenté de chiffrer les avantages économiques de la lutte contre le changement climatique ont, directement ou indirectement, essayé d’utiliser ce qui était alors la version la plus récente du rapport d’évaluation du GIEC comme guide scientifique. Certains peuvent naturellement y avoir plus ou moins bien réussi. Mais dans le but de faire le point sur la façon dont les analyses économiques de ces hypothèses peuvent être menées à bien, il n’existe pas d’autre moyen facile de le faire que cette supposition ; de plus, cela semble être la pensée unique sous jacente de toutes les analyses précédentes discutées dans cet article. Donc, lorsqu’un aspect particulier des analyses du GIEC  est contesté, il est entendu que toutes les analyses économiques de ce domaine sont contestées. Chaque analyse économique est différente en ce qu’elle calcule les bénéfices à venir, quel est le taux d’actualisation utilisé, etc., mais la plupart semblent s’efforcer d’utiliser la science du GIEC pour déterminer quels pourraient être les avantages économiques de la lutte contre le changement climatique connus au moment où l’analyse fut faite.


1.3. Pourquoi il appartient aux économistes de prendre en considération les alternatives moins coûteuses.

En faisant une analyse coût/bénéfice les économistes peuvent normalement choisir entre différents moyens d’obtenir les bénéfices évalués. S’ils choisissent une alternative plus coûteuse pour leur analyse, ils mettent un désavantage sur l’action par rapport à l’utilisation d’une alternative moins coûteuse. Ainsi, bien que l’action puisse être économiquement efficace en utilisant l’alternative moins coûteuse, elle risque de ne pas l’être avec l’alternative la plus coûteuse. En tous cas elle serait plus efficace en utilisant l’alternative la moins coûteuse. J’adopterai le point de vue selon lequel les économistes seraient capables de faire une contribution politique plus utile en recherchant si des alternatives moins coûteuses existent de façon à ce que les utilisateurs puissent déterminer ce que les conclusions obtenues peuvent signifier en fonction de toutes les options disponibles. Certaines de ces alternatives peuvent avoir  des inconvénients non mesurables par rapport aux alternatives plus coûteuses, mais cela doit être signalé de façon à ce que les destinataires d’analyses politiques soient en mesure de choisir l’option la meilleure au lieu d’ignorer simplement ou de ne pas discuter de ces alternatives à moindre coût comme cela arrive trop souvent, particulièrement dans le cas du changement climatique.


1.4. Grandes lignes de l’article.

Le chapitre 2 examinera quels sont les avantages économiques de la principale solution proposée par les tenants du CAGW pour atténuer le changement climatique, c'est-à-dire réduire les émissions de GES résultant de l’activité humaine. Le chapitre 3 examinera les principaux problèmes des déterminations antérieures des coûts économiques. Le chapitre 4 examinera comment ces changements affectent les analyses coûts/avantages du problème. Le chapitre 5 présentera un choix de comparaisons entre les conclusions de cet article et celles d’autres économistes. Le chapitre 6 résumera les principales conclusions de l’article.

(A suivre)

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Acronymes :
AMO    Oscillation Atlantique Multidécennale
AR4    Quatrième rapport d’évaluation du GIEC publié en 2007
CAGW    Réchauffement Global Anthropique Catastrophique
CO2    Dioxyde de Carbone
CSF    Facteur de Sensibilité Climatique
°C    Degrés Celsius
13C    Taux d’isotopes 13C ou 12C défini comme la différence normalisée par rapport à la norme Pee Dee Belemnite (PDB).
ENSO    Oscillation Sud El Niño
ERD    Décarbonisation Réglementaire Exclusive
EU    Union Européenne
GCM    Modèle de Circulation Générale
GDP    Production Domestique Brute
GWP    Production Globale Mondiale
GES    Gaz à Effet de Serre
GIEC    Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat
MER    Valeur sur le Marché
PDO    Oscillation Pacifique Décennale
RCIO    Proportion de Carbone de la Production
RT    Temps de Rémanence (Résidence)
SRM    Gestion du Rayonnement Solaire
TSI    Irradiance Solaire Totale
US    Etats-Unis
US$    Dollar US
UN    Nations Unies (ONU)

@@@@@@

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8 réponses à “Economie du changement climatique./1”

  1. Quand je lis le mot géoingénierie, comme solution « la moins pire » aux « problèmes » (???) du RCA, je crie : STOP !
    Qu’est ce que c’est que ces c… ?
    Porte ouverte aux Geo (c’est le cas de le dire) Trouvetout et autres Dr Frankenstein.
    Sans compter de possibles collusions avec certaçins lobbies économico-politiques (industrie spatiale ?)
    Cette histoire de RCA a bien été lancée en partie par des pro-Nuke (pas de CO2 à la production d’électricité).
    Mais sacrebleu, laissez donc faire la Nature, en l’encadrant et en évitant de trop la bousculer !

  2. pastilleverte (#1),

    J’adhère totalement ! Ce passage m’avait choqué lors de la traduction, mais je n’ai pas voulu y mettre mon grain de sel…

  3. Excellente traduction.
    Juste deux petites suggestions de correction de Laure Tograff :

    Page 1, Résumé, fin du premier paragraphe :
    comme nos nous allons le voir :

    Page 3, au point 1.2.2 :
    Si le risque de tels changements est élevé ainsi que le coût d’un changement de politique, la meilleure approche est normalement de ne rien faire jusqu’à ce que la science soit mieux établie ou que les coûts s’abaissent.

  4. @ scaletrans : et c’est tout à votre honneur.
    Que ce « bug » ne vienne pas casser la discussion sur ce sujet !

  5. Ouch le début est franchement dur a traduire et incompréhensible pour un non initié à l’économie environnementale, ce que je ne suis pas donc pas sur que j’ai bien compris ce que j’ai lu:

    préférence indiquée (stated preference), méthode des préférences déclarées.
    Concrètement dans notre cas cela consiste a faire un sondage pour demander aux agents économiques s »ils préfèrent une incitation fiscale pour poser une éolienne dans leur jardin ou pour peindre leur toit en blanc (aka géoingénierie, change l’albédo de la terre).

    le coût de transport (cost transport): méthode des coûts de déplacement. Je n’ai pas très bien compris faute de source spécifique sur le sujet. Je ne sais pas en quoi consiste la méthode (pas le temps de chercher) mais le problème semble être que l’agent économique ne fait pas les bons choix (analyse coût/bénéfices) faute d’informations sur la congestion de la route qu’il va prendre ou la météo du lieu ou il part bronzer.

    les transferts de bénéfices (benefits transfer): La méthode d’évaluation contingente consiste à déterminer les bénéfices d’une politique en l’estimant à partir de cas existant dans un autre contexte.

  6. Nicias (#5),

    Sur les coûts de transport, (pas mes sources sous la main non plus, il s’agit d’évaluer le consentement à payer par rapport au déplacement à faire …

  7. Nicias (#5),

    En complément ,

    Comme nous venons de le voir, l’attribution d’une valeur aux composantes environnementales est fondamentale mais complexe. Plusieurs méthodes sont utilisées pour le faire :

    méthode des coûts de transport ou de déplacement
    quelle distance sont prêts à parcourir les individus pour profiter d’un paysage, ou d’un objet (les scarabées, par exemple) ? On mesure le coût de transport réellement dépensé par des individus pour venir à tel ou tel endroit.
    méthode des prix hédonistes
    on observe les sommes que consacrent les individus pour obtenir tel ou tel avantage environnemental ; cette méthode s’applique surtout sur les biens immobiliers où elle revient à calculer le sur-coût que représente un beau paysage ou un air « pur »
    méthode d’évaluation des dépenses de protection
    combien sont prêts à payer les individus pour ne plus subir une atteinte environnementale (exemple : coût d’un déménagement pour ne plus subir une pollution, un bruit par exemple) ?
    méthode de valuation contingente
    à la différence, des méthodes précédentes, l’évaluation consiste à questionner plus qu’à observer. Dans les trois méthodes précédentes, on observe le coût de transport, le surcoût environnemental ou les dépenses de protection : ce sont des sommes d’argent que les individus dépensent effectivement. L’évaluation contingente consiste à questionner les individus dans le cadre d’enquête.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/%…..ironnement

  8. Araucan (#7),

    Merci !
    J’ai écrit au moins une belle connerie: La méthode de transfert de bénéfice n’est pas la méthode d’évaluation contingente, mais par contre peut en être le substitut.
    La méthode d’évaluation contingente étant une des méthodes des préférences déclarées.
    Ce qu’il faut retenir, c’est qu’on bénéficie d’un transfert d’information et non d’argent directement.

    A me relire, je ressemble à un attaché de presse journaliste écolo qui pond un article en trois minutes sur la fonte de la banquise en mer morte.