Séminaire à l’EHESS

par Benoît Rittaud

Ces jours-ci, je suis en retard comme le lapin d'Alice. Petit coucou à tous les lecteurs de Skyfal depuis Trévise, où je suis pour des conférences qui n'ont rien à voir avec le climat (ça rafraîchit !). Lundi, retour à Paris pour un séminaire à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales sur le thème : "La modélisation des changements climatiques : réflexions sur quelques aspects des débats actuels". Détails ici.

Et si on ne faisait rien au sujet du réchauffement climatique ?

Traduction, par jmr et PapyJako, de l'article de Doug L. Hoffman  
 
  "The Case For Doing Nothing About Global Warming"  
  

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  Année après année, des "experts " en changement climatique  qui prédisaient toutes formes de désastres découlant du réchauffement climatique anthropique ont sermonné le public. Les  glaciers du Groenland et de l’Antarctique allaient fondre, ainsi que la banquise qui couvre l’océan Arctique. Les températures allaient monter de 2 à 6°C, et peut-être plus aux latitudes élevées. Le cours des saisons serait modifié, il y aurait des sécheresses et des pluies de mousson torrentielles, les cyclones augmenteraient d’intensité – où finira tout cela ? L'idée présentée ici est que nous pourrions découvrir que le monde est meilleur avec un peu de réchauffement global. En fait, étant donné la tendance générale au refroidissement observée depuis l’Holocène (la période écoulée depuis la dernière période glaciaire qui a pris fin il y a 14000 ans) et l’ère Cénozoïque (depuis la disparition des dinosaures il y a à peu près 65 millions d’années), le CO2 anthropique est peut-être, modestement, la seule chose qui retarde un autre âge glaciaire dévastateur. 
 
  Comme la plupart des gens le savent, la cause directe du battage autour du changement climatique est la série de rapports publiés par le Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Selon Naomi Oreskes, chercheuse au Département d’Histoire et d’Etudes Scientifiques à l'UCSD (University of California San Diego), et auteur d’un papier épouvantable sur les publications concernant le Changement Climatique, le dossier monté par la communauté du Changement Climatique est solide. Ainsi, dans un essai paru dans le numéro du 3 décembre 2004 de la revue Science, Oreskes écrit : 
 
 "Le consensus scientifique est clairement exprimé dans les rapports du Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). Créé en 1998 par l’Organisation Météorologique Mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le but du GIEC est d’évaluer l’état de la science du climat en tant que base d’une action politique éclairée, en se fondant principalement sur la littérature scientifique revue par les pairs et publiée. Dans son évaluation la plus récente, le GIEC déclare sans équivoque que le consensus de l’opinion scientifique est que le climat de la Terre est affecté par les activités humaines : " Les activités humaines… modifient la concentration des constituants de l’atmosphère… qui absorbent ou dispersent l’énergie de rayonnement… La plus grande part du réchauffement observé durant les 50 dernières années a probablement découlé de l’accroissement de la concentration en gaz à effet de serre ".
 
 Ce qui est intéressant dans l’essai d’Oreskes, intitulé "
Le consensus scientifique sur le changement climatique", c'est qu'il a été parmi les articles les plus téléchargés à partir du site Web de la revue Science au mois de Décembre 2010. Évidemment, les croyants en l’apocalypse climatique ont besoin de renforcer leurs convictions de temps en temps. D'autres organisations, incluant l'Académie des Sciences Nationale Américaine, ont surenchéri et, maintenant, tout le monde a entendu parler du réchauffement global redouté (vous pouvez tester vos connaissances sur le réchauffement en répondant au questionnaire geocraft.com). Ce que la plupart des gens ne connaissent pas, c'est la vérité sur les effets supposés du RCA (Réchauffement Climatique Anthropique). Voici par exemple un article du Washington Post : 
 
 "L'océan Arctique se réchauffe, les icebergs sont de plus en plus rares et, dans certains endroits les phoques trouvent l'eau trop chaude, selon un rapport du Département du Commerce reçu hier du Consul Ifft, à Bergen, en Norvège. Les rapports des pêcheurs, des chasseurs de phoques et des explorateurs signalent tous un changement radical des conditions climatiques, et des températures jusque là inconnues dans la zone arctique. Les expéditions d'exploration rapportent que toute glace a fondu jusqu’à un point aussi éloigné vers le Nord que 81° 29' de latitude (ndt : un degré et demi plus au nord que la partie la plus au nord du Spitzberg, le Gustav V Land).
Les sondages à une profondeur de 3.100 mètres ont montré un Gulf Stream encore très chaud. De grandes masses de glace ont cédé la place à des moraines de terre et de pierres, poursuit le rapport, alors qu’en de nombreux points des glaciers bien connus ont entièrement disparu. Très peu de phoques et aucun poisson blanc n'ont été trouvés dans l'Arctique de l'Est, tandis que de vastes bancs de harengs et d’éperlans, qui ne se s'étaient jamais aventurés aussi loin vers le nord, ont été aperçus dans les anciens terrains de chasse des phoques. On prévoit qu'en quelques années, en raison de la fonte des glaces la mer va monter et rendre les villes côtières inhabitables." 
 
   C'était le 2 Novembre 1922, tel que rapporté par l'Associated Press (ndt : le rapport intégral du consul Ifft est accessible en ligne sur le site de la NOAA, une traduction commentée est disponible sur "le post"). C'était la dernière fois que nous avons eu une frayeur au sujet du réchauffement de la planète. Depuis, nous avons craint un refroidissement, qui a également disparu des journaux, et à présent nous revenons à nouveau au réchauffement global. Sans que l'hyperbole ait beaucoup changé en 88 ans. 

Le réchauffement au cours du 20e siècle est-il sans précédent ?

Merci à jmr pour la traduction de cet excellent article de Frank Lansner publié sur "HideTheDecline"


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Dans un récent article, j'ai estimé le réchauffement brut total dû au CO2 à environ 9,25 fois l'effet de réchauffement d'un seul doublement du CO2 :


 


La chaleur provenant d'un doublement du CO2 (la "sensibilité au CO2") a été estimée par le GIEC et J. Hansen à 3K ou même 6K, en incluant les rétroactions. Les 9,25  "doublements" du CO2 ne peuvent pas tous avoir un effet aussi important incluant les rétroactions, donc les conditions actuelles de la Terre doivent être extraordinairement sensibles à la chaleur (du moins selon le GIEC).

Proposition : cette proposition est-elle étayée par des preuves?

 

J'ai examiné les données de température de haute qualité des glaces de Vostok provenant des périodes interglaciaires du dernier demi-million d'années. Ces périodes chaudes sont la meilleure source terrestre que nous ayons pour étudier la dynamique du climat actuel sur la Terre. Nous sommes à la recherche d'autres hausses de température importantes de 3K à 6 K devant résulter uniquement de petites augmentations de température. Ci-après j'ai identifié toutes les augmentations de température à partir des données Vostok répondant aux critères suivants :

"La température au début de la période de croissance doit être d'au maximum 1 K en dessous de la température actuelle, indiquée par l'anomalie de -1K dans les données de Vostok. Ensuite, les périodes analysées doivent être d'au plus 300 ans (nous voulons mettre l'accent sur l'effet de réchauffement sur des intervalles de temps d'un siècle) et enfin, l'augmentation initiale de température du glaciaire à l'interglaciaire n'est pas incluse" :



Fig 3

96% de toutes les augmentations de température sont comprises entre environ 0 et 1,4 K, dans un seul cas (env. 1%), nous trouvons une augmentation de la température interglaciaire de presque 3K.

 Conclusion : Dans des conditions comparables aux présentes, les augmentations de température de 3 K sont vraiment très rares, tandis que les hausses de température plus faibles, de l'ordre de 1 K sont normales et très fréquentes.

Les périodes interglaciaires ne montrent aucun pic de température d'une amplitude supérieure à 3K. Si, en théorie, un réchauffement mineur de 0,5 à 1K devait conduire à un réchauffement 4-5-6 K en incluant les rétroactions, pourquoi n'y a t-il aucun pic de cette sorte dans les périodes interglaciaires précédentes ? Il y a énormément de pics de réchauffement de 1K (résultant de toutes sortes de mécanismes naturels) pour provoquer les rétroactions positives de grande amplitude que le GIEC et Hansen attendent.

Fig 4

 La moyenne des hausses de températures durant l’interglaciaire (à partir de ces critères de données) s’établit à un réchauffement de 0,65 K et dure 113 ans. En moyenne, ils commencent à -0,17 K et se terminent à +0,48 K. (Ces moyennes ne sont que partiellement dépendantes de ma définition des périodes interglaciaires – à moins que ma définition des périodes interglaciaires ne soit totalement fausse.)

 L'augmentation moyenne de la température à partir de ces données, de 0,65 K sur 113 ans, n'amène pas vraiment à considérer comme anormale l'augmentation de température actuelle de l'ordre de 0,6-0,7 K de 1900 à 2010 n'est-ce pas ?

Débat sur France Inter (ma deuxième chance)

par Benoît Rittaud.

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MISE A JOUR : voir commentaire
Ben (#10)

Je participerai jeudi 6 janvier de 14 heures à 15 heures à l’émission « La tête au carré » sur France Inter, présentée par Mathieu Vidard, en compagnie de Stéphane Foucart, journaliste au journal Le Monde et auteur de l’ouvrage Le Populisme climatique (Denoël, 2010). Même si nos positions dans le débat sur le climat sont opposées, j’ai sur le plan personnel un bon souvenir de Stéphane Foucart, avec qui j’ai déjà échangé lors d’une émission d’« @rrêt sur images ».

En passant : j’ai aussi débattu une fois avec son alter ego Sylvestre Huet, de Libération, pour une autre émission de France Inter en juillet dernier, « L’été en pente douce ». Pour une raison que ni moi ni mon attachée de presse au Seuil n’avons pu connaître, ce débat n’a jamais été diffusé. (Résultat : 250 km aller-retour pour rien. Pas bon pour mon bilan carbone.) Il semble toutefois qu’il ne faille pas y voir malice, mais plutôt impolitesse. Pour l’émission à venir du 6 janvier en revanche, je suis tranquille : elle sera en direct…

La neige ?… cette chose du passé !… Signé : « Les modèles », mars 2000 – PapyJako

Voici le premier article de PapyJako  sur Skyfall. Longue vie à ses billets …
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Une succession, en Europe, d'hivers doux il y a quelques années avait été largement surexploitée par les tenants de l'alarmisme climatique. La diminution de l'enneigement était, bien sûr, considérée comme un signe tangible de ce réchauffement climatique qui allait nous emporter vers ce qu'un certain ex-Ministre Français appellera pus tard la "Poële à frire".Certains, s'appuyant sur les modèles interprétés par des scientifiques – et fortement relayés par une presse aux ordres, ou simplement avide de catastrophes – étaient allés jusqu'à prédire la totale disparition de la neige qui était devenue, disaient-ils "Une chose du passé". Il semble de bonne guerre de rappeler ces prévisions, avec dix années de recul, et de les comparer à la réalité.Au fil des années, depuis plus de 20 ans, la grande presse a complaisamment passé en boucle des déclarations alarmistes de tous ordres, qui ont progressivement convaincu le grand public du fait que, par sa faute, la planète filait un mauvais coton, et ne serait plus jamais ce qu'elle avait été, au détriment des pauvres générations futures.
Le point commun entre toutes ses déclarations alarmistes est qu’elles sont fondées sur des extrapolations obtenues en utilisant les résultats produits par des modèles informatiques implantés sur des ordinateurs géants.

Or, tous ceux qui ont fréquenté, même de loin, le monde de la modélisation, savent qu’un modèle n’a pas pour but de prédire l’avenir, et que les modèles se sont toujours, dans tous les domaines, et sans aucune exception connue, montrés assez pauvres dans cet exercice.

 Il ne me semble pas possible d'évoquer l'infirmité des modèles en matière de prévision sans évoquer ce qu'il est advenu des brillantes prévisions des modèles économiques d'il y a quelques années.
Aucun modèle n'a vu venir la crise économique que nous vivons. Dans le passé, aucun modèle n'a anticipé aucun des événements qui ont structuré notre vie durant ce dernier siècle. Si vous voulez savoir pourquoi, je vous conseille la lecture de l'ouvrage de Nassim Nicholas Taleb "Le cygne noir : La puissance de l'imprévisible", vous y trouverez entre autres de réjouissants récits de voyages dans deux contrées intellectuelles qui nous sont assez familières dans nos débats sur le climat : Le Médiocristan et l'Extrémistan

met-office-computer.jpgDans le domaine climatique, on ne peut aborder ce sujet sans évoquer, au moins brièvement, les extraordinaires mésaventures du Met Office (L'équivalent Britannique de Météo France). Le Met Office dispose d'un des plus gros ordinateurs du monde. Voir ci-contre la photo de baptême de "Deep-Black", fier de ses 1000 Tera-Flops (Floating point Operations per Second), qui a couté 39 millions d'Euros aux contribuables Britanniques, et qui possède une superbe "empreinte carbone" de 14400 tonnes de CO2 par an. Le Met-Office y enfourne, par grandes pelletées, les monceaux de données climatiques disponibles dans le monde – après confirmation de conformité au dogme opérée sous le contrôle du CRU de Phil Jones – et "fait tourner" les meilleurs modèles climatiques existants pour y lire le futur du climat mondial.
Le Met-Office a tenté, il y a quelques années, l'aventure de prévisions climatiques à moyen terme (à quelques mois) et régulièrement publié chaque saison les prévisions pour la saison suivante. Il est devenu, en quelques années, la risée de tous, en émettant des prévisions dont le climat a absolument refusé de tenir compte, faisant systématiquement et exactement le contraire de ce qui lui était ordonné. Il est vrai que les "prévisions" saisonnières du Met-Office étaient consternantes de platitude : les hivers seraient doux, tous, et les étés caniculaires itou  … Réchauffement climatique oblige.
Vous n'êtes pas obligés d'aller consulter un court exposé des aventures comiques du Met Office dans mon article de mars dernier : Le MET office mange son chapeau … l’hiver le plus froid depuis 30 ans.

A la suite du tollé soulevé, en Angleterre, par cette succession de "flops" (mot prédestiné !…), le Met-Office a officiellement annoncé qu'il s'abstiendrait dorénavant de toute prévision saisonnière (Met Office seasonal forecasts to be scrapped), en déclarant notamment "Par leur nature, les prévisions sont d'autant moins précises qu'elles sont lointaines" (Pourrait-on s'amuser à ajouter "surtout lorsqu'elles concernent le futur ?"). Cela ne l'a pas empêché cet automne, sans pour autant par prudence faire de déclaration trop spectaculaire, de prévoir, il n'y a guère plus d'un mois – peut-être en application des consignes reçues à l'approche de Cancun ? – un "très probable hiver doux" …
Et l'actualité de cette dernière semaine invite à revenir sur certaines des déclarations d'éminents scientifiques armés de leurs modèles climatiques alimentant de gros ordinateurs, tellement efficaces pour la création de cette terreur climatique, laquelle terreur étant elle-même un ingrédient essentiel à la repentance, et donc indispensable à la docilité.

Les scientifiques les plus avisés … ou les plus prudents … ne s'avisent guère de faire des prévisions à moyen terme, car ils savent que le risque est grand d'être contredits par les faits. Il n'est pas toujours agréable de se faire retourner sa prédiction dans la … figure … quelques années ou même une décennie plus tard.

Les scientifiques les plus prudents, donc, font des prévisions à 50 ans.  Ainsi, s'ils sont contredits, ce ne sera pas de leur vivant. Les plus avisés, qui ne veulent pas prendre le risque de l'évolution future de l'espérance de vie – et qui sont soucieux de leur descendance immédiate – font, eux, des prévisions à 100 ans. Ceux là sont absolument garantis de ne pas être contredits, même du vivant de leurs enfants et petits enfants.

On voit donc fleurir, abondamment diffusées par les média ravis de l'aubaine, des prévisions sur la fin du siècle, voire le siècle prochain. Ces prédictions, qui sont toutes catastrophiques – autrement quel serait leur intérêt ? – n'engagent que … ceux qui les croient, et qui acceptent de ce fait avec ferveur le régime de la soupe froide qu'on leur impose en guise de pénitence.

C'est ainsi, puisque personne ne peut vous obliger à y accorder la plus petite parcelle d'importance, que vous pourrez vous amuser du superbe graphique offert par l'UNEP (United Nations Environment Programme) ci-dessus. Grâce à ce graphique, vous êtes déjà en mesure de planifier les vacances de ski de vos (arrière)-petits enfants pour les 20 dernières années de ce siècle, à partir de 2080. "Elle est pas belle ma Science ?"… Mais, ne riez pas trop fort, ce sont vos impôts qui servent à financer les jeux dispendieux de ces gamins.

Mais il y a aussi des "scientifiques" téméraires, ou simplement irréfléchis, qui, jetant aux oubliettes tout "principe de précaution", se risquent à des déclarations qu'on est en droit aujourd'hui, avec le recul, de trouver hilarantes.

Voici, à titre d'exemple, une traduction de larges extraits d'un article paru, il y a dix ans, dans la section "environnement" de "The Independent", quotidien généraliste Anglais qualifié par wikipedia de journal "de format tabloïd mais de contenu sérieux". L'article titrait, tout simplement, et sans une ombre d'ironie :


Snowfalls are now just a thing of the past

Soit, en Français :

Les chutes de neige sont maintenant du passé


Voici une traduction de quelques extraits de ce texte historique (si vous lisez l'Anglais, je vous conjure d'aller le lire à la source) :
L'hiver Anglais se termine demain avec de nouvelles indications d'un changement climatique majeur : la neige commence à disparaître de nos existences … Les luges, bonhommes de neige, boules de neige et l'excitation de s'éveiller pour découvrir que cette couverture s'est installée dehors, tout cela est une partie de la culture Britannique qui disparaît rapidement, à mesure que des hivers plus doux – que les scientifiques attribuent au réchauffement climatique – produisent maintenant non seulement moins de Noëls blancs, mais aussi moins de janviers et févriers (ndt : émouvant n'est-ce pas ?).
[…]
D'après le Docteur David Viner, scientifique expérimenté (ndt "senior scientist") au "Climatic Research Unit" (CRU) de l'Université d'East Anglia (ndt, voir [A]), d'ici quelques années, les chutes de neige en hiver vont devenir un événement "très rare et passionnant", "les enfants ne vont même pas savoir ce qu'est la neige" a-t-il dit.
[…]
Michael Jeacock, un historien local de Cambridge, a ajouté qu'une génération grandissait "sans jouir d'une des plus grandes joies et d'un des plus grand privilèges de la vie dans cette partie du monde : le patinage en plein air".
[…]
Le Professeur Jarich Oosten, anthropologue à l'Université des Pays-Bas (ndt : ils étaient tous de sortie …) a dit que même si nous ne voyons plus de neige, elle restera culturellement importante. "Nous n'avons presque plus de loups en Europe, mais ils sont toujours une partie de notre culture, et tout le monde sait à quoi ils ressemblent" (ndt : ouf, me voici rassuré).
[…]
David Parker, du Centre pour la Prévision Climatique de Hadley (ndt : le fameux "Hadley Centre" du Met Office, créé par Margaret Thatcher) dit finalement que les enfants Britanniques pourraient n'avoir qu'une expérience virtuelle de la neige. Grâce à Internet, ils pourraient s'émerveiller devant des scènes polaires, ou, finalement, "ressentir" du froid virtuel (ndt : est-ce assez sot ?).
[…]

[A]

Interrogé par le Daily Mail en janvier dernier, le Docteur Viner a maintenu ses déclarations d'il y a 10 ans. Il est vrai qu'il est aujourd'hui le patron d'un projet (British Council) "international de sensibilisation au réchauffement climatique"  dont la mission est de "former un réseau d'élite de jeunes d'influence". Le budget annuel de son organisation est de 12 000 000 d'Euros. Peut-on sérieusement imaginer qu'il va scier lui-même la branche sur laquelle il est assis ?
Rendez-vous dans 10 ans, ou la bulle aura-t-elle éclaté avant ?
 
Conclusion

L'insondable stupidité des déclarations suscitées des "scientifiques", bardé de leurs certitudes et de leurs "modèles" sera largement démontrée par les quelques images qui suivent, de quatre hivers successifs (et l'hiver – météorologique – vient à peine de commencer, vous n'avez pas tout vu !) :

Londres, hiver 2007-2008


    

Londres, hiver 2008-2009
    Londres, hiver 2009-2010
       

·  900 vols annulés après la fermeture des aéroports de Gatwick et Edinburgh.
·  Les magasins manquent de produits de première nécessité car les camions peinent à livrer.
·  Des passagers bloqués toute la nuit dans des trains gelés dans le sud-est
·  La police recommande à la population de ne sortir qu'en cas d'absolue nécessité.
·  Les températures vont chuter de 6°C, avec des vents qui vont empirer le phénomème.
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La Loire, Orléans, 1er décembre 2010 à cent mètres de chez moi.
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Mon jardin, 30 novembre 2010
Le bonhomme de neige promis à mes petits "Yankees"

Bien entendu, ceux qui vous annonçaient que la neige allait disparaître à cause du réchauffement, sont les mêmes qui – sans pudeur aucune – vous disent que c'est ce même réchauffement qui est la cause des chutes de neige.

Et, dans le même paquet, puisqu'on nous a livré un froid intense en plus de la neige, et puisque vous avez déjà gobé tout le reste, on a l'extraordinaire culot d'invoquer la "Science" pour vous faire avaler que c'est le réchauffement qui est la cause du froid.

La surabondance de neige, cet hiver et les quelques précédents, est manifestement une erreur scientifique flagrante – une "aberration" – puisqu'elle est en contradiction avec les résultats issus des "modèles".

On attend donc avec intérêt de voir comment les "scientifiques" du CRU – et autres – vont "ajuster" la réalité pour qu'elle se conforme à leurs modèles.

Changer les modèles eux-mêmes ne peut bien sûr être envisagé, car, a dit le Goracle

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SCIENCE IS SETTLED

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Théâtre à Bruxelles

par Benoît Rittaud

Le courrier ci-dessous, du 6 août dernier, est bien le dernier auquel je m’attendais.

Cher Monsieur,

Je suis auteur et metteur en scène de théâtre belge. Le « Théâtre de Poche » de Bruxelles (théâtre essentiellement tourné vers la création contemporaine) a pris l’habitude, depuis quelques années, de commander à plusieurs auteurs belges des textes courts pour les porter à la scène (environ 20 pages pour environ 40 minutes). Cette initiative porte le titre générique de « Contes urbains ». Pour son édition 2010, le “Théâtre de poche“ m’a demandé d’être du nombre (nous sommes quatre auteurs). Cette année, la commande porte sur le thème : « Les Bobos urbains »; catégorie sociale post-moderne dans laquelle nous sommes nombreux, je pense, à nous reconnaître en partie (malgré nos vaines tentatives de nous en défendre). L’intitulé de ce thème général nous oriente, comme on peut s’en douter, à priori, plutôt vers le rire (ou le sourire).
Pour ma part l’envie était grande de “résister“ à ce que je ressens depuis quelque temps comme une vaste tentative de manipulation intellectuelle (“intellectuelle“ dans le meilleur des cas !).
J’ai donc décidé de passer (pacifiquement !) à l’“offensive“ contre les nouveaux prêtres de la déesse nature qui ont (un peu trop à mon goût) troqué leurs crucifix et autres encensoirs contre bicyclettes et chiottes sèches. Pour ce qui est du sacro malsain principe de culpabilité, ils n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs.
Dans la forme, il s’agit d’une petite parodie des aventures du Lieutenant Columbo.
Pour me préparer à cet exercice de style, je me suis plongé dans quelques lectures malsaines : “CO2 La dernière Croisade“ de Véronique Anger… Et votre “Mythe climatique“… qui m’a redonné confiance dans nos facultés à réagir.
Et voici (enfin !) l’objet de mon courrier : dans votre livre qui m’a, comme je viens de vous le dire, réjoui, le passage sur “le pari de Pascal“ m’a, littéralement, tendu les bras… Je l’ai donc (et non sans honte) détourné, en partie, dans mon texte. L’idée de m’approprier et de revendiquer sournoisement des mots qui ne sont pas les miens m’apparaît, vous le comprendrez, proprement insupportable.
J’ai donc deux questions à vous poser :
– La première : m’autorisez-vous ce larcin intellectuel ?
– La seconde (conditionnée par la précédente !) : sous quelle forme souhaiteriez-vous que je mentionne mon “emprunt“ (dans la présentation de la pièce, dans le programme, en droits d’auteur, …), ce que je ne veux, sous aucun prétexte, manquer de faire.
Pour vous permettre de prendre votre (vos) décision(s), je joins, c’est bien le moins, mon texte à ce courrier.

J’ose espérer que le caractère surréaliste de ce dernier (mais le surréalisme n’est-il pas une spécialité belge ?) n’aura pour conséquence que de vous prouver le grand intérêt d’un de vos lecteurs.

Croyez, Monsieur Rittaud, à l’expression de mes sentiments choisis !

Christian Baggen.

Cette courte pièce de théâtre de Christian Baggen, intitulée « Bobo va en prison, ou conte philosophique pour climato-sceptiques » sera jouée au Théâtre de Poche de Bruxelles, du 7 au 30 décembre 2010 à 20h30 (avec trois autres pièces au même format, par trois autres auteurs). Inutile de dire que j’irai la voir (sans doute autour du 20 décembre). Si vous le pouvez, je vous conseille d’en faire autant : Christian Baggen a réalisé le tour de force d’écrire une histoire très bien vue et très drôle qui intègre un passage de mon chapitre 4 dont la dimension comique n’est pourtant pas l’élément premier… Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Le Mythe climatique (et encore moins de l’avoir apprécié) pour savourer la pièce, tout au plus peut-il être utile de revoir au préalable un ou deux épisodes des enquêtes du lieutenant Columbo…

Colloque à Nantes

par Benoît Rittaud

MISE À JOUR n°2 : voir commentaire n°25

Mise à jour : lire mon commentaire ci-dessous.

Avis aux Nantais : l’École Centrale de Nantes organise les 25 et 26 novembre la troisième édition des Rencontres Jules Verne, sur le thème « Science, technique et société : de quoi sommes-nous responsables ? »

L’objet de ces 3èmes Rencontres transdisciplinaires en 2010 est de confronter les points de vue d’universitaires de toutes disciplines (physiciens, biologistes, philosophes, sociologues, historiens…), d’hommes politiques et de journalistes, autour des questions de la responsabilité éthique et politique en matière de développement scientifique et technique.

À cette occasion se tiendra une émission spéciale de l’émission « Le labo des savoirs » d’Aurélie Angot sur Radio Prun’ (92 FM), avec des interviews d’un quart d’heure en direct de conférenciers du colloque, diffusées pendant les deux journées.

Je présenterai un exposé de 30 minutes le jeudi 25 à 15 heures (Amphi A – Nemo) sur le thème : « Climat, politique, pseudosciences », et serai interviewé par Aurélie Angot le vendredi 26 à 15h45.

Conférence-débat à Paris

par Benoît Rittaud

À l’invitation des Groupes Professionnels des Associations des anciens de l’ENSEEIHT (École Nationale Supérieure d’Électrotechnique, d’Électronique, d’Informatique, d’Hydraulique et des Télécommunications) et de HEC (Hautes Études Commerciales), je participerai ce mercredi 29 septembre à une conférence-débat en compagnie de Vincent Courtillot de 18h30 à 20h30 sur le thème :

Changement climatique : (in)certitudes.

Celle-ci se tiendra à l’auditorium GDF-Suez, à Paris (23 rue Philibert-Delorme, dans le 17è arrondissement).
Les détails et modalités d’inscription sont disponibles sur le site de l’association AIn7 qui organise cette rencontre.

Le projet Andromède (2/2)

par Benoît Rittaud

Comme promis, suite et fin de cette petite nouvelle d’été commencée ici

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Pour la quatrième fois de l’après-midi, Labrousse relut l’avant-projet de Ravière. Excellent sur le fond, il n’avait aucune chance d’être retenu par le ministère en raison de sa forme. Une fois rageusement rayés les points les plus techniques qui ne feraient qu’effrayer les hauts responsables, le texte devenait presque lisible, même s’il manquait encore dramatiquement d’un élément décisif qui retiendrait l’attention.

… Hormis les galaxies naines que sont les Petit et Grand Nuages de Magellan, la galaxie d’Andromède, située environ à 2,5 millions d’années-lumière de nous, est la galaxie la plus proche de la nôtre et lui ressemble beaucoup, au point que l’observer revient, en quelque sorte à nous observer nous-mêmes… De nombreuses inconnues subsistent dans notre compréhension de cette galaxie sœur qui s’approche de la nôtre… déterminer la composition de certains de ses éléments pour observer les points communs et les différences avec les éléments constitutifs analogues de notre propre galaxie est probablement le meilleur moyen de préciser nos connaissances sur la formation des étoiles…

Labrousse lut. Relut. Rerelut. Et soudain jaillit la lumière.

De : projets-recherche@ministere.gouv.fr
À : labrousse@leos.fr

Monsieur le Directeur,
J’ai le plaisir de vous annoncer que le ministère a décidé de suivre l’avis favorable de la Commission des projets de recherche réunie en session plénière sous la présidence du Haut-Commissaire à la recherche. Par ce courrier, je vous notifie donc l’octroi d’une dotation exceptionnelle destinée à permettre à votre laboratoire d’acquérir les instruments d’observation qui vous sont nécessaires pour mener à bien le projet de recherche « Amas globulaires de la galaxie d’Andromède » que vous avez soumis à nos services (réf. dossier : 482743-EA-342230).
La Commission s’est montrée particulièrement sensible au risque que vous mettez en évidence et à l’urgence qu’il y a de se doter de tous les outils nécessaires pour l’analyser en profondeur et prévoir des stratégies d’adaptation à la hauteur de l’enjeu. Le suivi de votre projet par nos services accordera une importance toute particulière à la production d’une expertise de qualité sur ce danger nouveau qui nous menace. De la sorte, sans alarmisme mais avec lucidité, il sera possible au Gouvernement et aux instances internationales de faire face au problème en toute connaissance de cause.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes plus cordiales salutations.

— Bien sûr que je suis content, se défendit Ravière après avoir lu le courrier du ministère par-dessus l’épaule de Labrousse. Mais quelle mouche les a piqués ? De quel danger parlent-ils ?
— Écoute, répondit le directeur en se raclant la gorge, j’ai dû modifier un peu ton projet avant de le soumettre à la Commission. Il va falloir nous adapter à la nouvelle donne. C’était ça ou rien.
— La nouvelle donne ? Qu’est-ce que tu es allé leur raconter ?
— Ce qu’ils aiment entendre, tout simplement. Qu’est-ce qui fait marcher la science, en ce moment : la soif de connaissances ? le désir de gloire ? Non. Même le rêve n’est plus vendeur. Heureusement pour nous, il y a encore une chose qui marche. Peut-être la dernière avant que la société décide de fermer définitivement la boutique de nous autres doux dingues qui considérons qu’observer un amas globulaire dans la galaxie d’Andromède a plus d’importance que d’apprendre les frasques du gagnant du dernier jeu de télé-réalité. Cette chose qui marche, et grâce à laquelle la science peut encore se tailler une petite place, c’est la peur. Aujourd’hui, un scientifique important, c’est un scientifique qui lutte contre quelque chose. Les climatologues d’hier sont aujourd’hui des spécialistes du catastrophique réchauffement climatique. Les anciens biologistes des populations sont désormais des modélisateurs de la dramatique extinction des espèces. Les chimistes, eux, ont fait encore plus fort en se portant à la pointe de la lutte contre les effets néfastes de la chimie. Alors si nous voulons continuer à exister nous aussi, nous devons à notre tour trouver une menace terrifiante face à laquelle notre labo pourrait être le seul rempart.
— Mais de quoi veux-tu faire peur ? Des petits hommes verts venus d’Andromède ?
— Regarde.
Le directeur montra à Ravière la version modifiée du projet. Outre les simplifications diverses qui avaient expurgé le dossier initial de ses parties les plus indigestes, une nouvelle partie avait fait son apparition, qui commençait ainsi :

La galaxie d’Andromède constitue une quantité de matière dont la masse est de l’ordre du millier de milliards de milliards de milliards de milliards de milliards de tonnes, qui se déplace dans l’espace à la vitesse moyenne de 300 km/s. C’est à cette vitesse que cet objet céleste gros comme notre propre galaxie se rapproche de nous sous l’effet de la force gravitationnelle. À terme, il est probable qu’un mélange temporaire se produise entre les deux galaxies, entraînant probablement de nombreux chocs entre systèmes stellaires. Bien qu’il faille se garder de tout alarmisme, il est aujourd’hui impossible d’exclure formellement l’éventualité d’un choc entre le système solaire et l’un ou l’autre des milliards d’objets qui constituent la galaxie d’Andromède. Même en l’absence d’un choc frontal, le passage d’une étoile massive à proximité de la Terre est susceptible d’entraîner une modification profonde de l’orbite de notre planète autour du Soleil, dont les effets seraient potentiellement dramatiques. Les altérations climatiques induites par un éloignement ou un rapprochement de la Terre du Soleil, par une modification de son axe de rotation ou de la durée du jour, pourraient signer la fin de la vie sur Terre telle que nous la connaissons, l’éventualité de la disparition de l’humanité n’a donc rien d’irréaliste.

La suite dépeignait en termes angoissés divers effets potentiels d’un tel bouleversement, allant de la chute de la Lune sur la Terre aux orages magnétiques permanents rendant impossible l’utilisation d’appareils électroniques, en passant par les troubles du métabolisme des lucioles que pourrait causer une modification de l’ensoleillement.
— Mais enfin, Labrousse, tu sais comme moi que le prochain contact avec Andromède ne se passera pas avant des milliards d’années ! Et que, vu la faible densité stellaire des galaxies, le risque d’une collision sera de toute façon extrêmement faible ! Dans quoi veux-tu donc m’embarquer ?
— Nom de dieu Ravière, répondit Labrousse, réfléchis une seconde ! Bien gérée, l’affaire va nous permettre de disposer de crédits pérennes, de recruter des chercheurs pour ton équipe et de leur offrir enfin des conditions de travail décentes. Depuis le temps qu’on en rêve : disposer de bureaux qui soient autre chose que des cagibis miteux où l’on s’entasse comme dans des cages à lapins. Ne plus avoir à rationner le nombre de tickets de bus pour assister à un colloque à l’autre bout de la ville. Et, luxe suprême : payer le déjeuner d’un chercheur invité sans avoir à utiliser une caisse noire. Alors tu ravales ta fierté, tu dis merci à ton ministre, tu souris à ton directeur qui t’as obtenu un gros paquet, et les prochains mois, entre deux articles sur les amas globulaires d’Andromède, souviens-toi que les générations futures comptent sur toi pour publier régulièrement des papiers sur les malheurs qui attendent les lucioles. Pigé ?
La sonnerie du téléphone interrompit le discours. Le directeur décrocha sans quitter Ravière du regard, écouta d’un visage neutre ce que lui disait son interlocuteur, puis dessina un perfide sourire en tendant le combiné à son collègue.
— C’est un journaliste qui veut des détails sur le projet et des infos sur les risques.
Il se leva, content de lui, tandis que Ravière se saisissait du combiné en tremblant. Avant de sortir du bureau, le directeur lui lança encore, dans un souffle :
— Les lucioles, n’oublies pas de lui parler des lucioles !

Le projet Andromède (1/2)

par Benoît Rittaud

C’est l’été… voici une nouvelle de mon cru, en deux parties. Elle n’a pas d’autre prétention que d’essayer de vous amuser. Selon l’expression consacrée, toute ressemblance, etc.
La suite (et la fin) sera publiée demain.

• • • • •

« … car, comme vous le savez, la chimie des amas globulaires extragalactiques est un élément clé pour percer les mystères de la genèse des galaxies et, partant, reconstituer certains aspects de la formation de l’univers. Pour être en mesure de réaliser des observations fines dans la galaxie d’Andromède, nous devrons faire l’acquisition d’un PPO. Combiné avec la lentille de 1,5 m dont nous disposons… »
Labrousse se tourna vers son voisin de table :
— PPO ?
Para-Photonic Optical. Un appareil de folie inventé l’an dernier par les Américains. Avec ce truc, tu peux visualiser un têtard qui barbote sur Betelgeuse.
— Sérieux ?
— Presque.
En tant que directeur du Laboratoire d’Études et d’Observations Stellaires, Labrousse ne fut pas long à tirer des conclusions. Pour visualiser un têtard barbotant sur Betelgeuse, il ne peut exister qu’un seul moyen : payer très cher. Trop cher pour le labo. Ravière avait donc beau défendre avec flamme son projet, il était grand temps de siffler la fin de la récréation.
— Question concrète, dit-il tout haut à l’adresse de son enthousiaste collègue : les pépettes pour acheter le bouzin, tu vas les trouver sur Alpha du Centaure ?
— Heu… dans la préparation de ma demande de financement ministériel, je…
— Oui, bon : combien ?
La réponse le fit s’étrangler. Le projet de Ravière était séduisant, mais seul un miracle parviendrait à convaincre un conseiller de ministre de mettre sur la table une telle somme pour le simple plaisir de détecter les premiers amas globulaires sis dans la galaxie d’Andromède. Pourtant, vu l’éloignement de ladite galaxie, un appareil capable de visualiser les têtards de Betelgeuse était indispensable.
— Et si on se rabattait sur les Nuages de Magellan ? suggéra Taliotte, jeune recrue à la tête aussi pleine de science que de bonne volonté. Ils sont dix fois plus près de nous qu’Andromède. Si l’on combine une bonne vieille technologie CCD avec des…
— Coco, coupa Labrousse, le jour où on préparera le projet quadriennal d’un labo chilien ou australien, on en reparlera. D’ici-là, attendu que les Nuages de Magellan ne sont observables que de l’hémisphère Sud, on va se contenter d’Andromède. Vu ?
L’ambiance se tendait dans la salle de réunion. Malgré son coût pharaonique, tout le monde s’était rendu compte, non sans une certaine irritation pour certains responsables d’équipes, que le projet de Ravière était de loin le mieux ficelé de tous. Les derniers mots du directeur faisaient d’ailleurs clairement comprendre que celui-ci comptait bien que la traque des amas de la galaxie d’Andromède devienne bientôt l’occupation principale des membres du labo. Du moins si le ministère acceptait de payer. Il fallait donc trouver comment le convaincre de le faire.
— Ça plaît bien, les galaxies, expliqua Bertin. Si on reste un peu dans le vague sur le contenu exact du projet et qu’on met plutôt l’accent sur les belles photos et quelques histoires de vie extraterrestre…
— … tout le monde se foutra de notre gueule et on sera grillé à vie, termina Labrousse. Les labos ont trop tiré sur ce genre de corde, maintenant ça ne prend plus.
— Il n’y a rien d’autre à présenter que la vérité, s’indigna soudain, droit dans ses bottes, le respectable professeur Tastillon. Nous sommes des scientifiques, pas des marchands de tapis. Le projet de Ravière est impeccable, il va nous offrir sur un plateau une moisson de résultats intéressants. Pensez donc : les amas globulaires extragalactiques ! Le premier regard précis que nous aurons sur une autre galaxie que la nôtre ! Un irremplaçable élément de comparaison, qui pourra avoir des répercussions sur toute la cosmologie ! Une nouvelle ère va s’ouvrir qui…
— Le classement de Shanghai ? proposa Ambelt tandis que Tastillon poursuivait seul son discours enflammé. Les politiques sont de grands fans de classements internationaux. Des vrais gosses. On pourrait leur faire miroiter que le projet permettra de publier pas mal d’articles de recherche qui auront un certain retentissement médiatique. On devrait même pouvoir avoir un ou deux papiers dans Nature. De quoi espérer gagner des places dans le classement des organismes de recherche.
— Pas suffisant, expliqua le directeur. Aujourd’hui, même les projets les plus nuls débitent ce genre de salades. Vu le coût de notre projet, il faut vraiment qu’on se démarque, qu’on trouve un truc. Parce que c’est pas pour dire, mais les amas globulaires d’Andromède, on a vu plus sexy. Vous voulez que je vous rappelle ce que m’avait raconté l’emmerdeur en chef ministériel d’il y a quatre ans quand je voulais lui vendre notre projet sur les étoiles triples ? Je l’entend encore m’expliquer carrément qu’il avait besoin de chercheurs surtout pour s’occuper de la grippe aviaire.

Personne n’ayant d’idée lumineuse à apporter, c’est sur cette note des plus sombres que la réunion prit fin.

(à suivre)